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Ces dernières semaines, plusieurs incendies ont ravagé des fabricants d'armes européens. Il y a tout d'abord eu un incident au sein de l'usine d'EMCO en Bulgarie. Une usine qui fournit des armes à l'Ukraine. Quelques jours plus tard, c'est l'Italie qui semblait victime d'un sabotage du même type : le feu était alors bouté chez KNDS Ammo, à une heure de route de Rome. Enfin, voici dix jours, un incendie s'est déclaré chez Milrem Robotics, en Estonie. L'entreprise développe des véhicules sans pilote qui sont notamment déployés en Ukraine.
Le journal britannique The Telegraph qui rapporte ces trois événements similaires les attribue à la Russie. Nos confrères du Morgen ont questionné un expert pour avoir son avis sur la question. Pour Joris Van Bladel, chercheur à l'Institut royal des relations internationales d'Egmont, ces différentes cibles sont "légitimes pour la Russie". Le professeur s'explique : "Dans leur logique, la campagne ukrainienne visant à frapper des cibles stratégiques au cœur de la Russie ne peut se faire sans le soutien de l'OTAN, de l'Occident et de l'industrie militaire".
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Joris Van Bladel ajoute : "Il y a bel et bien des opérations, et elles sont plus fréquentes et ont un impact plus important. Les Russes ciblent ces entreprises militaires car cela leur permet également d'exploiter la réticence et la crainte de l'Occident à s'enfoncer davantage dans ce conflit. La Russie cherche ainsi à saper notre position vis-à-vis de l'OTAN."
Nos confrères flamands s'intéressent alors au profil des auteurs des sabotages. Pour l'incendie en Estonie, trois suspects ont été arrêtés en Lettonie. Ils sont soupçonnés d'avoir apporté une aide à un État étranger dans le cadre d'actions dirigées contre un autre État. Et c'est justement comme ça que la Russie procède. Les services de renseignement russes, et en particulier le service militaire GRU, sont connus pour recourir à des acteurs locaux agissant en tant que prestataires indépendants. On les appelle "agents jetables".
"Les officiers du GRU, eux, restent en Russie, où ils sont en sécurité", ajoute le Telegraph. Qui précise que bien souvent, les indépendants recrutés ne savent pas eux-mêmes qui les a engagés ni dans quel but, ce qui permet à la Russie de toujours nier toute implication.
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Et chez nous ? Un premier "agent jetable" a été arrêté au printemps dernier. Il ne s'agissait ici pas d'un incendie criminel mais l'individu transmettait des photos aériennes du port d'Anvers, dans le cadre d'une éventuelle "divulgation de secrets d'État".
Pour dresser le profil type de ces "agents jetables", nos confrères du Morgen s'appuient sur une étude d'un chercheur néerlandais de l'Université de Leyde et ses conclusions parfois surprenantes. Ainsi, il ne s'agit pas en général de jeunes ni mineurs mais plutôt de personnes d'une trentaine d'années. Pour l'espionnage en Belgique, l'homme arrêté avait 46 ans.
Que nous apprend encore l'étude ? Sur les personnes recrutées par les Russes, la plupart sont originaires du pays ou d'un pays voisin mais un tiers reste tout de même de nationalité ukrainienne ou russe. Dans 35 % des cas, l'"agent jetable" a également souvent commis plusieurs actes criminels similaires, dans plusieurs pays différents. Ainsi, "celui qui a mené à bien la mission consistant à endommager un monument à un endroit donné peut se voir demander de faire de même ailleurs", précise l'étude.
Des Belges recrutés en ligne par des réseaux russes pour divers missions de sabotage et d'espionnageL'impact des réseaux sociaux est également conséquent. Car si un quart des "agents jetables" a été recruté par le biais de relations interpersonnelles dans la vie réelle, la moitié l'a été via la chaîne Telegram. Les recruteurs les trouvent par exemple sur des canaux d'information pro-russes et il existe également des canaux spécifiques proposant ce type de travail indépendant. "Les Russes se sont adaptés et utilisent des méthodes telles que les réseaux sociaux, qui facilitent le recrutement", conclut l'expert belge Joris Van Bladel auprès de nos confrères du Morgen.
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