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Alors que le maire de Québec poursuit sa visite dans la capitale albertaine pour se préparer aux défis entourant la construction du tramway, l'expérience d'Edmonton démontre toute la complexité d'insérer un mode de transport lourd en milieu urbain.
Au centre-ville d’Edmonton, ce ne sont pas les chantiers de construction qui manquent. Dans un quadrilatère de quelques mètres seulement, il y a pas moins de six chantiers en activité. Le plus imposant est celui du train léger. Sa construction est commencée depuis plusieurs mois et devrait durer jusqu’en 2029.
Je ne crois pas à l’échéancier, commente l’orthésiste Tim Moffett, dont le commerce se trouve juste en face du chantier. Il a pignon sur rue depuis 35 ans. En ce moment, les affaires tournent au ralenti. Il a réduit ses inventaires en raison de la baisse des ventes.
Nous n'achetons plus la même quantité de chaussures qu'on l'a déjà fait.
Selon lui, le plus grand enjeu est l'accessibilité au secteur et l'affichage. [La Ville] n'a pas fait un beau travail pour aider les gens à venir. Des clients l'ont justement appelé pour savoir comment se rendre à son commerce. Ce n'est pas notre travail de leur dire comment conduire en ville, regrette-t-il.

Le chantier du train léger à Edmonton.
Photo : Radio-Canada / Louise Bosivert
Son commerce est situé à quelques mètres de la Place Rogers, domicile des Oilers d’Edmonton. Si des partisans avaient l'habitude de s'arrêter devant son commerce les soirs de match, ce n’est plus le cas. La rue est maintenant déserte.
Cette deuxième phase de la ligne Valley doit relier le centre-ville au mythique centre d’achats de la capitale albertaine, le West Edmonton Mall. Ce tronçon est jonché de commerces.
L’expérience de la première phase a fait craindre le pire : le tronçon a été inauguré avec trois ans de retard, à l’automne 2023.
Soutenir les commerçants
La première phase a permis de relier les banlieues du sud-est vers le centre-ville. C’est un secteur un peu moins commercial. Malgré tout, les travaux ont engendré de la frustration.
La directrice des communications et du marketing à l’association des commerçants du centre-ville d’Edmonton, Quinn Phillips, croit que la Ville est bien au fait des difficultés qu’ont traversées les commerçants durant la période des travaux, sans les minimiser.

La directrice de l'association des commerçants du centre-ville d'Edmonton plaide pour que ses membres obtiennent des indemnités durant les travaux du train léger.
Photo : Radio-Canada
Les fermetures de rues, les nombreux détours et les délais ont créé beaucoup de confusion.
Selon elle, aucun commerce n’a fermé ses portes en raison du chantier, mais plusieurs ont songé à déménager.
Elle souligne que la Ville aurait pu indemniser les commerçants durant la phase de construction. Cette solution a été débattue par les élus d’Edmonton à quelques reprises ces dernières années. Elle a été écartée chaque fois, puisque les conseillers estiment que le montant à verser ne serait probablement pas suffisant pour faire une différence.
Malgré tout, elle croit que les travaux étaient nécessaires pour assurer une certaine vitalité économique au centre-ville. Les gains viennent avec les sacrifices, affirme-t-elle.

Une troisième ligne du train léger d'Edmonton est en cours de construction.
Photo : Radio-Canada
Les bénéfices attendus ne se sont pas encore matérialisés pour Mohamed Zoobi. Il est barbier dans un petit centre d’achat à proximité de la nouvelle ligne, en banlieue. Durant les travaux, il y a eu une baisse de sa clientèle. En plus des accès qui étaient difficiles en raison des rues fermées à proximité, le chantier s’est déroulé durant la pandémie.
Plus de deux ans après la mise en service du train léger, il est toujours incapable de dire si sa nouvelle clientèle vient en train léger ou si c’est simplement parce que son commerce est maintenant plus accessible. Notre clientèle a légèrement augmenté, mais pas comme on s’y attendait, explique-t-il.
Encore des travaux
Tous les jours, David Bergstorm marche devant le chantier près de chez lui. La ligne Valley passe tout juste à côté. Il se demande si la qualité de vie des résidents du secteur s’est vraiment améliorée. Il déplore l’abattage d’ormes et de frênes pour faire place au train léger, remplacé par des arbres plus frêles.
La circulation automobile reste compliquée, même après la mise en service de la ligne pour les résidents qui ne peuvent plus sortir de leur quartier aussi facilement qu’avant le passage du train.

Des projets immobiliers le long du trajet du train léger se multiplient depuis la mise en service de la ligne Valley à Edmonton.
Photo : Radio-Canada
Même si le chantier du train est terminé depuis plus de deux ans, il y a encore des travaux ici. Les projets immobiliers se multiplient le long de la nouvelle ligne Valley. Il y a encore beaucoup de poussière et de bruit dans le quartier.
Chez les résidents, on dénote une lassitude liée aux travaux.
La fatigue de la construction, on la ressent, reconnaît Pascale Ladouceur, qui est gestionnaire à la Ville d’Edmonton. Elle planifie le développement du territoire, à un moment où la métropole albertaine est en pleine croissance.
Il y a des projets d’expansion d’autoroutes, de trains légers, mais aussi des projets de revitalisation d’infrastructures et de pistes cyclables. Tous ces chantiers ont nécessairement des impacts, souligne Mme Ladouceur.
Elle l'admet d'ailleurs: il y a eu des débats musclés pour demander à la Ville d'aller un peu moins vite. Même si ces discussions n'ont pas abouti, elles ont permis d’avoir des conversations avec la communauté pour expliquer pourquoi c’est important de continuer, souligne-t-elle.
Sécuritaire, le train ?
Autre irritant pour les résidents d’Edmonton, c’est la présence des personnes en situation d'itinérance.
Puisque le train permet aux personnes sans-abri de se déplacer plus aisément, ils sont plusieurs à quitter le centre-ville pour les banlieues. C’est une réalité qui vient avec le système de transport, concède Pascale Ladouceur.
Les stations du train sont ouvertes et il n’y a aucun contrôle pour entrer ou sortir, ce qui rend les déplacements encore plus faciles pour cette clientèle sans domicile fixe.
La Ville a dû modifier ses stations pour éviter que les personnes itinérantes s’y installent pour dormir. Les portes et les bancs ont été retirés.On a dû modifier le design et tenir compte de la réalité, souligne la gestionnaire.
Des policiers armés patrouillent également dans les trains pour améliorer le sentiment de sécurité des usagers.
Baldiip Singh est un étudiant croisé dans le train. Il raconte qu’il y a des incidents à répétition avec les personnes en situation d'itinérance. Ces dernières posent parfois des gestes violents, dit-il. Mais malgré ces situations, il apprécie la fiabilité et le confort du train léger. Il met une heure de moins le matin pour se rendre à ses cours.

Un étudiant d'Edmonton parle de la violence dans le train léger de la ligne Valley.
Photo : Radio-Canada
Plusieurs usagers soulignent d'ailleurs la fiabilité du train léger.
Presque rien ne l’arrête, même en hiver. Par exemple, pour éviter les arrêts de service lors des tempêtes hivernales, la Ville fait circuler les trains toute la nuit pour garder les rails bien dégagés au petit matin.


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