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De la COVID à Ormuz, Metal7 dans la tempête

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Le soulagement d’Éric Martin aura été de courte durée. Vendredi dernier, le PDG de Metal7 pensait que deux de ses livraisons coincées dans le détroit d’Ormuz pourraient enfin arriver à bon port. Le lendemain, cet espoir s'était envolé.

Les choses bougent vite dans le monde de Metal7, la PME née à Sept-Îles il y a 52 ans devenue multinationale.

Il ne faudrait pas que ça s’éternise, laisse tomber Éric Martin, évoquant le caractère critique du passage maritime, fermé pour la première fois le 28 février dernier.

Mais le blocus du détroit d’Ormuz, aussi extraordinaire soit-il, s’inscrit dans une longue série de chocs auxquels a été soumis Metal7 depuis 2020 : pandémie, guerre en Ukraine, tarifs américains, contre-tarifs chinois, et maintenant cette guerre en Iran; rien ne semble l’épargner.

Éric Martin, le PDG de Metal7, dans son usine.

Pour le président-directeur général de Metal7, l'environnement géopolitique chaotique pose des défis, mais les politiques migratoires aussi.

Photo : Radio-Canada / Renaud Chicoine-McKenzie

On est attaqués sur tous les fronts!

À l’heure où l'ordre mondial est synonyme de désordre, le parcours de l’entreprise métallurgique illustre bien les défis à surmonter pour les PME qui, à son instar, veulent se tailler une place dans un marché international volatil.

Que fait Metal7?

Metal7 se spécialise en revêtement par projection thermique, une méthode qui rend la machinerie plus durable. L’espérance de vie des tamis à rouleau qu’elle crée se compte en années plutôt qu’en mois, explique Éric Martin. Pour des compagnies minières à qui un arrêt de production coûte des centaines de milliers de dollars par jour, c’est un avantage considérable, selon Metal7.

Depuis la COVID-19, la guerre en Ukraine a entraîné l’annulation de millions de dollars en contrats de Metal7 en Russie. Et si les tarifs américains pèsent majoritairement sur les épaules de nos voisins du sud, ceux imposés par le Canada sur l’acier chinois font mal, reconnaît Éric Martin.

Et pourtant, ce paradoxe : depuis 2020, le chiffre d’affaires de l’entreprise a triplé pour atteindre 100 M $, notamment grâce à sa présence à l’étranger. Le marché nord-américain de Metal7 ne représente plus que 25 % à 30 % de son activité, contre près de 45 % en Inde et au Moyen-Orient.

Pour Julie White, la PDG de Manufacturiers et exportateurs du Québec, il n’y a pas de contradiction là. Si on regarde la grosseur de notre marché versus le marché indien, ce n’est vraiment pas la même taille d’opportunité en termes de revenus, affirme-t-elle.

Une machine travaille à l'usine.

L'usine de Metal7 se robotise, notamment pour pallier de nombreux départs à la retraite.

Photo : Radio-Canada / Renaud Chicoine-McKenzie

Une exception?

C’est comme une tempête parfaite pour nos entreprises, laisse tomber Julie White, on a encore la crise tarifaire, la guerre en Ukraine. Il y a plusieurs événements qui s’empilent et qui rendent la vie difficile à nos entreprises.

Selon elle, la fermeture du détroit d’Ormuz a eu des conséquences sur de nombreuses PME au Québec, que ce soit pour exporter leur production ou recevoir des intrants.

Carte géographique sur laquelle on voit le détroit d'Ormuz et les pays avoisinants.

Environ 20 % du trafic mondial de pétrole et de gaz naturel passe par le détroit d'Ormuz.

Photo : Radio-Canada

Mais le cas de Metal7 est unique sur la Côte-Nord, s’accordent pour dire plusieurs organismes économiques de la région. S’il y a d’autres petites et moyennes entreprises qui exportent en Asie ou en Europe, les directeurs de Développement économique Sept-Îles, ID Manicouagan et Commerce international Côte-Nord ne les connaissent pas.

Généralement, les PME viennent s’installer ici pour fournir des services aux grandes entreprises, qui deviennent leur marché principal, explique Guy Simard, le directeur industriel d’ID Manicouagan.

L’éolien, les alumineries, la défense : le marché québécois est très intéressant, fait-il remarquer. Les PME, je les comprends de ne pas toujours viser l’international.

Un homme sourit devant un cadre.

Guy Simard est directeur du développement industriel à la corporation Innovation et Développement Manicouagan.

Photo : Radio-Canada / Catherine Gosselin

Ça ne les protège pas des crises pour autant. Remplir ses réservoirs de carburant coûte deux fois plus cher qu’il y a quelques mois. Les entreprises n’ont pas le temps de refiler la facture à leurs clients. Pour elles, c'est un choc, rapporte M. Simard.

Julie White ajoute que les PME sont aussi perdantes si leurs donneurs d’ordre sont affectés par ce qui se passe à l’étranger. C’est sûr que le ralentissement des contrats ou des investissements se répercute sur les plus petites entreprises, précise-t-elle.

C’est une des raisons pour lesquelles Mme White encourage les entreprises à se tourner vers des marchés internationaux. Ceux-ci peuvent les aider à diversifier leurs marchés tout en leur offrant des volumes d’affaires plus importants.

Une vision que partage d’ailleurs Metal7, qui songe même à explorer d’autres avenues que la machinerie. On va aller vers les usines de réduction directe pour l'acier, mais aussi vers les fertilisants, promet le PDG Éric Martin. Le tout pour être moins vulnérable aux aléas du marché international dans lequel l'entreprise s’est aventurée.

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