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D’égouts en éponges, l’adaptation climatique en différé

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Tel le solstice d’été, qui revient à pareille date chaque année, les pluies torrentielles et les inondations qui les accompagnent furent fidèles au rendez-vous pour lancer la saison estivale il y a quelques jours. Un énième épisode de météo extrême accueilli à son tour d’appels citoyens à de pressantes mesures d’adaptation climatique ainsi que de promesses politiques de s’y atteler sans tarder, afin de mettre à niveau les égouts des municipalités tout en transformant ces dernières en villes éponges. Il y a toutefois fort à parier qu’une fois l’été et les ravages de ses orages violents, de ses vagues de chaleur ou de ses feux de forêt passés, l’urgence de s’y adapter pour mieux s’y préparer sera, avec le retour tout aussi cyclique de l’automne, une fois de plus aussitôt oubliée.

Les récents étés se suivent et se ressemblent pourtant dangereusement. Les inondations, comme celles subies par des résidents de l’ouest de l’île de Montréal, ne sont plus uniquement l’œuvre de crues printanières en bord de cours d’eau menaçants, mais désormais aussi celles de « zones de cuvette », où des précipitations records reçues en l’espace d’à peine quelques heures submergent les réseaux d’aqueducs et engloutissent les rues pour en faire de véritables lacs et rivières. Des quartiers aux résidences soudainement mal adaptées aux nouvelles réalités climatiques, dont les dommages ne sont souvent pas couverts par les compagnies d’assurances ni même les programmes d’aide du gouvernement, quoi qu’ait d’abord prétendu la première ministre Christine Fréchette.

Et le nombre de telles catastrophes climatiques n’ira qu’en augmentant, le Canada se réchauffant deux fois plus rapidement que la moyenne mondiale. Des régions du sud du Québec et de provinces canadiennes enregistrent déjà deux ou trois journées de fortes pluies supplémentaires par année. Les dégâts, mais également les factures, sont en outre à l’avenant. La tempête post-tropicale Debby, qui a frappé le Québec et l’Ontario il y a deux ans, avait causé pour 2,8 milliards de dollars en pertes assurées. La moyenne annuelle de tels dommages en raison d’inondations atteint de surcroît 800 millions de dollars depuis 10 ans, selon le Bureau d’assurance du Canada. Auxquels s’ajoutent des milliards en frais de santé, en dégradation projetée de routes et de voies ferrées, en destruction de réseaux électriques et d’autres infrastructures essentielles.

À l’inverse, chaque dollar investi en adaptation climatique rapporterait entre 13 $ et 15 $ en bénéfices directs et indirects, selon l’Institut climatique du Canada. Nonobstant, la facture liée aux infrastructures vieillissantes ne cesse de s’allonger pendant que les investissements consentis pour les entretenir — sans même s’atteler à de nécessaires nouveaux aménagements de résilience environnementale — demeurent obstinément insuffisants…

L’incohérence de cet attentisme — pendant que le réchauffement climatique inonde, assèche et brûle à la fois, en temps réel — est nonobstant généralisée. D’un G7 composé de pleutres face au président américain climatosceptique au gouvernement canadien du décevant renégat environnementaliste Mark Carney, en passant par le gouvernement caquiste à Québec, qui s’en inspire pour assouplir pareillement son action climatique.

La réplique lucide aux inondations de la fin de semaine dernière de la mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, fut encourageante pour la suite. La tâche de rattrapage et d’adaptation est cependant colossale. Et cette nouvelle saison de catastrophes naturelles estivales, quant à elle, ne fait que commencer.

Quels ravages causeront les vagues de chaleur suffocantes à venir, comme celle qui s’abat présentement sur l’Europe, de pareilles canicules ayant contribué à non moins de 3500 décès au Québec depuis 2020 ? Quelle destruction laisseront derrière eux les prochains feux de forêt, dont les risques ont désormais plus que doublé en raison du climat déréglé ? Le tout, sachant qu’Environnement Canada vient de prédire d’emblée un été plus sec et plus chaud… Le pronostic est tout aussi sombre qu’est absurde le paradoxe d’inertie à y répondre.

Les élus et dirigeants politiques, abonnés aux reculs, ne peuvent continuer de s’entêter à remettre à demain la riposte aux défis tangibles d’aujourd’hui. Pas plus qu’ils ne peuvent persister à différer à mener de front tant la modernisation d’infrastructures grises que la construction d’infrastructures vertes. Les crises tout aussi préoccupantes du coût de la vie, du logement ou de la santé n’éclipsent pas pour autant celle qui rattrape inéluctablement citoyens et gouvernements tous les ans.

Il reviendra aux électeurs d’exiger la cohérence d’une urgente action politique, le moment venu de voter cet automne. Peut-être verront-ils leur choix influencé par la mémoire un peu trop vive d’un été, et de ses cataclysmes de toute nature, qui viendra justement à peine de se terminer.

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