Sous les frênes, la litière qui commence tout juste à s’épaissir en ce mois de septembre n’est pas un simple tapis de feuilles mortes. Un champignon venu d’Asie orientale y a trouvé refuge depuis des mois, invisible, et il n’existe actuellement aucun traitement, ni méthode efficace pour limiter la dispersion du champignon à l’échelle d’un massif forestier.
À retenir
- La chalarose survit dans la litière au pied des frênes et libère ses spores au printemps via le vent
- Le champignon progresse des feuilles aux rameaux provoquant des nécroses et affaiblissant la stabilité de l’arbre
- Aucun fongicide, aucune mesure phytosanitaire n’enraye la propagation aérienne de ce pathogène
- Les frênes en zones urbaines résistent mieux car les feuilles sont régulièrement balayées
Sommaire
Un cycle qui se joue en silence, feuille après feuille
La maladie porte un nom, la chalarose, et un responsable identifié avec certitude par les chercheurs. Le champignon cohabite naturellement en Asie de l’Est avec les espèces locales de frênes sans provoquer de dégâts majeurs, un équilibre que les frênes européens n’ont jamais connu. Chez nous, le même organisme devient un tueur silencieux, capable de s’installer sur un arbre en pleine santé et de l’affaiblir méthodiquement.
Tout commence dans la litière, au printemps.
Des fructifications blanchâtres appelées apothécies se forment sur les rachis des feuilles tombées et libèrent des ascospores. Portées par le vent à partir de mai-juin, ces spores se déposent puis germent sur les feuilles encore vertes du frêne. À la fin de l’été, le mycélium progresse des feuilles vers les pousses et les rameaux, provoquant des nécroses corticales et des mortalités de branches. Les jeunes rameaux infectés prennent alors une coloration brun-orangé distinctive, signe visible d’une infection qui a déjà gagné le bois.
Le champignon ne meurt pas avec l’hiver. Il survit sur les rachis des feuilles tombées, formant une plaque noire protectrice appelée pseudosclérotiale, une sorte de capsule d’attente posée dans l’humus jusqu’au printemps suivant. Dans les cas les plus sévères, les spores infectent aussi le collet de l’arbre via les lenticelles, formant des nécroses en forme de flamme qui affaiblissent la stabilité de l’arbre. C’est là que le danger change de nature : un arbre malade peut rester debout des années, puis casser sans prévenir.
Pourquoi le vent rend toute lutte illusoire
La propagation du champignon se fait par le biais de spores dispersées par le vent, un vecteur qu’aucune barrière physique ne peut arrêter. Les spores sont produites en très grande quantité et dispersées majoritairement à quelques dizaines de mètres des arbres malades, avec une distance moyenne estimée à 1 à 2 kilomètres. Certaines voyagent bien plus loin, portées par des courants d’air favorables sur plusieurs dizaines de kilomètres. Face à une contamination qui tombe littéralement du ciel, couper un arbre isolé ne sert à rien.
Le ministère de l’Agriculture l’a acté très tôt. Les nouvelles plantations de frênes sont à proscrire car elles sont vouées à l’échec et sources de contamination des régions saines, tandis que les mesures phytosanitaires comme les coupes sont inefficaces au regard de la large répartition du frêne sur le territoire et de la dispersion efficace de l’agent pathogène. Abattre les arbres malades ne freine rien, tant que le vent continue de souffler.
Aucun fongicide ne cible ce pathogène à grande échelle.
Des haies aux bords de route, un paysage qui bascule
Le sort des frênes varie énormément selon l’endroit où ils poussent. L’état sanitaire des frênes dans les haies, en ripisylve ou isolés dans les parcs et jardins est moins dégradé que celui des peuplements forestiers denses. À l’inverse, dans les frênaies pures, la maladie trouve un terrain idéal pour circuler d’un arbre à l’autre. Chez les gros arbres, le houppier dépérit parfois fortement et certains rameaux sèchent, mais le taux de mortalité reste faible : l’arbre survit, mutilé, plutôt qu’il ne meurt d’un coup.
Les rues des villes offrent un répit inattendu. Dans les zones très urbanisées, l’impact reste très faible car les feuilles ne s’accumulent pas au pied des arbres sur les sols artificialisés, ce qui empêche le cycle de la maladie de s’accomplir complètement. Un trottoir balayé chaque semaine protège finalement mieux un frêne d’alignement qu’un sous-bois. Une fois les branches nécrosées gagnées par des champignons opportunistes comme l’armillaire, le bois se dégrade plus vite encore, transformant certains sujets en dangers pour les promeneurs et les automobilistes.
L’espoir loge dans une minorité d’arbres
Toute la recherche actuelle se concentre sur un même constat : la chalarose n’est pas une fatalité uniforme. Ce n’est pas une maladie qui tue tous les frênes, et certains individus résistent naturellement, sans qu’on sache encore précisément pourquoi. Les chercheurs mesurent la fréquence des arbres génétiquement tolérants, ceux qui montrent peu de symptômes : ils sont affectés au niveau des feuilles, mais le champignon ne passe pas dans les rameaux et ne provoque pas de dépérissement.
Ces frênes résistants pourraient reconstituer, à terme, des populations plus robustes. Le réseau des correspondants-observateurs du Département de la santé des forêts continue de suivre la maladie parcelle par parcelle, année après année. En attendant, la meilleure stratégie reste d’observer et de laisser faire la sélection naturelle, plutôt que de chercher un traitement qui n’existe pas.
Sources : agriculture.gouv.fr | jardinage.pagesjaunes.fr | gerbeaud.com


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