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Dans une église désaffectée d’Halberstadt joue depuis 2001 un orgue dont l’unique morceau dure 639 ans et ne s’achèvera qu’en 2640

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Depuis le 5 septembre 2001, un orgue joue sans interruption dans l’ancienne église Saint-Burchardi d’Halberstadt, en Allemagne. Un seul morceau, une seule partition : ORGAN²/ASLSP de John Cage, dont le titre signifie « aussi lentement que possible ». Sa durée a été fixée à 639 ans, avec un point final prévu pour 2640.

Aucun spectateur du premier jour n’entendra la dernière note.

Le calcul paraît absurde, presque provocateur, jusqu’à ce qu’on comprenne d’où vient ce chiffre. L’église Saint-Burchardi date de 1208, et en 1361 un grand orgue y a été installé, l’un des premiers dotés d’un clavier du type aujourd’hui universel pour les pianos. Les organisateurs ont voulu marquer cet écart : 639 années séparaient 1361 de l’an 2000, date initialement prévue pour lancer le projet. Le début a finalement été repoussé d’un an, faute de budget.

À retenir

  • L’orgue joue depuis le 5 septembre 2001 et ne s’arrêtera qu’en 2640, représentant 639 années de musique continue.
  • La partition commence par un silence de dix-sept mois, le premier son n’ayant retenti que le 5 février 2003.
  • Des poids et du sable maintiennent les touches enfoncées tandis que des volontaires modifient manuellement les tuyaux tous les deux à trois ans.

Sommaire

  1. Un silence de dix-sept mois pour ouvrir 639 ans de musique
  2. Des poids, du sable et une soufflerie qui ne s’arrête jamais
  3. Des foules pour entendre une seule note bouger

Un silence de dix-sept mois pour ouvrir 639 ans de musique

La partition de Cage commence par une indication déroutante : une pause. À Halberstadt, cette pause a duré dix-sept mois, du 5 septembre 2001 au 5 février 2003, jour où le tout premier son s’est enfin fait entendre dans l’édifice.

Ce choix de date n’a rien d’anodin. Le lancement a eu lieu le 5 septembre 2001, jour du 89e anniversaire de John Cage, mort en 1992 sans jamais fixer lui-même la durée de son œuvre. Des musiciens et des philosophes ont débattu de cette instruction lors d’une conférence en 1997, car un orgue correctement entretenu peut techniquement sonner indéfiniment. C’est de cette question, en apparence anecdotique, qu’est né l’un des projets musicaux les plus radicaux jamais entrepris.

Vingt-cinq générations devront se succéder pour voir l’œuvre s’achever.

Des poids, du sable et une soufflerie qui ne s’arrête jamais

Personne ne joue de cet orgue au sens classique du terme. Les touches sont maintenues enfoncées en permanence par des poids et des sacs de sable, tandis qu’un système de soufflerie électrique alimente l’instrument en air afin de produire un son continu. Le résultat est un bourdon ininterrompu, jour et nuit, depuis plus de deux décennies.

Changer d’accord ne consiste pas à appuyer sur une nouvelle touche. Un changement d’accord, effectué manuellement, modifie le son des tuyaux, soit parce que de nouvelles notes sont ajoutées, soit parce que des notes existantes s’éteignent. Des volontaires et des artisans interviennent physiquement sur l’instrument, ajoutant ou retirant des tuyaux selon un calendrier fixé des décennies à l’avance.

Le dernier de ces changements, le 5 août 2026, a fait passer l’accord de sept à huit notes avec l’ajout d’un tuyau en la 4. Cette 17e modification a représenté l’achèvement d’environ 4 % des 639 ans de l’entreprise. Le précédent changement remontait à février 2024, soit plus de neuf cents jours de silence sonore identique. Le prochain est attendu le 5 octobre 2027.

Des foules pour entendre une seule note bouger

Ce qui pourrait passer pour un non-événement attire au contraire des centaines de personnes à chaque changement. Plus de cent cinquante personnes se sont pressées dans l’église avant le dernier changement d’accord, certaines ayant traversé l’Europe pour l’occasion. La présidente du conseil d’administration du projet, Anneli Borgmann, résume cet engouement en expliquant qu’« aussi vite que notre monde évolue, c’est un endroit merveilleux où être et revenir à soi-même ».

L’édifice lui-même a une histoire de renaissance. Le projet a transformé l’église Burchardi, laissée largement en ruines avant qu’un financement ne permette d’y installer une nouvelle toiture et d’autres réparations. Une église désaffectée est ainsi redevenue, malgré elle, l’un des lieux de pèlerinage musical les plus insolites du continent.

Un visiteur écossais venu spécialement pour l’événement d’août 2026 a résumé la chose sans détour : « c’est juste une de ces choses, une de ces choses uniques dans le monde de la musique ».

La solidité de l’instrument compte autant que la patience de ceux qui l’entretiennent. Le fabricant d’orgues Johannes Hüfken a assuré que les tuyaux qu’il a conçus pour cet instrument dureront encore au moins cinq cents ans. Reste à savoir qui, dans les siècles à venir, continuera d’ajouter patiemment un tuyau tous les quelques années, jusqu’à ce dernier accord programmé pour le 4 septembre 2640.

Sources : ledevoir.com | stephanelarue.com

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