Série : Sport en couple, entre passion et tensions [2/2] - Faire un footing, un tennis ou une balade à vélo avec son partenaire n’est pas toujours un moment de plaisir partagé, notamment pour les femmes. Surtout quand les remarques déplacées et l’esprit de compétition mal placé s’invitent.

Audrey Vermorel - Hier à 08:30 - Temps de lecture :

Différence d’objectif, de niveau… Faire du sport en couple n’est pas toujours un moment de partage. Photo d'illustration Pexels Différence d’objectif, de niveau… Faire du sport en couple n’est pas toujours un moment de partage. Photo d'illustration Pexels

Le tennis du dimanche matin, la course à pied en forêt, le vélo en bord de mer… Autant d’activités plaisir qui devraient rapprocher les couples lorsqu’elles sont partagées. Mais le sport est encore, pour beaucoup, synonyme de performance, quitte à laisser déborder son ego sur sa partenaire. Car pour beaucoup de femmes, ces moments de partage se transforment parfois en moments douloureux : remarques déplacées, compétition mal vécue, rabaissement. Sophie, 41 ans, en sait quelque chose. Elle est actuellement en pleine préparation pour son premier marathon à l’automne. « Mon compagnon court depuis cinq ans, moi depuis six mois. La première fois que nous avons couru ensemble, il n’arrêtait pas de me répéter de lever les genoux ou de mieux respirer. Comme si j’étais une débutante incompétente. Je préfère m’entraîner seule en suivant mon programme. Je progresse sans pression, à mon rythme, sans personne pour me faire des réflexions », raconte-t-elle.

Son témoignage n’est pas isolé. Maud, 48 ans, pratique le tennis depuis petite. Depuis la rencontre avec son compagnon, il y a 18 ans, il s’est aussi initié à cette activité. « Nous jouons souvent ensemble le week-end et parfois, la fin du match se transforme en soupe à la grimace », déplore-t-elle.

« Arène masculine »

Pourquoi le sport, censé fédérer, devient-il parfois le théâtre de tensions genrées ? Ces situations, en apparence banales, révèlent en réalité une asymétrie dans la manière dont femmes et hommes abordent le sport en couple. « Le sport est historiquement une arène masculine, où la domination s’exerce de manière naturelle, presque invisible », explique Christine Mennesson, sociologue spécialiste du genre et du sport, autrice de Être une femme dans le monde des hommes (*). « Les hommes y sont socialisés comme des êtres universels », explique-t-elle, « autorisés à occuper l’espace, à rivaliser, à imposer leur rythme. Les femmes, elles, doivent souvent justifier leur présence, ou accepter d’être reléguées à un rôle de partenaire plutôt que de concurrentes à part entière. Ils sont aussi, depuis leur enfance, éduqués à la compétition et à la performance. »

Le sport, miroir grossissant des inégalités du couple

Les études le confirment : le sport reproduit, voire amplifie, les rapports de pouvoir traditionnels. Selon une enquête de l’Insee parue en 2017, les écarts de pratique entre femmes et hommes restent marqués, surtout dans les couples avec enfants : « Les femmes ont 20 % de chances en moins de pratiquer un sport que les hommes dans la même situation. » Une inégalité qui s’explique en partie par la charge mentale et les tâches domestiques, mais aussi par des stéréotypes tenaces : « Une personne sur deux estime encore que “certains sports conviennent mieux aux garçons qu’aux filles” », souligne l’Insee.

Pour Béatrice Barbuse, sociologue et autrice de Du sexisme dans le sport (**), « le sport est un miroir grossissant de notre société : ce qu’il révèle sur les rapports de pouvoir, les normes genrées, va bien au-delà des terrains ». Ces dynamiques peuvent décourager les femmes de persévérer. Beaucoup abandonnent une activité parce qu’elles se sentent jugées ou parce que leur conjoint ne les prend pas au sérieux. C’est d’autant plus vrai dans les sports d’endurance ou de combat, où la performance est souvent associée à la virilité.

Il ne faut pas pour autant renoncer complètement à faire du sport en couple, mais rééquilibrer les rapports, comme établir des règles, interdire les conseils non sollicités, accepter les écarts de niveau. Certains couples y parviennent. « Pratiquer le sport à deux est une superbe activité qui nous rapproche », confirme Stéphane, 44 ans, qui précise ne pratiquer que des sports sans compétition. Une évolution qui passe par une prise de conscience collective et une remise en question de la position dominante des hommes. Les femmes peuvent, elles aussi, conseiller et entraîner des hommes.

(*) Christine Mennesson, Être une femme dans le monde des hommes, chez L’harmattan, 33,50 euros.

(**) Béatrice Barbuse, Du sexisme dans le sport, chez Anamosa, 22 euros.

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