Serait-ce les cigales qui chantent autour de lui ou la distance mise avec Paris qui ont permis au premier ministre une plus grande liberté de ton? «J’ai plutôt pris l’habitude de ne pas faire trop de médias […] et de réserver ma parole, parce qu’au fond, je n’aime pas trop le bavardage», a-t-il ainsi introduit son propos dans la table ronde la plus attendue de la première journée du «Davos français» à Aix-en-Provence. «Nous nous sommes dit que c’était bien de parler et que c’était bien de donner un peu de perspective», explique le locataire de Matignon, qui dit «prendre son risque».
Il est peu commun de voir Sébastien Lecornu se projeter ainsi. Le «moine soldat» autoproclamé de Matignon, arrivé à son poste comme un dernier recours après la chute de François Bayrou, est habitué aux crises. Depuis octobre dernier, il tient sa barque, malgré les motions de censure successives. La treizième depuis son arrivée doit être débattue ce lundi à l’Assemblée nationale. Ce qui n’empêche pas le chef du gouvernement de «se poser un tout petit peu pour réfléchir». Voilà alors l’Eurois qui fait la liste de ses sources d’inquiétude et d’espoir qu’il a pour le pays.
«Je vais prendre ma part»
Regrettant «l’aversion profonde au temps long» de la part des «élites» ou encore une «déconnexion furieuse entre la vie politique intérieure et la géopolitique globale», il déplore qu’il soit «très compliqué de planifier». Le premier ministre oppose à plusieurs reprises la situation actuelle à celle des années 1960, présentée comme des années révolues plus réjouissantes sur ces points-là. De quoi lui donner des airs d’homme politique à l’ancienne, figure rassurante qu'il entretient. «Je ne parle pas de politique, je réfléchis autrement avec vous ce soir», tente d’évacuer le premier ministre face à une salle qui lui semble acquise. Actant des reculs sur la «bataille culturelle» à mener, selon lui, sur le terrain économique, il appelle alors les «élites du pays» à «reprendre leur bâton de pèlerin et d’expliquer pourquoi, au fond, il faut s’y prendre différemment dans un monde aussi compliqué». A faire campagne donc?
La chronique précédente: Sébastien Lecornu président?A moins d’un an de l’élection présidentielle, celui-ci l’affirme: «Je vais prendre ma part». Pour lui, le patriotisme est une solution, «un antidote au virus qui est en train de se répandre dans le pays, qui est en train de remonter les uns contre les autres». «Je serais preneur de propositions, je les ai déjà un peu en tête, mais sur lesquelles je souhaite quand même qu’on puisse avancer», affirme-t-il.
Une carrure de président
Se réjouissant de voir une classe politique qui «n’est pas loin du consensus ou du compromis «sur les questions de souveraineté, «ça, on peut en faire quelque chose», glisse-t-il. La prise de parole détonne et, dans un flot continu de candidatures pour 2027 et un affrontement entre Gabriel Attal et Édouard Philippe pour le leadership sur le bloc central, on peut y voir des airs de projet présidentiel. Et si a posteriori, on voyait en Aix-en-Provence la première pierre d’une déclaration? Le nom de celui qui donne pour consigne à ses ministres de se tenir écartés de la campagne a été cité à plusieurs reprises dans la presse comme celui d’un personnage politique qui a la carrure pour représenter cet espace politique en 2027. Après tout, il a pour lui d’avoir mené sa barque gouvernementale dans une mer bien agitée. Le membre de l’équipe de campagne d’un candidat lui reconnaît du «talent» et du «potentiel» politique.
Lire aussi: Les premiers frémissements d’une dynamique d’union derrière Edouard Philippe dans l’élection présidentielle française?«Je ne suis pas candidat, je n’ai pas d’ambition présidentielle», a bien démenti Sébastien Lecornu dans Le Parisien en mars dernier. Ce qui n’a pas empêché à Philippe Aghion, prix de Nobel de l’économie, à ses côtés sur scène, de voir en lui «un président de la République». «J’ai senti qu’il avait ce souffle en lui et je ne l’avais pas senti avant. Et d’autres que moi l’ont senti également», a lancé l’économiste sur BFM Business. Après tout, un adage français dit bien qu’à la minute où l’on pose un pied sur le perron de Matignon, on pense à celui de l’Elysée…


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