Une étoile bleue, minuscule face à son voisine géante, tourne depuis un siècle autour de Bételgeuse sans que personne n’ait pu la voir. Baptisée Siwarha, elle vient d’être détectée pour la première fois par une équipe de la NASA grâce à l’instrument ‘Alopeke installé sur le télescope Gemini North, à Hawaï. Cette compagne discrète explique enfin un mystère qui intriguait les astronomes depuis des décennies : pourquoi Bételgeuse, l’étoile rouge géante de la constellation d’Orion, voit son éclat varier selon un second cycle d’environ six ans, en plus de ses pulsations habituelles.
À retenir
- Une étoile compagne tourne autour de Bételgeuse depuis cent ans mais restait complètement invisible aux télescopes
- Pourquoi cet astre si proche (quatre fois la distance Terre-Soleil) a-t-il échappé si longtemps à nos instruments?
- Siwarha n’a que 10 000 ans avant de spiraler définitivement dans les flammes de sa géante voisine
Sommaire
- Une étoile cachée dans l’éclat d’un monstre stellaire
- ‘Alopeke, l’instrument qui traque les étoiles fantômes
- Siwarha, « son bracelet », et une fin annoncée
Une étoile cachée dans l’éclat d’un monstre stellaire
Bételgeuse n’a rien d’une étoile ordinaire. C’est l’une des étoiles les plus brillantes du ciel nocturne, et la supergéante rouge la plus proche de la Terre, avec un rayon environ 700 fois supérieur à celui du Soleil. Vue depuis la Terre, elle s’étalerait, si on la posait à la place du Soleil, jusqu’au-delà de l’orbite de Jupiter. Une masse pareille, ça devrait écraser toute présence à proximité. Et pourtant.
Depuis plus d’un siècle, les astronomes observaient un phénomène étrange : en plus de sa pulsation principale d’environ 400 jours, Bételgeuse affichait une seconde variation de luminosité, plus lente, sur un cycle proche de 2 100 jours, soit environ six ans. Pendant plus d’un siècle, les astronomes qui étudiaient Bételgeuse ne parvenaient pas à expliquer pourquoi l’étoile s’assombrissait et s’éclaircissait selon ce rythme d’environ 2 100 jours, alors que le cycle plus court de 400 jours, lui, était bien compris. Ce genre de rythme long porte un nom chez les astrophysiciens : une « longue période secondaire ». Le phénomène touche environ un tiers des géantes lumineuses et froides, mais son origine restait un mystère complet.
En 2024, deux équipes de recherche indépendantes ont fouillé des décennies de données photométriques et spectroscopiques. Deux articles publiés en 2024 ont examiné des décennies de données photométriques et spectroscopiques d’observateurs du monde entier, concluant que la variabilité de six ans s’expliquait le mieux par les effets d’une étoile compagne plus petite et plus faible, orbitant invisible dans l’atmosphère étendue de Bételgeuse, un compagnon capable de faire s’accumuler la poussière à certains endroits de son orbite et de la disperser ailleurs, assombrissant périodiquement notre vue de l’étoile. Le problème, c’est que personne n’arrivait à photographier cette hypothétique compagne. Les tentatives pour trouver cette étoile hypothétique avec Hubble et Chandra n’ont rien donné, jusqu’à maintenant.
‘Alopeke, l’instrument qui traque les étoiles fantômes
La percée est venue d’une technique peu utilisée : l’imagerie speckle. Grâce à l’instrument ‘Alopeke installé sur le télescope Gemini North, une équipe d’astronomes a découvert une étoile compagne en orbite extrêmement serrée autour de Bételgeuse. ‘Alopeke, qui signifie « renard » en hawaïen, est une technique d’imagerie qui utilise des temps de pose très courts pour figer les distorsions provoquées par l’atmosphère terrestre. Concrètement, l’appareil prend des milliers de clichés en quelques millisecondes chacun, ce qui permet d’éviter le flou provoqué par la turbulence atmosphérique, celle-là même qui fait scintiller les étoiles à l’œil nu.
L’équipe, dirigée par Steve Howell du centre de recherche Ames de la NASA, a comparé deux séries de clichés pris à quatre ans d’écart. Les observations de 2020 coïncidaient avec le moment où la compagne était censée se trouver derrière Bételgeuse depuis notre point de vue, et aucun compagnon n’apparaît sur ces images ; celles de 2024, prises quelques jours après la plus grande séparation angulaire prévue de la compagne, montrent la preuve d’une étoile juste à côté de Bételgeuse. Autant dire un jeu de cache-cache cosmique, rythmé par la mécanique orbitale plutôt que par le hasard.
La détection s’est faite dans des conditions extrêmes. La compagne se trouve à une distance relativement proche de la surface de Bételgeuse, environ quatre fois la distance entre la Terre et le Soleil. elle circule littéralement dans le halo de gaz et de poussière qui entoure la supergéante, ce qui explique pourquoi elle était restée invisible aussi longtemps : noyée dans l’éclat d’une étoile un million de fois plus lumineuse. Les données astrométriques et de vitesse combinées montraient un schéma qui s’expliquait le mieux par une petite étoile compagne orbitant à un peu plus de deux fois le rayon de Bételgeuse, et bien qu’elle soit près d’un million de fois moins lumineuse et vingt fois moins massive, cette étoile a laissé des empreintes indéniables.
Siwarha, « son bracelet », et une fin annoncée
Le nom retenu n’est pas anodin. La compagne est connue sous le nom de Bételgeuse B ou Siwarha, ce qui signifie « son bracelet » en arabe, un nom qui fait écho au nom arabe traditionnel de Bételgeuse, souvent traduit par « la main d’Orion », et reflète le lien étroit entre les deux étoiles. Le nom Siwarha a été officiellement reconnu en septembre 2025 ; l’étoile apparaît comme une étoile de faible masse, autour de 1,4 à 1,6 masse solaire, probablement une étoile chaude, bleu-blanc, de la séquence principale, formée en même temps que Bételgeuse il y a environ 10 millions d’années. Une naissance jumelle, en somme, deux étoiles nées ensemble et vouées à un destin radicalement différent.
Car Siwarha n’a pas d’avenir bien réjouissant. Sa proximité extrême avec Bételgeuse la condamne. Les forces de marée puissantes feront spiraler la petite étoile jusque dans Bételgeuse, provoquant sa fin, un événement que les scientifiques estiment se produire dans les 10 000 prochaines années. À l’échelle cosmique, c’est un battement de cils. Siwarha traverse en ce moment même les couches externes de gaz de sa voisine géante, laissant dans son sillage une traînée de matière perturbée, un peu comme une barque qui fend l’eau et laisse une vague derrière elle.
Depuis cette annonce de juillet 2025, la communauté scientifique n’a pas relâché sa surveillance. Un télescope européen, le Very Large Telescope au Chili, est parvenu récemment à imager directement la compagne avec une signification statistique bien supérieure aux premiers résultats, confirmant ce que l’instrument hawaïen avait seulement esquissé. Preuve que l’histoire de Bételgeuse et de sa discrète compagne est loin d’être terminée : la prochaine fenêtre d’observation favorable, en 2027, promet déjà de nouvelles données sur ce couple stellaire aussi improbable qu’éphémère à l’échelle des étoiles.
Sources : noirlab.edu | eurekalert.org


2 day_ago
47



























.jpg)






French (CA)