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Plusieurs semaines doivent encore s’écouler avant que l’hiver ne laisse place au printemps, et avec lui, la bête noire des automobilistes : les nids-de-poule. Au Canada, il est possible d’effectuer une demande d’indemnisation à sa municipalité lorsqu’un véhicule est endommagé en raison des nids-de-poule, mais, dans plusieurs municipalités, le taux de succès est parfois mince. Des automobilistes espèrent une amélioration.
Keith Flinn, propriétaire du garage Lockerby Auto Care dans le Grand Sudbury, considère que les routes empirent d’année en année.
On va voir une augmentation des réparations sur le train avant, des changements de pneus, des jantes défoncées et de la suspension tout autour de l’auto, précise le garagiste.

Keith Flinn prévoit une hausse des demandes de réparations liées aux nids-de-poule cette année.
Photo : Radio-Canada / Orphée Moussongo
Comme ailleurs au pays, les automobilistes sudburois dont les véhicules sont endommagés en raison des nids-de-poule peuvent soumettre une demande d’indemnisation.
Mais pour M. Flinn, ils seront loin d’obtenir gain de cause.
En général, je leur souhaite bonne chance. […] Vous ne toucherez jamais un sou à moins de prouver que cinq voitures ont été endommagées exactement au même endroit.
L’année dernière, la Ville du Grand Sudbury a reçu 328 demandes d’indemnisation, plus du double par rapport à l’année précédente.
Cependant, la Ville précise dans une déclaration que « le taux global de succès se chiffre généralement à moins de 15 % par année, en raison de la capacité de la Ville de satisfaire les exigences établies par la province. »
Pour Gail Smith, résidente du Grand Sudbury, ce n’est pas assez.
Ça devrait être au moins 50 %, voire beaucoup plus. […] C’est déjà très difficile d’entretenir nos véhicules, alors s’ils sont endommagés par des nids-de-poule c’est vraiment très dur, souligne-t-elle.

Gail Smith raconte s’être déjà faite contrôler par la police qui pensait qu’elle conduisait en état d’ébriété, alors qu’elle évitait des nids-de-poule.
Photo : Radio-Canada / Orphée Moussongo
Les Montréalais sont de moins en moins indemnisés
Au Québec, la ville de Montréal est également réputée pour avoir de nombreux nids-de-poule.
La mairesse Soraya Martinez Ferrada et son conjoint en ont eux-mêmes fait les frais mardi dernier, lorsque deux des quatre pneus de leur véhicule ont crevé en passant dans un nid-de-poule.
Toutefois, les demandes d’indemnisation soumises à la Ville sont de moins en moins fructueuses.

La Ville de Montréal a reçu plus de 4 000 signalements de nids-de-poule en janvier, soit 5 fois plus que l’an dernier. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
L’année dernière, la ville de Montréal a reçu 1283 réclamations, mais seules 113 ont abouti, soit moins de 10 %.
En 2024, sur 871 demandes reçues, 136 ont été approuvées, soit plus de 15 %.
À titre de comparaison, la ville de Toronto — municipalité beaucoup plus grande que Montréal — indiquait que, sur 1 515 demandes d’indemnisation soumises en 2024, la municipalité en a réglé 564, soit plus de 35 %.
Selon des informations que nous avons recueillies, les coûts de réparation des dommages liés aux nids-de-poule peuvent se situer entre 100 et 1 200 dollars pour un véhicule.

George Iny estime que l’une des raisons qui poussent les villes à ne pas indemniser les automobilistes pour des dommages liés aux nids-de-poule est la gestion des coûts. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada
Moi, je pense que c’est un souci de gestion des coûts, lance George Iny, directeur de l’association pour la protection des automobilistes.
C’est cher! 500 dollars pour une réclamation aujourd’hui c’est facile, c’est deux pneus et deux jantes, et on a des cas où les gens subissent des dommages beaucoup plus importants, renchérit-il.
Sommaire des plaintes et dédommagements liés aux nids-de-poule
| Grand Sudbury | 328 | mons de 15% | 17 900 dollars |
| Montréal | 1 283 | 113 (moins de 10%) | 35 790 dollars |
| Toronto | 1 515 en 2024 (données les plus récentes) | 564 (plus de 35%) | 679 dollars en moyenne par plainte |
Un processus à simplifier
À Montréal, les automobilistes ont 15 jours après les événements pour soumettre une demande de réclamation à la municipalité. À Sudbury ou encore à Toronto, ce délai passe à 10 jours.
De plus, les automobilistes, où qu’ils se trouvent, sont souvent amenés à fournir des preuves à la Ville (photographies des dommages et du nid-de-poule qui en seraient la cause, etc.) pour justifier que les dommages du véhicule sont bel et bien liés à la négligence de la municipalité.

La Ville du Grand Sudbury avait bouché 56 000 nids-de-poule au total en 2024. (Photo d’archives)
Photo : Jonathan Migneault CBC
Les villes de Toronto et de Montréal affirment cependant sur leurs sites internet que le dépôt d’une réclamation en responsabilité civile contre la Ville ne garantit pas l’indemnisation , ou encore que la responsabilité de la Ville n’est pas automatique.
Pour M. Flinn, tout dommage mériterait une indemnisation.
Ça coûte une fortune d’avoir une voiture sur la route. On entretient nos véhicules, alors la municipalité devrait faire plus attention à l’état des routes.
Pour sa part, M. Iny croit que l’entretien des routes, la réparation des routes, et la réaction quand la route est en mauvais état ont tous besoin d’améliorations.
Il suggère d’ailleurs que les différentes municipalités se servent des demandes de réclamation pour réparer les routes endommagées, ainsi que d’user d’autres moyens pour agir plus rapidement.

Les demandes d’indemnisation liées aux nids-de-poule soumises aux villes sont de moins en moins fructueuses dans certaines villes canadiennes.
Photo : Radio-Canada / Orphée Moussongo
Il y a plein de solutions qui impliquent un site où on peut faire rapporter un nid-de-poule avec une image et l’endroit et le faire connaître serait une bonne façon d’essayer de réduire les risques et améliorer la surveillance, poursuit M. Iny.
Il est possible de contacter le 311 en Ontario ainsi qu’au Québec pour signaler des nids-de-poule.
Les villes du Grand Sudbury, de Toronto et de Montréal ont toutes décliné nos demandes d’entrevue.


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