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Non, les autorités congolaises n’ont pas créé l’épidémie d’Ebola. Et non, il n’existe pas de vaccin contre l’hantavirus. La machine à rumeurs se met désormais systématiquement en marche à chaque éclosion. Cette désinformation doit être combattue aussi sérieusement que la maladie elle-même, estime un médecin français.
Durant la pandémie de COVID-19, les fausses informations ont inondé les réseaux sociaux, rappelle le Dr David Smadja, hématologue et expert en désinformation scientifique, en entrevue avec Le Devoir. Mais ce phénomène s’étend maintenant pratiquement à toute émergence de maladie, dit-il.
L’éclosion d’hantavirus survenue il y a environ un mois à bord d’un bateau de croisière en témoigne, estime celui qui était de passage à Montréal pour le festival scientifique Eurêka !, qui a eu lieu les 5, 6 et 7 juin derniers.
Rapidement, des internautes ont prétendu qu’un vaccin était prêt et qu’il servirait de prétexte pour imposer une nouvelle campagne de vaccination, relate-t-il. « Il y a des gens qui disaient : “On va nous l’injecter. Il faut qu’on dise non”. Mais il n’y a pas de vaccin prêt en fait. »
La République démocratique du Congo, qui fait face à une nouvelle épidémie d’Ebola depuis la mi-mai, n’échappe pas non plus à la désinformation. Sur les réseaux sociaux, par exemple, une publication accusait à tort le président Félix Tshisekedi d’avoir commandé l’épidémie actuelle à un virologue. « Ça a été vu des milliers de fois », souligne le médecin.
Le Dr Smadja est catégorique : les autorités doivent réagir plus rapidement pour faire circuler des renseignements vérifiés afin de faire contrepoids à ces rumeurs. Mais elles doivent aussi se battre à « armes égales » contre les acteurs de la désinformation, ajoute-t-il. « Les pouvoirs publics doivent se rendre compte que le monde a changé et qu’aujourd’hui, la communication pour toucher les jeunes se fait sur TikTok ou sur Instagram », poursuit le médecin.
Selon lui, les autorités sanitaires devraient notamment profiter de ces plateformes pour expliquer leurs décisions et la science de façon plus générale. Il faut, par exemple, décrire les différentes étapes qu’un médicament doit franchir avant d’être autorisé et mis en marché, dit-il.
Pour accroître la portée des messages scientifiques francophones, la France et le Québec auraient aussi avantage à collaborer, croit le Dr Smadja. « On doit avancer main dans la main pour toucher ceux qui lisent et parlent en français. »
Fausses informations, vraies conséquences
L’un des risques de la désinformation, rappelle le médecin, est l’érosion de la confiance de la population envers les autorités de santé publique. Il cite notamment les liens entre l’importance du mouvement antivaccin aux États-Unis et la résurgence de la rougeole dans ce pays. « On a de nouveau énormément de cas, ce qu’on ne voyait plus depuis de nombreuses années. »
La méfiance alimentée par les fausses informations peut aussi freiner l’innovation, déplore le Dr David Smadja. « Aujourd’hui, tout progrès médical est tout de suite suspect de manipulation. Et ça, c’est très grave. Le monde a évolué avec le progrès médical. On a une espérance de vie qui est rallongée grâce au progrès médical. »
Cette défiance a même des répercussions concrètes sur la recherche, ajoute-t-il. Dans certains pays, les projets visant à développer de nouveaux vaccins peinent désormais davantage à obtenir du financement. « Ça a des conséquences directes sur la santé publique. »
Dans ce contexte, les chercheurs et les experts ont une responsabilité accrue de participer au débat public, insiste-t-il. « Ça fait partie de notre métier. Il faut qu’on le fasse. »


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