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De plus en plus de filles s’infligent des blessures corporelles, selon une étude

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De plus en plus de jeunes Canadiens, surtout des filles, s'infligent des blessures corporelles, selon une nouvelle étude publiée lundi dans le Journal of the American Medical Association Pediatrics. Même si l’origine de cette tendance à la hausse n’est toujours pas déterminée, des experts blâment les médias sociaux.

En moyenne, le taux de personnes âgées de 24 ans et moins qui ont consulté un médecin en lien avec l'automutilation a augmenté de 3,5 % par an entre 2000 et 2024. Ainsi, ce taux a plus que doublé au cours de la période d'étude de 25 ans, déclare l'auteure principale, la Dre Natasha Saunders.

L’Ontarienne Margaret Boldt figure parmi ces jeunes. Pendant trois ans, cette résidente de Windsor s’est infligé des blessures pour se donner l’impression d’avoir une certaine maîtrise de sa vie.

La jeune femme raconte avoir grandi dans un foyer où régnait la violence et avoir souffert d’un trouble alimentaire. Elles dit avoir commencé à se mutiler à l'âge de 16 ans.

Margaret Boldt regarde la caméra.

Margaret Boldt s'est automutilée pendant des années. Elle suit désormais un programme de désintoxication.

Photo : Fournie par Margaret Boldt

Au début, je voulais presque que les gens le remarquent, parce que je voulais qu’ils sachent à quel point je souffrais, soutient-elle. Quand c'est plutôt devenu une dépendance, j'ai commencé à le cacher davantage.

Mais les coupures sont devenues si graves qu'elle finissait par se rendre à l'hôpital un jour sur deux, ou même tous les jours, certaines semaines pour recevoir des points de suture.

Mme Boldt s'est alors tournée vers la drogue, car elle s'est rendu compte que d'en consommer l'empêchait de s'automutiler.

Aujourd’hui âgée de 20 ans, Boldt affirme qu’elle ne s’est pas infligé de blessures corporelles depuis cinq mois et qu’elle suit actuellement un programme de désintoxication.

Une tendance à la hausse, surtout chez les filles

L’étude de la Dre Saunders révèle qu’il y avait en moyenne 10,2 consultations médicales liées à l’automutilation pour 10 000 habitants en 2000. Au fil des années, ce taux a augmenté de 3,6 % par an chez les filles, contre 1,2 % par an chez les garçons.

Cela nous indique que nos enfants ne vont pas bien, et si nous ne mettons pas un frein à cette tendance et ne prenons pas les mesures nécessaires pour inverser la trajectoire, nous allons avoir de gros problèmes.

Par ailleurs, les auteurs constatent une augmentation annuelle de 2,5 % dans le taux de cas d’automutilation déclarés par des jeunes.

Nous le constatons sur le terrain : je le vois dans mon cabinet, à l'hôpital, nous le constatons même dans les services de pédiatrie , déclare la Dre Saunders, qui est également pédiatre à l’Hôpital pour enfants SickKids de Toronto. L'ampleur de cette tendance l'a néanmoins surprise.

Photo aérienne de l'hôpital SickKids.

L'auteure principale de l'étude, la Dre Natasha Saunders, travaille à l'hôpital SickKids de Toronto. Elle constate même une hausse des cas d'automutilation chez les jeunes dans le cadre de son travail.

Photo : Radio-Canada / Patrick Morrell

Son analyse à grande échelle a passé en revue 42 études menées entre janvier 2000 et décembre 2024, portant sur plus de 234 millions de personnes. Les recherches provenaient d’une douzaine de pays à revenu élevé, dont le Canada, l’Australie et le Royaume-Uni. La tendance à la hausse a été remarquée dans tous les pays étudiés.

Ces différentes études ont soit suivi les visites à l'hôpital liées à l'automutilation, soit examiné des enquêtes basées sur des déclarations des personnes en question.

Ce qui préoccupe le plus la Dre Saunders est que ces chiffres sont probablement largement sous-estimés.

De nombreuses personnes s’automutilent sans pour autant se présenter aux services de la santé, explique-t-elle. Ce qu’on constate n’est vraiment que la partie visible de l’iceberg.

Un signe avant-coureur

Même si l'automutilation n'est pas en soi une maladie mentale, elle peut en être un symptôme et expose également les personnes concernées à un risque accru de se suicider, explique la Dre Rachel Mitchell, psychiatre pour les enfants et adolescents à l’hôpital Sunnybrook de Toronto.

Si l’on apprend à se faire du mal pour faire face à ses difficultés, on finit par y recourir constamment comme moyen pour soulager la douleur. À terme, cela nous rend simplement plus insensibles à l’idée de passer à des actes plus graves, plus mortels.

Il s'agit d'une situation d’autant plus préoccupante pour la Dre Mitchell, qui est l'une des auteures d’une étude réalisée en 2023 révélant qu'un nombre croissant de jeunes filles en Amérique du Nord se suicident.

L’incidence des médias sociaux

Bien que l’étude sur la hausse des cas d’automutilation n'explore pas ses causes, la Dre Saunders estime que les réseaux sociaux en sont en partie responsables.

Les jeunes sont submergés par tout ce qui se passe en ce moment. Il y a des événements mondiaux qui sont bouleversants, maintient-elle. Les informations leur parviennent à un rythme effréné.

Nous ne leur donnons pas les outils nécessaires pour les aider à réguler leurs émotions et à faire face à ces situations.

Selon elle, les réseaux sociaux n'en sont probablement pas l’unique cause, et peuvent au contraire offrir un espace sûr aux personnes en difficulté.

La Dre Mitchell explique que la hausse plus fragrante des cas d’automutilation chez les filles pourrait s'expliquer par le fait qu’elles passent plus de temps en ligne et ont davantage tendance à se comparer aux autres.

Mme Boldt, la jeune femme de Windsor, affirme que les normes sociales et la pression de s’intégrer ont joué un rôle dans son cas.

Son amie Jessica Pauli, qui suit également un traitement pour toxicomanie, dit s’être automutilée pendant des années.

Jessica Pauli avec un garçon.

Jessica Pauli dit qu'elle s'automutilait depuis qu'elle était en 8e année. Maintenant âgée de 26 ans, elle se rétablit depuis environ deux ans.

Photo : Fournie par Jessica Pauli

Même si les réseaux sociaux ne l’ont pas encouragée, Mme Pauli se souvient d’une époque où les contenus sur l’automutilation étaient plus facilement accessibles et partagés en ligne.

C’est effrayant de voir que le suicide [...] peut vraiment être glorifié et présenté comme quelque chose de cool, dit-elle.

La vie est parfois difficile, mais il faut trouver un moyen d’y faire face de manière saine, car on ne fait que se mettre des bâtons dans les roues si on prend de mauvaises décisions.

Le gouvernement canadien a cherché à encadrer les réseaux sociaux et lancé des consultations publiques en ce sens en 2021. Le projet de loi a toutefois été rejeté en janvier 2025, lors de la dissolution du Parlement.

Ottawa déclare qu’il prévoit toujours d’aller de l’avant avec un cadre législatif de ce genre. Il n’a cependant encore rien annoncé.

Où trouver de l'aide

  • Pour obtenir de l’aide relative à des questions liées au suicide, appelez ou envoyez un texto à la Ligne d’aide en cas de crise de suicide au 9-8-8.

  • Si vous souhaitez obtenir du soutien en santé mentale ou si vous vivez un deuil lié au suicide, consultez le site (nouvelle fenêtre) de l’Association canadienne pour la prévention du suicide, où vous trouverez des services de soutien.

  • Jeunesse, J’écoute : consultez ce site (nouvelle fenêtre) pour échanger avec un répondant aux crises.

Avec des informations de Jennifer La Grassa

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