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Décryptage. L’incendie de la mairie de Limoges lié au terrorisme d’ultragauche ? Pourquoi la menace reste sérieuse

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L’incendie de la mairie de Limoges (Haute-Vienne) est-il le fruit d’une action terroriste commise par l’ultragauche ? Une première arrestation en lien avec la destruction de ce bâtiment emblématique de la ville, survenue samedi en marge des manifestations lycéennes et contre la vie chère, a eu lieu mardi. Le suspect, Hodei C.D., est un homme de 34 ans fiché S pour son appartenance à l’ultragauche et connu pour des faits de violences sur un policier. Interpellé par le Raid, cet intérimaire du bâtiment est connu pour son engagement dans la défense de l’environnement. « Il est d’ultragauche et il est probablement le cerveau de cette opération », assure le maire LR de Limoges, Guillaume Guérin. « On ne détruit pas un bâtiment de deux siècles par les flammes avec une boîte d’allumettes et un briquet ! », ajoute le premier édile, avançant l’hypothèse d’une action préparée.

La sous-direction antiterroriste de la police judiciaire (SDAT) a été saisie. De son côté, le Parquet national antiterroriste (Pnat) est toujours en évaluation de la procédure diligentée par le parquet de Limoges. « Nous cherchons à comprendre si les faits commis à l’hôtel de ville de Limoges ont pu résulter d’agissements concertés et organisés, ayant pour but de semer la terreur, autrement dit à déterminer l’existence éventuelle d’une entreprise terroriste », indique le Pnat.

L’image du beffroi de l’hôtel de ville de Limoges s’effondrant sous les flammes a fait le tour du monde. Photo Sipa/Yann Lerval

L’image du beffroi de l’hôtel de ville de Limoges s’effondrant sous les flammes a fait le tour du monde. Photo Sipa/Yann Lerval

Le fiasco judiciaire de Tarnac

Depuis l’affaire de Tarnac (Corrèze) en 2008, la justice antiterroriste demeure prudente avant de se saisir d’un dossier en lien avec l’ultragauche. Accusés de terrorisme après le sabotage de lignes TGV en novembre 2008, les huit militants libertaires de cette affaire ont finalement été relaxés et la qualification terroriste abandonnée. Le tribunal a considéré que ce sabotage ne relevait pas du terrorisme d’ultragauche, évoquant une fiction policière entretenue par les médias.

Le dernier dossier de terrorisme d’ultragauche en France remonte à juillet 2026, avec la mise en examen par le Pnat d’un serveur de région parisienne de 28 ans, soupçonné d’avoir projeté une action violente contre les forces de l’ordre, comme le rapporte le journal Le Monde.

En 2023, s’était tenu le premier procès du terrorisme d’ultragauche. Sept militants d’extrême gauche ont été condamnés pour avoir fomenté des actions terroristes contre des « cibles institutionnelles ». Six d’entre eux ont fait appel, la décision rendue le 10 septembre dernier a reconduit les peines prononcées en première instance allant de la relaxe à cinq ans d’emprisonnement pour association de malfaiteurs terroriste. Ce dossier reste à ce jour le seul de ce type à avoir abouti à un procès. Depuis sa création en 2019, le Pnat a ouvert moins de cinq procédures pour terrorisme d’ultragauche, qui ont donné lieu à moins d’une dizaine de mises en examen, a-t-il indiqué.

Une vingtaine d’attaques en Europe

En 2024, un total de 21 attaques terroristes d’obédience anarchiste ou d’extrême gauche - abouties ou ayant échoué - ont été perpétrées en Italie (18) et en Grèce (trois), selon le dernier rapport de l’agence européenne Europol. Vingt-huit arrestations ont été effectuées en Grèce, en Italie et en Allemagne. Parmi les personnes arrêtées, on compte cinq femmes (âgées de 30 à 65 ans) et 23 hommes (âgés de 26 à 78 ans).

En France, le djihadisme représente la plus grande menace terroriste (deux morts et neuf blessés en 2025), suivie par la menace de l'ultradroite (un mort et un blessé en 2025), l’ultragauche et les nouvelles mouvances telles que les « êtres souverains », les « incels » ou les EVN (extrémisme violent nihiliste), selon une note du centre de recherche de la Gendarmerie nationale publiée en janvier 2026. En 2025, la mouvance d’ultragauche a revendiqué 120 actions en France. « La majorité prend pour cibles des bâtiments ou des infrastructures : ceux liés à l’environnement, au monde politique, ainsi que les commerces, suivis de près par le réseau électrique, les transports publics et le BTP », détaille le chercheur Alexandre Rodde, dans cette note.

5 000 fichés S d’ultragauche

« La tendance est clairement vers une violence de plus en plus affirmée de l’ultragauche. La question qui se pose est de savoir si elle passera un jour à une violence ciblant les personnes. Je fais partie de ceux qui pensent qu’une fois que le processus de violence est enclenché, il est très difficile de dire qu’il se cantonnera à des biens matériels ou à des sabotages », avance Eric Delbecque (*), expert en sécurité intérieure. La mort du militant d’extrême droite Quentin Deranque le 14 février à Lyon à la suite d’affrontement avec des antifascistes illustre cette montée de la violence - on ne peut en revanche pas parler de terrorisme d’ultragauche dans cette affaire, dont le Pnat ne s’est d’ailleurs pas saisi.

En France, les renseignements suivent plus de 10 000 individus d’ultragauche dont 5 000 sont fichés S. Ils estiment que « l’ultragauche » et « l’extrême gauche radicale » ont été en pointe dans les débordements de violences du samedi 17 octobre. L’ultragauche est répartie en trois catégories idéologiquement distinctes : « les antifas », les plus nombreux, « les anarcho-autonomes » et les « anarchistes ».

« L’ultragauche pense qu‘à force de multiplier ses coups, non seulement ça montrera que l’État recule, mais en plus, ils pensent qu’un jour ça précipitera une forme de révolution par le bas et d’insurrection générale. Leur idée, ce n’est pas de prendre le contrôle de l‘État, c’est de le désagréger par le bas », explique Eric Delbecque. « Ils placent de grands espoirs dans le fait d’instrumentaliser et de pousser à l’action un certain nombre de gens - très exactement les pilleurs qu’on a vu à l‘œuvre ce week-end. L’histoire ne dit en revanche pas comment on fait ensuite pour ne pas sombrer dans le chaos… »

(*) La Trahison des élites de Eric Delbecque, Éditions Robert Laffont, septembre 2026.

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