Depuis plus d’une dizaine d’années, l’artiste écossaise Katie Paterson mène un projet artistique tout à fait spécial : la Bibliothèque du futur. Le principe est simple : sélectionner un ouvrage inédit chaque année, accumuler les œuvres et les garder secrètes jusqu’en 2114. Quel est le sens de cette curieuse vision ?
Une œuvre exigeant volontairement de la lenteur
L’artiste écossaise Katie Paterson est à l’origine d’un projet s’étalant sur un siècle entier (2014-2114) : la Bibliothèque du futur, dont la gestion est confiée à la fondation Future Library Trust. Depuis plus d’une dizaine d’années, ce comité se réunit une fois par an afin de sélectionner un nouvel auteur déjà reconnu pour son apport à la littérature. Ce dernier remet alors un texte, un roman, un essai ou une poésie dont seul le titre est révélé. En revanche, absolument personne ne pourra le lire d’ici 2114.
Sur le site officiel du projet, Katie Paterson décrit la Bibliothèque du futur comme étant une œuvre vivante et évoluant au fil des générations. Selon l’intéressée, l’idée de ce projet serait née lors d’un voyage, au moment d’observer un dessin représentant les anneaux de croissance d’un arbre. Ces cercles auraient rappelé à l’artiste les chapitres d’un livre mais également, le lien entre les feuilles des arbres et les feuilles de papier.
Katie Paterson a également expliqué avoir volontairement créé une œuvre exigeant de la lenteur. L’un des objectifs est de reconnecter l’humain au « temps long », au sein d’une époque fortement influencée par l’immédiateté technologique, l’information rapide etc. Pourtant, si un siècle est très long pour humain, cette période reste insignifiante à l’échelle de l’Univers. Or, dans la mesure où quasiment aucun humain actuel ne sera pour voir le résultat de l’œuvre – pas même les écrivains eux-mêmes – le projet porte également la signification suivante : nous devons accepter notre mort.
Crédit : Åshild Telle / Wikimedia CommonsDimension durable et sanctuarisation de l’œuvre
Il s’avère que la Bibliothèque du futur a également une dimension environnementale. En effet, les responsables ont planté un millier d’épicéas en 2014, dans la forêt de Nordmarka à la périphérie de la ville d’Oslo (Norvège). A la fin du projet, ces arbres arrivés à maturité serviront à imprimer l’intégralité des ouvrages. Par ailleurs, un partenariat sur le long terme avec la municipalité d’Oslo devrait garantir la protection de cette nouvelle forêt dédiée au projet.
Les ouvrages déjà remis à la Future Library Trust sont conservés dans des tiroirs en verre rétroéclairés, au dernier étage de la Bibliothèque publique Deichman de Bjørvika, toujours à Oslo. Il s’agit d’un lieu baptisé « La Pièce Silencieuse », ouvert au public en 2022, construit avec le bois provenant de la coupe des arbres ayant fait place à la nouvelle forêt qui servira finalement à l’impression des livres. De plus, le partenariat avec la ville d’Oslo est également censé sanctuariser l’œuvre et donc, la protéger des éventuels aléas politiques ou économiques à venir.
Depuis le lancement du projet, plusieurs auteurs ont confié une œuvre à la Future Library Trust. Citons notamment les romanciers et romancières Margaret Atwood (Canada), Han Kang (Corée du Sud) et Karl Ove Knausgård (Norvège), l’écrivaine Elif Shafak (Turquie) ou encore, l’acteur et humoriste David Mitchell (Royaume-Uni).


7 hour_ago
54



























.jpg)






French (CA)