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FIGAROVOX/TRIBUNE - Les architectes Dominique Dupré-Henry et Tangui Le Dantec dénoncent la politique de sobriété en eau mise en place par la municipalité parisienne. Selon eux, elle menace les espaces végétaux dans la capitale et aggrave les risques pour la santé publique des Parisiens.
Passer la publicité Passer la publicitéDominique Dupré-Henry est architecte et cofondatrice du collectif Aux arbres citoyens. Tangui Le Dantec est architecte et cofondateur du collectif Aux arbres citoyens.
Une démarche écologique rationnelle consiste à optimiser des ressources limitées. Lorsqu’elle est dévoyée par l’idéologie, elle se traduit au contraire par des restrictions dont les effets détruisent l’environnement sous prétexte de le préserver.
C’est exactement ce qui se produit aujourd’hui à Paris. La mairie écolo-socialiste a engagé un plan de sobriété hydrique qui s’est traduit par une diminution drastique de l’arrosage des jardins et des alignements d’arbres. Privés d’eau, les sujets les plus jeunes et les plus fragiles sont désormais condamnés. Après les canicules successives que nous venons de traverser, le constat est brutal : de nombreux arbres, en stress hydrique et thermique sévère, perdent leurs feuilles prématurément. Les rues de Paris se retrouvent, en plein été, jonchées de feuilles mortes comme en automne. Beaucoup d’arbres parisiens vont périr, non par fatalité climatique mais parce que la municipalité a choisi d’économiser l’eau au nom de l’écologie, alors que la seule façon de les sauver était de les arroser. Autre dommage, une grande partie des fontaines parisiennes sont à sec, elles aussi impactées par cette politique de restriction, alors que la fraîcheur de l’eau est si précieuse en ville lors des canicules.
Réduire la consommation d’eau d’une grande ville peut être un objectif légitime mais certainement pas au prix de la mort de ses arbres et de la transformation de ses jardins en broussailles.
Paris dispose pourtant d’un atout unique au monde : un double réseau d’eau, hérité du 19e siècle, dont 1700 kilomètres de canalisations d‘eau non potable. Conçu à l’origine pour l’arrosage des espaces verts, le nettoyage de la voirie, l’alimentation des fontaines et des trames d’eau des parcs et des bois, ce réseau joue aujourd’hui un rôle crucial dans le rafraîchissement de l’espace public et la lutte contre les îlots de chaleur urbains. Face aux objectifs affichés de végétalisation et aux défis du réchauffement climatique, son potentiel est considérable.
Or ce réseau est affecté par des fuites récurrentes qui ne sont pas accidentelles mais résultent d’un sous-entretien chronique. Construit il y a plus de 150 ans, majoritairement en fonte, il a longtemps été relégué au second plan derrière le réseau d’eau potable. Le taux de renouvellement est resté très faible (moins d’1% par an) et les investissements d’entretien insuffisants, ce qui rend difficile la détection des fuites sur un linéaire aussi étendu. Au lieu d’engager un plan massif de modernisation, la municipalité a choisi, sous le mandat précédent, de supprimer jusqu’à 30% de ce réseau : une décision incompréhensible au regard des enjeux d’adaptation de Paris au réchauffement climatique.
Réduire la consommation d’eau d’une grande ville peut être un objectif légitime mais certainement pas au prix de la mort de ses arbres et de la transformation de ses jardins en broussailles. Dans une ville aussi dense que Paris, chaque arbre, du fait de sa rareté et du nombre de personnes susceptibles de bénéficier de ses bienfaits, compte double voire triple. Leur ombre, leur pouvoir de rafraîchissement et leur rôle de refuge climatique deviennent vitaux pour des centaines de milliers d’habitants qui n’ont pas de jardin. Sacrifier nos arbres au nom d’une sobriété mal conçue, c’est aggraver les effets des canicules sur la santé publique et priver les Parisiens de ce que la nature urbaine peut encore leur offrir de plus précieux.


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