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Lori Cartier et Matthew Valcourt sont des urbains qui ont vécu la majeure partie de leur vie dans la région de Montréal. Nouvellement installés dans le Haut-Saint-François, les trentenaires vivent enfin leur rêve, qu’ils entretiennent depuis des années.
Ils sont accompagnés depuis 2019 par L’ARTERRE, un organisme qui met en relation des aspirants agriculteurs avec des propriétaires de terres agricoles. Grâce à ce partenaire, les recrues, qui ont, entre autres, possédé une entreprise de rénovation domiciliaire, ont enfin réussi à trouver le jumelage qui leur convenait : Moutons vagabonds, une ferme de 28 acres qui leur ouvre un champ de possibilités.

Un mouton du troupeau.
Photo : Radio-Canada / Marie Ledoux
On veut avoir un volet maraîcher, des poules pour les œufs et du poulet à chair. L’année prochaine, on devrait commencer ces autres projets-là, explique Matthew. On touche du bois.
Apprendre un nouveau métier
Toutefois, avant d’arriver à ces nouvelles productions, le couple est en apprentissage grand V. S’occuper de 180 moutons demande des connaissances que Lori et Matthew n’avaient pas au départ. Heureusement, l’ancien propriétaire, un agronome de profession qui demeure juste en face, s’est engagé à les épauler.

La ferme compte pour l'instant 180 bêtes, un nombre qui est appelé à grandir.
Photo : Radio-Canada / Marie Ledoux
Ce mentorat a particulièrement pris tout son sens au moment du premier agnelage, donnent-ils en exemple.
On ne vient pas du milieu, on n'a pas travaillé avec le mouton. C'est vraiment quelque chose qui est super précieux et qu'on apprécie énormément, explique Lori.

Lori fait boire des agneaux.
Photo : Radio-Canada / Marie Ledoux
Quand elle n’est pas dans la bergerie, la mère de famille est en classe pour suivre le programme de Gestion et technologies d’entreprises agricoles du Cégep de Sherbrooke. Elle a aussi en poche une attestation d’études collégiales en production maraîchère biologique.
Quand je rentre dans la bergerie, c'est un peu mon havre de paix. J'aime beaucoup travailler avec ces animaux-là.
Son conjoint, Matthew, suit une formation à distance pour obtenir un diplôme d'études professionnelles en production animale et travaille les fins de semaine dans le marchandisage en épicerie. Les charges financières sont élevées en attendant que leur ancienne maison soit vendue et que la ferme devienne rentable.

La petite fille du couple accompagne ses parents pendant la tournée de la bergerie.
Photo : Radio-Canada / Marie Ledoux
J'aimerais ça juste travailler sur la ferme, mais en période de démarrage, c’est quand même assez difficile parce qu’on n'a pas d'agneaux qui sont produits en ce moment, précise-t-il.
En plus de ses responsabilités, le couple doit s’occuper de sa petite fille de 16 mois, qui a encore besoin de beaucoup d'attention. Il n'a pas trop de 24 heures dans une journée pour y arriver, constate Matthew. On a beaucoup de projets, mais pas nécessairement assez de temps.
Un long processus
Avant d’arrêter son choix sur la production ovine, le couple a évalué de nombreuses possibilités : la pomiculture, le maraîchage, les grands animaux, et ce, dans plusieurs régions du Québec, même jusqu’en Gaspésie. C’est finalement en Estrie qu’il a trouvé ce qui lui convenait le mieux avec tout le soutien logistique et financier nécessaire. Les gens de la région nous ont aidés énormément, tient à souligner Matthew.
C’est L'ARTERRE-Estrie qui a repéré la ferme de Dudswell, jugeant qu’elle pourrait convenir aux aspirations du couple. D’ailleurs, depuis 2018, le service a réalisé une quarantaine de maillages comme celui-ci dans la région. Des transactions, qui, au final, contribuent à la vitalité des villages, souligne l’agente de maillage, Sarah Mailhot. Ils sont une vingtaine de personnes comme elle à faire ce travail dans les différentes régions du Québec.
Plusieurs fermes seront démantelées dans les prochaines années [faute de relève], ce qui [pourrait] dévitaliser les communautés. L'ARTERRE répond non seulement au besoin de nourrir la population, mais aussi de nourrir tout le niveau sociocommunautaire.

Sarah Mailhot et Eve Bélanger, agentes de maillage à L'ARTERRE-Estrie.
Photo : Radio-Canada / Marie Ledoux
Si l’accès à la propriété domiciliaire est devenu un rêve inatteignable pour un grand nombre de jeunes, imaginez ce que représente l’achat d’une entreprise agricole, particulièrement pour une relève non apparentée.
Devant la valeur astronomique des propriétés, il faut user de créativité pour trouver une formule qui convienne aux deux parties. L’ARTERRE est là pour conseiller et aussi pour orienter la relève vers les bonnes ressources financières.

Les nouveaux propriétaires de Moutons vagabonds à Dudswell dans le Haut-Saint-François.
Photo : Radio-Canada / Marie Ledoux
À ce jour, selon les chiffres de L'ARTERRE, seuls 18 % des jumelages sont des ventes comme celle réalisée à Dudswell. Un peu plus de la moitié des autres sont des locations, 22 % des transferts et 6 % des partenariats.
Dans tous les cas, la transaction demande une excellente planification. Les participants, tant le propriétaire que l'aspirant, doivent faire preuve de détermination et de souplesse, indique Eve Bélanger, qui est aussi agente de maillage à L’ARTERRE-Estrie.

L'ARTERRE-Estrie a réalisé 42 maillages depuis 2018.
Photo : Radio-Canada / Marie Ledoux
Il y a beaucoup d’enjeux à discuter et de négociations. Ce n’est pas quelque chose qui se fait tout seul. Ça demande beaucoup de temps.
L’ARTERRE-Estrie soutient plus de 200 aspirants agriculteurs et propriétaires de terres agricoles.
Du temps, Lori et Matthew en ont consacré une grande quantité depuis qu’ils s’imaginent arpenter leur terre comme ils le font enfin aujourd’hui. Leur agente de maillage, Sarah Mailhot, souligne leur sérieux, leur esprit d’initiative et leur débrouillardise. Ils étaient préparés [...] leur plan d'affaires était déjà avancé. Il était conscient de la réalité de l'agriculture, ce dans quoi ils s'embarquaient aussi.

Matthew et Lori dans leur bergerie.
Photo : Radio-Canada / Marie Ledoux
C’est avec ça qu'on voit que des aspirants comme eux ont un projet réaliste et réalisable et qu’ils sont capables de vraiment faire face à la musique.
Les propriétaires doivent aussi se préparer
Selon des données de l’Union des producteurs agricoles fournies par L’Arterre-Estrie, près de 40 % des agriculteurs en Estrie sont âgés de plus de 55 ans et environ 80 % des entreprises agricoles n’ont pas de plan de relève établi. Une situation qui appelle les propriétaires à planifier leur plan de retraite, estime Eve Bélanger.
On peut s'attendre à ce que beaucoup d'entreprises aillent chercher des relèves [...] Les prochaines années vont quand même être un peu compliquées.
À qui rêve un jour de plonger en agriculture : C'est possible dans la mesure où on arrive à se projeter avec les bons outils financiers et les bons conseillers, juge Eve Bélanger. Mais ce n'est pas simple. On fait face à des défis.
Pour Lori et Matthew, cette longue traversée en vaut la peine. C’est d’abord dans un désir d’autosuffisance qu’ils ont rêvé de la ferme qu’ils possèdent aujourd’hui. La viande de leur mouton et les autres productions à venir se feront dans le plus grand respect de l’environnement, souhaitent-ils, et seront destinées à un marché local.

D'autres moutons doivent s'ajouter à la ferme dans les prochaines semaines.
Photo : Radio-Canada / Marie Ledoux
Comme disait Gandhi : "Sois le changement que tu veux voir dans ce monde", aime se rappeler Lori. J'ai décidé que ce changement, j'allais le faire sur cette petite parcelle de terre.
Son conjoint, Matthew, qui est animé par les mêmes valeurs, veut aussi laisser une marque positive. On ne peut pas changer le monde, mais on peut avoir un impact positif sur cette partie.

Lori et Matthew nourrissent de nombreux projets pour l'avenir de leur ferme.
Photo : Radio-Canada / Marie Ledoux
Pour pouvoir réaliser leur projet, le couple a obtenu le soutien de la Financière agricole, du Fonds d’investissement pour la relève agricole, de la Société d'aide au développement des collectivités et du Centre local de développement du Haut-Saint-François et, bien sûr, de L’ARTERRE-Estrie.


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