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Pour remonter jusqu’aux incendiaires, sapeurs-pompiers, gendarmes, policiers et forestiers unissent leur force au sein de la cellule de recherche des causes et circonstances des incendies (RCCI). Un mégot, du papier brûlé voire une simple coquille d’escargot peuvent les mettre sur la voie.
Alexandra Simard - Aujourd'hui à 06:00 - Temps de lecture :
Plus de 12 500 départs de feu sont intervenus depuis janvier et 44 000 hectares ont été ravagés par les flammes depuis le début de l’année en France, dépassant déjà l’ensemble de la superficie brûlée en 2025 (30 000 hectares). Dans 90 % des cas, ces incendies sont d’origine humaine, déclenchés accidentellement ou volontairement. Pour remonter la trace des incendiaires, chaque minute compte. C’est le rôle de la cellule de recherche des causes et circonstances des incendies (RCCI). Constituée de sapeurs-pompiers, de gendarmes ou de policiers et d’agents de l’Office national des forêts (ONF), elle est chargée d’identifier l’origine d’un feu de forêt.
Chacun apporte sa propre compétence : les pompiers sont souvent les premiers arrivés sur place, leurs informations sont précieuses. Les gendarmes figent les lieux, réalisent des prélèvements et gèrent l’aspect procédural. Quant aux forestiers, ils connaissent le comportement des végétaux face aux feux et l’influence du vent. Leurs connaissances sont utiles pour comprendre le développement d’un incendie. « La cellule RCCI est déclenchée en cas d’origine suspecte d’un feu de forêt, avant même l’ouverture d’une éventuelle enquête judiciaire. Depuis près de cinq ans maintenant, quasiment chaque département dispose d’une cellule RCCI », nous explique le capitaine Stéphane Carret, référent départemental adjoint de la RCCI du Var, créée en 2003.
Sur le terrain, les enquêteurs travaillent à rassembler le moindre indice, comme sur une scène de crime. Photo Sipa/Frederic Munsch
Identifier la zone de départ
L’objectif est d’abord de repérer la zone de départ de feu, puis le point d’éclosion, c’est-à-dire l’endroit exact où l’incendie a pris. Pour ce faire, les enquêteurs vont observer de près la végétation environnante : « Plus le feu avance, plus il va toucher les végétaux en hauteur », explique le capitaine Carret. Les escargots peuvent aussi apporter des indications : « Ils font partie des traces que laisse le feu lorsqu’il passe. Le côté exposé de la coquille se retrouve plus dégradé, ce qui nous donne le sens du feu », complète le sapeur-pompier.
Sur le terrain, les techniciens en identification criminelle (TIC) de la gendarmerie travaillent à rassembler le moindre indice. Comme sur une scène de crime, ils déposent des plots jaunes numérotés et photographient les lieux, à la recherche d’un mégot de cigarette, d’un dispositif de mise à feu, d’un tas de déchets, d’éventuels chantiers aux alentours ou d’arbres foudroyés. Ils traquent aussi toutes traces de produits d’accélérateurs d’incendies (essence, alcool à brûler…).
Des chiens spécialisés
Les enquêteurs peuvent aussi recourir à l’aide des brigades cynophiles et de leurs chiens capables de repérer les odeurs d’essence et d’une quinzaine d’autres molécules. Des échantillons de terre peuvent également être prélevés et analysés pour retrouver les traces d’un éventuel produit accélérateur d’incendie.
Certains scellés sont envoyés à l’Institut de recherche criminelle de la gendarmerie, à Pontoise (Val-d’Oise), afin de permettre de retrouver des traces d’ADN. Les enquêteurs peuvent aussi consulter les données de téléphonie ou de géolocalisation de la zone sinistrée afin d’être orientés vers d’éventuels suspects. L’enquête passe aussi par l’audition de témoins, le visionnage de vidéosurveillance quand elle existe…
À l’issue de leurs investigations, les membres de la cellule RCCI établissent un rapport qui sera versé à la procédure judiciaire. « L’enquête peut être bouclée en une demi-heure comme elle peut prendre plusieurs heures voire plusieurs jours », reprend le capitaine Carret. « Malheureusement, souvent on a affaire à des feux d’origine inconnue. On émet alors simplement des hypothèses », ajoute le sapeur-pompier, qui précise que « tout départ de feu n’aboutit pas à l’ouverture d’une enquête ». Depuis le début de l’été, 128 « incendiaires présumés » ont été interpellés en France. La plupart ont reconnu les faits.


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