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À l'occasion de la Journée mondiale de la carte postale, soulignée chaque 1er octobre en souvenir de la toute première carte envoyée en 1869, des milliers de passionnés aux quatre coins du globe célèbrent l'art de la correspondance manuscrite. Au Manitoba, des adeptes partagent aussi cette passion pour les cartes postales, les timbres et la nostalgie des mots écrits à la main.
Cet engouement est en grande partie alimenté par le mouvement international Postcrossing. Née au Portugal en 2005 à l'initiative de Paulo Magalhães et d'Ana Campos, cette plateforme permet d'échanger des cartes postales avec des inconnus partout à travers la planète.
Le principe repose entièrement sur la surprise : un membre fait la demande d’une adresse sur le site, se voit attribuer un destinataire au hasard et lui envoie une carte munie d'un identifiant unique. Dès que celle-ci arrive à destination et qu'elle est enregistrée, l'expéditeur devient admissible à recevoir une carte à son tour.
Vous ne savez pas de qui vous allez en recevoir une, résume Ana Campos. Vingt ans après sa création, le réseau rassemble plus de 800 000 membres dans plus de 200 pays et comptabilise plus de 88 millions de cartes échangées.
Au Canada, la communauté compte plus de 11 000 membres ayant expédié plus de 1,6 million de cartes, ce qui place le pays au 15ᵉ rang mondial. À l'échelle provinciale, le Manitoba regroupe près de 500 membres, responsables de l'envoi de plus de 78 000 cartes.
Des rencontres pour briser l'isolement
Au Manitoba, cet engouement mondial a trouvé un ancrage solide depuis quelques années. En amont de la Journée mondiale, des adeptes de Postcrossing de Winnipeg se sont réunis en personne le 26 septembre dernier.
Ce rendez-vous a rassemblé une quinzaine de passionnés venus échanger des cartes, faire signer des cartes commémoratives et dévoiler leurs collections, alors même que leurs envois se font d'ordinaire quasi exclusivement avec l'étranger.
On reçoit très rarement le nom d’une personne de notre propre communauté , explique Joanne Fontaine, participante à la rencontre et employée de Postes Canada pendant 40 ans. Ayant fait carrière dans le tri des lettres et la distribution du courrier, elle a envoyé plus de 600 cartes en six ans.
Pour elle, chaque envoi fait l'objet d'une sélection minutieuse selon les intérêts du destinataire : art, cuisine, paysages ou patrimoine manitobain. Forte de son expérience, Joanne ne laisse rien au hasard : elle privilégie par exemple l'usage d'une enveloppe pour protéger la carte.
Voyageant peu, Joanne Fontaine voit surtout dans chaque envoi reçu une fenêtre ouverte sur d'autres réalités. Je vis par procuration à travers mes cartes postales, confie-t-elle. Elles me permettent d’en apprendre davantage sur le monde.

À l’ère de la messagerie instantanée, Joanne estime que la carte postale manuscrite conserve une touche personnelle unique : on y met du temps, de l’attention et du cœur, en plus d’en faire un objet tangible que l’on peut conserver ou exposer.
Photo : Radio-Canada / Bérénice Claude
Un vecteur de paix et d'ouverture sur le monde
Pour d'autres, le réseau prend une dimension plus éducative et humaniste. Michael Lin-Chiang Lee, un étudiant taïwanais de 25 ans en architecture à l'Université du Manitoba, a découvert Postcrossing dans le cadre d'un cours universitaire.
Depuis, il a échangé près de 300 cartes et en a fait une véritable démarche personnelle. Sur chaque carte, je demande aux gens d'écrire "amour et paix" dans leur langue , explique-t-il. Il conçoit également ses propres cartes illustrées, notamment pour souligner le Nouvel An lunaire.
Malgré les soubresauts géopolitiques mondiaux, le jeune homme souligne recevoir des messages chaleureux de correspondants en Chine comme en Ukraine. En découvrant d’autres cultures, j’ai compris que le monde ne tournait pas uniquement autour de moi. Nous sommes tous interconnectés, souligne-t-il.

Cette passion a profondément transformé Michael Lin-Chiang Lee. Il se décrit lui-même comme une personne autrefois « égoïste », qui a appris, au fil des échanges, à se décentrer et à mesurer l’interconnexion humaine à l'échelle planétaire.
Photo : Radio-Canada / Bérénice Claude
Le défi des tarifs et la valeur de la lenteur
Cette passion se heurte toutefois aux coûts d'affranchissement au Canada, où un timbre international standard coûte actuellement 3,65 $. Pour maintenir la cadence, les membres doivent adapter leurs habitudes.
L’étudiant se procure par exemple ses timbres en gros afin de réduire ses dépenses, tandis que d'autres alternent avec des envois au pays.
De plus, contrairement aux services postaux des États-Unis, des Pays-Bas ou d'autres nations, Postes Canada n'a toujours pas émis de timbre officiel dédié à Postcrossing, une revendication récurrente des membres canadiens du réseau.

Les destinataires sont attribués de manière aléatoire aux quatre coins du globe. Toutefois, certains pays reviennent beaucoup plus fréquemment en raison du grand nombre d’adeptes qui y résident, explique Joanne Fontaine.
Photo : Radio-Canada / Bérénice Claude
Malgré les coûts et l'instantanéité des technologies numériques, la carte postale conserve un charme irremplaçable aux yeux de ses adeptes. Selon eux, c'est précisément la lenteur du geste et l'effort d'attention requis qui font toute la valeur de l'objet.
Quand vous envoyez une carte, vous construisez une sorte de pont fait de papier qui relie deux personnes, reconnait Ana Campos.
Un sentiment que partage Michael Lin-Chiang Lee. Quand je touche une carte postale, je peux encore ressentir les émotions que la personne éprouvait lorsqu’elle l’écrivait. Les courriels ne procurent pas cette sensation , résume l’étudiant.


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