Nous sommes très loin de la reine du crime, de la tantine à tasse de thé qui raconte de terribles histoires, de l’Agatha Christie telle qu’elle est le plus souvent présentée. Dans Mr Brown, son deuxième roman, la jeune écrivaine met déjà de côté son Hercule Poirot créé dans La Mystérieuse Affaire de Styles et donne dans l’espionnage. Elle invente un tandem d’investigateurs amateurs, Prudence Cowley (dite Tuppence) et Thomas Beresford, qui ont tous deux fait la guerre – elle était infirmière comme la romancière, sa génitrice.
Quelle femme, cette Tuppence! La verve, le punch, la vigueur et l’ardeur! En cette année 1922, l’héroïne à la coupe au carré constitue la quintessence des Années folles. Face à une difficulté, elle «s’ébroue à la manière d’un fox-terrier en folie». Elle grille les cigarettes comme une pompière, elle conduit comme une dingue sur des routes presque vides.
Une adaptation en octobre 2025: Série: «L’Heure zéro», un retour sophistiqué d’Agatha ChristieAmis, amoureux? Qui sait?
Amis d’enfance, ces deux-là mènent une relation dont l’ambiguïté devait ravir Agatha Christie – ça retient l’attention, l’amour juste supposé. Tuppence admet que «sans Tommy l’aventure perdait toute sa saveur»: elle est l’action, il est la pensée. Quand il se conduit comme un mâle protecteur, elle s’ébroue à nouveau: «Je veillerai sur elle», lance-t-il; «Et moi, je veillerai sur toi» rétorque-t-elle, «irrité par cette assertion toute masculine». Elle peste contre son petit papa qu’elle adore, mais «qui vit encore en pleine ère victorienne». Il considère que «porter des jupes courtes ou fumer c’est immoral». La ringardise.
Mr Brown raconte une plaisante histoire de complot global, avec un méchant un peu bondien qui veut paralyser l’ensemble du Royaume-Uni, donc l’Empire. La menace se révèle un peu ampoulée, mais le charme fou du roman vient de son petit couple et surtout de sa détective de choc, l’une des nombreuses et fabuleuses figures féminines d’Agatha Christie. Celle qui, dans ce cas et ce roman, cristallise l’une des grandes maximes de l’autrice, «la jeunesse est un défaut que l’on perd trop facilement».
Une récente série dans l'esprit d'Agatha Christie: Série: «L’Eté 36», un crime sous le soleil des congés payés


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