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Qu’est-ce qui motive un électeur à voter pour un parti plutôt que pour un autre ? Le politologue Richard Nadeau, de l’Université de Montréal, étudie la question depuis des années. Dans Une décennie de turbulences électorales au Québec 2012-2022 (PUM, 2026, 200 pages), il remet ça, avec la collaboration de ses collègues Jean-François Daoust, Éric Bélanger et Ruth Dassonneville.
Il faut beaucoup aimer les statistiques pour apprécier pleinement ce livre. Si c’est votre cas, ne boudez pas votre plaisir parce que cet essai offre une passionnante radiographie de l’électorat québécois. Ses données proviennent des Études électorales québécoises, élaborées d’après des sondages réalisés après les élections, et font le tour de la question. Si c’est votre cas, ne boudez pas votre plaisir parce que cet essai offre une passionnante radiographie de l’électorat québécois.
Les auteurs utilisent le modèle de l’« entonnoir de causalité » pour expliquer le choix électoral. Ce modèle postule que le vote dépend de facteurs de long terme — l’âge, le sexe, le revenu, la langue, l’éducation, le lieu de naissance, l’orientation idéologique et la préférence constitutionnelle — et de facteurs de court terme, comme les enjeux ponctuels et l’image des chefs et des partis.
À ce premier modèle, les auteurs en ajoutent un second, celui des « chocs électoraux », qui prend en considération des événements qui bouleversent le paysage politique. Pour la décennie concernée, il mentionne le débat sur la laïcité, les suites de la crise financière de 2008-2009, la survenue de la troisième voie constitutionnelle caquiste, la prise de conscience environnementale et la pandémie de la COVID-19.
Ces modèles savants ne révèlent toutefois pas de grosses surprises. Ils confirment que l’électorat de Québec solidaire (QS) est jeune et très scolarisé, que celui de la Coalition avenir Québec (CAQ) est plus vieux et moins scolarisé, que les minorités visibles votent surtout pour le Parti libéral (PLQ) et que les francophones optent principalement pour le Parti québécois et pour la CAQ, surtout quand une question comme la laïcité prend de l’importance.
Une chose surprend. En Occident, en général, les femmes votent plus pour des partis de gauche que les hommes. Au Québec, toutefois, on ne retrouverait pas cette corrélation entre le sexe et le choix électoral.
J’avoue être étonné, aussi, quand je lis que « l’influence des caractéristiques sociodémographiques sur le vote est généralement modeste » avant de lire, cent pages plus loin, que « les résultats confirment que le comportement électoral au Québec est significativement influencé par des déterminants de long terme, comme le profil sociodémographique des individus ». Alors, modeste ou considérable, l’influence ? La deuxième option, me semble-t-il, s’impose le plus souvent.
Les données recueillies sur l’orientation idéologique des électeurs sont révélatrices du centrisme dominant dans la société québécoise. En 2022, quand on demande aux répondants de se situer sur une échelle de 0 (le plus à gauche) à 10 (le plus à droite), 30 % des électeurs se situent à 6, c’est-à-dire en plein centre. Si on ajoute à ce chiffre les paliers 5 et 7 (très près du centre), le total s’élève à 58 % d’électeurs centristes. Ça ne laisse que 21 % d’électeurs vraiment de gauche et 22 % d’électeurs vraiment de droite. À moyen terme, donc, l’avenir de QS et du Parti conservateur du Québec ne s’annonce pas florissant.
L’image des partis influence aussi le vote. Pour les électeurs, le PQ s’impose comme le meilleur défenseur de la culture et des intérêts québécois, alors que QS est perçu comme le champion de l’environnement et de la lutte contre la pauvreté. Ce sont des évidences. Traditionnellement, le PLQ avait la réputation d’être le parti de l’économie, mais la CAQ lui a ravi ce titre en 2022.
Or, là, j’ai envie de contester. Les électeurs me déçoivent quand ils placent l’économie comme préoccupation prioritaire. Mais évidemment, les amis, ça va de soi ! La vraie question est plutôt : quelle économie ? Au bénéfice de qui ?
On pense souvent que la création de la richesse doit précéder sa répartition. Or, l’une et l’autre sont liées. En finançant Northvolt, la CAQ répartit la richesse du bas vers le haut en espérant en créer plus. Si elle l’avait répartie autrement, en la donnant aux pauvres, par exemple, l’effet sur la santé de l’économie aurait été bien meilleur. La CAQ et le PLQ ne sont pas les partis de l’économie ; ce sont les partis des classes riches.
Les électeurs me déçoivent aussi quand ils disent se préoccuper davantage des questions liées à l’immigration et à l’identité nationale que de celle du statut national du Québec. Ne voient-ils pas que c’est ce statut qui détermine les enjeux précédents ? Ils veulent le pouvoir d’un État souverain sans la souveraineté.
Grâce à ce livre, je connais mieux les électeurs québécois et je continue d’essayer de les comprendre.


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