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L'exégèse des propos de Bart De Wever lors de sa prestation aux Grandes conférences catholiques est loin d'être close. Cet évènement, auquel La Libre était étroitement associée, a offert une radiographie saisissante de l'évolution idéologique du Premier ministre. En l'espace de deux décennies, la grammaire politique belge a été chamboulée. De séparatiste "antisystème", volontiers abrupt dans son rapport aux francophones, "BDW" s'est mué en un conservateur classique, au ton apaisant et presque rassurant pour le sud du pays. Depuis l'accord européen qu'il a arraché sur l'Ukraine tout en préservant les intérêts belges, il s'est hissé dans la catégorie des hommes d'État.
Le regard désormais nuancé qu'il porte sur Georges-Louis Bouchez s'inscrit également dans ces changements. "Idéologiquement, je l'aime beaucoup, on se ressemble. Il est très, très, très fort, avait-il concédé aux "Grandes conférences" au sujet du président du MR. Mais sa personnalité est d'une autre nature que la mienne. Je ne pense pas qu'il apprécie le stoïcisme… C'est un latin. Moi, je suis un calme germanique."
Avoirs russes : Bart De Wever a gagné ses galons d'homme d'ÉtatQuand "BDW" voulait exclure le MR…
Loin d'accuser le libéral francophone pour les turbulences provoquées dans les récentes négociations budgétaires, Bart De Wever semble presque indulgent. Georges-Louis Bouchez avait calé devant les perspectives d'augmentation de la TVA et de saut d'index. Le fougueux libéral a partiellement eu gain de cause et un compromis a pu être scellé. La coalition Arizona était sauvée, Bart De Wever n'a pas franchi le seuil du Palais pour remettre sa démission qu'il avait brandie en menace.
Les relations entre l'homme fort de la N-VA et le patron du MR – deux formations de droite dont les programmes sont très proches – n'ont pas toujours été sereines. Durant l'été 2020, dans une atmosphère lourde et incertaine, le préformateur Bart De Wever avait tenté d'éjecter les "bleus" francophones des négociations gouvernementales. Son objectif, à l'époque : bâtir une majorité avec les socialistes et la famille centriste en excluant les forces de Georges-Louis Bouchez, dont le caractère intraitable l'irritait. Finalement, le plan s'est retourné contre la N-VA. Après un soudain rapprochement entre les libéraux et les écologistes, la Vivaldi – dirigée par Alexander De Croo – a vu le jour sans les nationalistes flamands.
La "vision impériale" de De Wever
Aux élections de juin 2024, Bart De Wever avait porté un autre coup à Georges-Louis Bouchez : la N-VA avait aligné des listes en Wallonie, rivalisant avec le MR. En affaiblissant les libéraux, les nationalistes renforçaient mécaniquement le PS de Paul Magnette en Wallonie. La Belgique fédérale, ainsi écartelée entre le nord de droite et le sud de gauche, aurait semblé ingouvernable et une septième réforme de l'État se serait imposée comme une issue.
Mais ce pari a échoué. Le MR est devenu la première formation politique francophone au soir du 9 juin. Bart De Wever devait ajuster son logiciel politique, lui qui voyait Paul Magnette comme un interlocuteur naturel en vue de l'instauration du "confédéralisme". Il a rapidement admis que "GLB" détenait désormais les clés d'une future majorité fédérale.
Avec l'Arizona, c'est finalement un gouvernement de réformes socio-économiques – sans le PS et sans refonte institutionnelle du pays – qui a émergé. "Bart a été surpris par le scrutin, note un fin observateur. Son regard a évolué, le 9 juin. Il a une vision impériale de la politique : il sait reconnaître les vainqueurs. Georges-Louis a changé de statut ce jour-là, passant de l'outsider au partenaire de référence."
Les raisons profondes du triomphe électoral du MR"Un génie politique"
Depuis, les relations entre les deux leaders de droite se sont nettement améliorées. Le Premier ministre et son bouillant allié entretiennent des contacts directs et s'envoient régulièrement des messages WhatsApp, commentant la politique belge et internationale. "Georges-Louis est un génie politique, même s'il manque d'empathie", a notamment glissé Bart De Wever aux négociateurs du MR durant la récente crise sur le budget fédéral. Le Premier ministre a fini par reconnaître dans le président libéral une forme d'alter ego.
Une satisfaction pour le Montois qui, par le passé, avait pris ombrage de la connivence de lettrés qu'il croyait déceler entre De Wever et Magnette. "Bart De Wever et Paul Magnette pensent être supérieurs : quand ils se parlent, ils ont le sentiment d'embrasser Jupiter", pestait dans La Libre Georges-Louis Bouchez, durant la campagne de 2024…
Malgré la tension propre aux périodes électorales, le chef du MR s'était toutefois gardé d'"incendier" le nationaliste flamand plus que de raison. Ainsi, il interprétait l'irruption de la N-VA en Wallonie non comme une déclaration de guerre mais comme l'opportunité de tirer vers la droite le débat francophone.
Plus encore, "GLB" a soutenu "BDW" dans son ambition affichée de s'emparer du 16, rue de la Loi. "Georges-Louis place Bart au-dessus de tout le reste de la classe politique, même au-dessus de lui. Il ressent du respect. Bart est le seul à ses yeux qui vaille la peine qu'il se batte pour lui au 16", confie une source libérale de premier plan. Durant les longs mois de gestation de l'Arizona, le libéral francophone a également préservé individuellement Bart De Wever dans sa mission de formateur.
"Georges-Louis place Bart au-dessus de tout le reste de la classe politique, même au-dessus de lui. Il ressent du respect. Bart est le seul à ses yeux qui vaille la peine qu'il se batte pour lui au 16."
La théorie des trois droites
Malgré les réelles difficultés vécues par l'Arizona, le contact n'a jamais été rompu. En amont du conclave budgétaire, Georges-Louis Bouchez avait même pris soin d'alerter le Premier ministre sur la ligne rouge que constituait à ses yeux une hausse excessive de la fiscalité, évitant ainsi toute surprise.
Afin que Bart De Wever saisisse l'attitude du MR dans les récentes discussions, le Montois lui avait longuement détaillé sa stratégie idéologique, fondée sur la "théorie des trois droites" : "Je veux combiner les trois tendances historiques de la droite française au sein du MR : la droite orléaniste, la droite légitimiste et la droite bonapartiste", lui avait-il confié, c'est-à-dire réconcilier les versions progressistes et conservatrices du libéralisme sous l'égide d'un État fort prenant appui sur le peuple.
L'axe de la realpolitik
Cette bromance (de "brother" et "romance") entre De Wever et Bouchez contient également une bonne dose de realpolitik. N-VA et MR constituent souvent un front commun lors des kerns délicats où leur vision de l'économie, du marché du travail, de la sécurité ou encore de la migration se heurte aux centristes et à Vooruit.
À bien des égards, un axe libéralo-nationaliste s'est constitué : chacun a besoin de l'autre pour gouverner au fédéral. Dans ce contexte, plusieurs gestes amicaux ont été accomplis publiquement. Par exemple, le chef de l'Arizona avait rompu les habitudes politiques en se présentant sur la scène du congrès de rentrée du MR aux côtés de Georges-Louis Bouchez. Le "Premier" voulait choyer son partenaire libéral afin de préserver sa coalition et, par ricochet, son propre pouvoir.
Grosse surprise au congrès du MR à Walibi : Bart De Wever s'est s'exprimé devant les militants libérauxVers une confrontation ?
Cette relation en dents de scie connaît donc une phase apaisée. Mais les deux hommes ne seront-ils pas entraînés vers une confrontation, un jour ou l'autre ? L'ancienne animosité pourrait resurgir. Georges-Louis Bouchez rêve du 16, rue de la Loi. Face à cette ambition libérale, Bart De Wever oppose une conception asiatique du temps politique : quand il s'installe dans une fonction, c'est pour y durer, comme en témoignent ses mandats successifs à la tête de la N-VA ou son enracinement à l'hôtel de Ville anversois. Il ne renoncera pas facilement au "16".
La question électorale pourrait également provoquer des étincelles en 2029. Le MR déposera-t-il à son tour des listes en Flandre ? "GLB" rendrait ainsi la monnaie de sa pièce à "BDW" mais prendrait le risque d'une rupture avec le leader nationaliste à l'aube de la prochaine législature.
Le virage de "droite populaire" du MR éclaire l'intransigeance fiscale de Georges-Louis Bouchez au fédéralPour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.


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