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Par Frédéric Bobin
Publié aujourd’hui à 05h30Article réservé aux abonnés
DécryptageAprès quinze ans de discrétion sur le dossier libyen, Washington veut réconcilier les autorités rivales de l’Est et de l’Ouest autour d’un accord de partage du pouvoir négocié entre quelques seigneurs locaux. Loin d’apaiser le pays, cette initiative déclenche une fébrile recomposition des rapports de force et met à nu la fragilité des alliances de part et d’autre.
Un Etat du Sud à la souveraineté dépecée, où se pressent des « parrains » étrangers, devenu le théâtre d’un néoimpérialisme qui se partage les dépouilles du pays dans le huis clos de quelques chancelleries. Et si la Libye était le laboratoire du nouvel âge géopolitique ? Pivot entre le Machrek et le Maghreb, elle est de longue date un corridor où s’entrechoquent les convulsions idéologiques et militaires de ces deux espaces. Par son littoral méditerranéen, elle est aussi un promontoire de l’Afrique tendu vers l’Europe, un accès migratoire potentiel lesté d’un enjeu majeur pour les riverains du Nord. Une telle charnière géographique, riche en hydrocarbures de surcroît, est devenue une malédiction pour ce pays.
Quinze ans après la chute, en 2011, de la Grande Jamahiriya – l’« Etat des masses » de Mouammar Kadhafi –, un cartel de puissances, petites et grandes, s’affaire autour du destin de la Libye. Dévoilée au printemps, l’initiative de Massad Boulos, conseiller spécial de Donald Trump pour les affaires arabes et africaines, entend « réunifier » une Libye divisée de facto depuis 2014 entre la Tripolitaine, à l’ouest, et la Cyrénaïque, à l’est. Rassembler les institutions du pays autour d’une autorité commune est une aspiration largement partagée par les Libyens. Tripoli et Benghazi sont les sièges de deux gouvernements rivaux ; mettre fin à cette dualité pourrait ouvrir la voie d’une réconciliation et d’une refondation d’un Etat digne de ce nom.
Pourtant, la démarche américaine suscite crispations et inquiétudes par sa méthode : une transaction opaque entre les seigneurs locaux, ceux-là mêmes qui ont prospéré, dans le chaos post-2011, sur la prédation des ressources. Saddam Haftar, fils du maréchal Khalifa Haftar, maître vieillissant de l’Est établi à Benghazi, et Ibrahim Dbeibah, neveu et conseiller à la sécurité nationale d’Abdel Hamid Dbeibah, chef du gouvernement de Tripoli, sont aux premières loges des tractations menées, sous la houlette de Massad Boulos, pour le compte de leurs camps respectifs. Le conseiller de Donald Trump a aussi multiplié les contacts avec les capitales régionales – Le Caire, Ankara, Riyad, Abou Dhabi et Doha – et tenu informés certains Etats européens, dont la France et l’Italie. L’opinion publique libyenne, elle, demeure la grande oubliée de ces discussions.
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