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Après le cadmium, un nouveau métal s'invite dans le bol des Français. L'association de consommateurs Que Choisir Ensemble a détecté de l'aluminium dans les sept thés matcha qu'elle a analysés, dont quatre dépassent le seuil sanitaire fixé par l'Anses.
La rédaction - Aujourd'hui à 18:20 | mis à jour aujourd'hui à 18:28 - Temps de lecture :
Il s'affiche en latte vert fluo sur Instagram, se glisse dans les cookies et porte l'étiquette flatteuse de « superaliment ». Mais le matcha cache un revers moins photogénique. Dans une enquête publiée jeudi 24 septembre, Que Choisir Ensemble a passé au crible sept références de ce thé vert en poudre, de prix et de qualité variables. Toutes contiennent de l'aluminium, et quatre dépassent la dose maximale que l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) recommande de ne pas franchir chaque jour. Pour la plus chargée, une seule tasse apporte presque quatre fois cette limite. L'association de consommateurs juge ses résultats « préoccupants ». Consommé en grande quantité et sur la durée, l'aluminium peut en effet s'attaquer au système nerveux. Le danger tient donc moins à une tasse isolée qu'à l'accumulation, jour après jour, chez les buveurs réguliers.
Tout dépend du seuil de référence retenu, c'est-à-dire la quantité que l'on peut avaler chaque jour, toute sa vie, sans risque attendu pour la santé. Depuis 2008, l'Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) l'établit à 143 microgrammes d'aluminium par kilo de poids corporel. En 2025, l'Anses l'a abaissé à 40 microgrammes, soit une limite 3,5 fois plus stricte. C'est au regard de cette norme française, pour un adulte de 70 kg buvant une tasse par jour, que les dépassements apparaissent, rapportent nos confrères de Sciencepost.
Or, près de 4 adultes sur 10 (39 %) dépassent déjà cette limite, selon la grande étude de l'Anses qui mesure ce que les Français avalent réellement comme substances chimiques dans leur alimentation, publiée en 2026. Pain, biscuits, viennoiseries et pâtes restent les premières sources. Le matcha vient donc s'ajouter à une dose déjà élevée. Aucun des produits testés n'est pour autant hors la loi : l'Union européenne n'impose aucune quantité maximale d'aluminium dans les aliments et les boissons.
Chaud, glacé ou en pâtisserie, le matcha se décline sous de nombreuses formes, mais c'est en latte qu'il séduit le plus aujourd'hui. Photo d'illustration Sipa/Jens Kalaene
Pourquoi le matcha et pas le thé vert
L'aluminium est naturellement présent dans les roches, et particulièrement dans les sols d'origine volcanique du Japon et de la Chine, où poussent la plupart des théiers. Les feuilles en absorbent donc. Mais le thé vert classique est simplement infusé : l'aluminium ne passe presque pas dans l'eau chaude et reste dans les feuilles, que l'on jette. Le matcha, lui, est fabriqué à partir de feuilles de thé réduites en poudre très fine, que l'on mélange à de l'eau ou du lait avant de tout boire. « Si les antioxydants et les stimulants contenus dans les feuilles sont absorbés en totalité, les contaminants, en particulier l'aluminium, le sont aussi », résume Que Choisir Ensemble, qui note que les références les moins chères sont globalement les pires.
L'association épingle aussi les emballages. Dans l'Union européenne, aucun bienfait pour la santé n'a été officiellement reconnu aux thés et matchas. Des promesses comme une « résistance à la fatigue physique et mentale » restent pourtant autorisées, car tant que l'Efsa ne les a pas examinées, les fabricants peuvent les afficher, sans préciser qu'elles n'ont pas été validées. L'alerte tombe en pleine « euphorie du matcha » : les ventes ont été multipliées par cinq entre l'été 2023 et l'été 2024, et le marché devrait encore croître de 53 % d'ici 2029 selon The Economist, rapportent nos confrères de RMC. Que Choisir Ensemble invite les amateurs assidus à « lever le pied », y compris sur les cookies, laits végétaux, thés glacés ou sodas au matcha.
Après le cadmium, un nouveau signal
L'enquête s'inscrit dans une année marquée par les alertes sur les métaux présents dans l'alimentation. Publiée le 12 février, cette même étude de l'Anses constate que les quantités moyennes de plusieurs contaminants dans les aliments ont baissé, dont l'aluminium et le cadmium, mais que les Français y restent trop exposés.
Fin mars, l'Anses a indiqué que près d'un adulte français sur deux (47,6 %) dépasse les seuils sanitaires pour ce métal lourd, reconnu comme cancérigène. Il provient surtout des engrais utilisés dans les champs, fabriqués à partir de roches riches en cadmium, qui se retrouve ensuite dans les céréales, le pain ou les légumes. Le 3 juin, l'Assemblée nationale a adopté une proposition de loi du député écologiste Benoît Biteau qui divise par plus de deux la quantité de cadmium autorisée dans ces engrais dès 2027, puis par plus de quatre en 2030, contre l'avis du gouvernement, favorable à une baisse plus lente. Le texte attend désormais son examen au Sénat.
Pour l'aluminium, le plus simple est de ne pas multiplier les matchas au quotidien. Pour le cadmium, il est conseillé de limiter le tabac et les aliments les plus chargés (fruits de mer, chocolat, abats, algues), de privilégier le bio pour les céréales et les légumes, et de manger suffisamment d'aliments riches en fer, qui aident l'organisme à moins l'absorber. Pour le mercure, autre métal nocif pour le système nerveux, mieux vaut s'en tenir à deux portions de poisson par semaine, en préférant les petits poissons comme la sardine, l'anchois ou le hareng aux gros comme le thon ou l'espadon.
Une tradition née en Chine, perfectionnée au Japon
Avant d'envahir les coffee shops, le matcha a près de mille ans d'histoire. L'usage de thé réduit en poudre et battu dans l'eau chaude apparaît en Chine sous la dynastie Song (960-1279). À la fin du XIIe siècle, le moine bouddhiste japonais Eisai, de retour de Chine, rapporte au Japon des graines de théier et cette manière de préparer le thé, alors apprécié des moines pour rester éveillés pendant la méditation.
Si la pratique finit par disparaître en Chine, elle s'enracine au Japon. La région d'Uji, près de Kyoto, en devient le berceau. Au XVIe siècle, les producteurs prennent l'habitude de cultiver les théiers à l'ombre durant les semaines précédant la récolte, ce qui donne aux feuilles leur vert intense et leur goût plus doux. À la même époque, le maître de thé Sen no Rikyu codifie la cérémonie du thé, un rituel où chaque geste compte, qui fait du matcha un symbole de la culture japonaise. Longtemps réservé à ces cérémonies, il ne conquiert le reste du monde que bien plus tard, porté ces dernières années par les réseaux sociaux et la mode du latte.


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