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CHRONIQUE | Passer son été au chalet flottant

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Je me suis rendu à Tadoussac pour tenter de comprendre le mode de vie des vacanciers qui fréquentent le village, mais pas n’importe lesquels : ceux qui passent l’été à la marina.

Tout à Tadoussac nous invite à promptement mettre le pied dans la porte de n’importe quel commerce du village quand ils sont sur notre route.

Toutefois quand on arrive à la marina, c’est moins clair.

Une serrure à numéro orne la poignée d’une grille qui mène aux pontons et on dirait, à première vue, qu’il n’y a jamais personne de présent.

C’est pourtant là que beaucoup de marins se donnent rendez-vous pour l’été.

Dans les bureaux

La directrice générale de la marina, Julie Tremblay, nous brosse le portrait rapide.

« On a un peu de tout », explique-t-elle en référence aux plaisanciers qui louent l’espace à coup de journées ou de mois.

Certains sont plus en mode « chalet flottant », tandis que d’autres y font davantage plus naviguer avec leur bateau ou juste passer une journée par-ci par-là lorsque le temps le leur permet.

La directrice révèle qu’il y a une liste d’attente pour pouvoir avoir sa place sur l’eau.

Quel est le pouvoir de cette marina, qui fait qu’on puisse vouloir y passer la saison, quitte à attendre sur une liste?

Julie Tremblay commence par l’ambiance au sein même de l’équipe de travail composée de sept personnes.

« Ce printemps, je n’ai affiché aucun poste. Je me dis que ça doit être plaisant de travailler ici », lance-t-elle, ricaneuse.

Bref, une ambiance un peu festive, un peu sérieuse, mais toujours dans la bonne humeur.

La marina de Tadoussac compte 40 places pour les saisonniers Photo Renaud Cyr

Plus bas sur les pontons

On réplique le parcours qui mène de la réception aux bateaux, une marche de 40 mètres où nous sommes accueillis par nul autre que Éric Lapointe.

« Comme le chanteur », ironise Julie Tremblay, soleil dans les yeux.

« C’est pas trop pour moi chanter », renchérit le maître de port, qui côtoie autant les visiteurs que les infrastructures de la marina lors de sa routine quotidienne.

Pour ce dernier, travailler à la marina c’est une histoire d’amour, une histoire de tous les jours.

« C’est l’accueil qu’il y a ici. Je ne sais pas comment te l’expliquer, mais je me suis approprié ça », rapporte Éric Lapointe.

Lors de notre discussion, plusieurs visiteurs arrivent et repartent, jamais sans saluer le maître de port.

Le Gaspésien d’origine « tombé en amour avec la place » partage son temps entre son domicile à Sacré-Cœur et le bateau dont il a fait l’acquisition il y a quelques années.

« J’ai jamais vu ça dans aucun autre travail que j’ai eu. Tout ce que j’appris sur la navigation, ce sont les gens d’ici qui m’ont tout montré ça », raconte M. Lapointe.

Bref, un endroit chaleureux et accueillant.

Anthony, le capitaine du Tamata, seul résident saisonnier qui habite en permanence dans la marina de Tadoussac. Photo Renaud Cyr

À bord

Anthony, le sympathique capitaine du Tamata, est le seul à passer son été au complet à la marina.

« La vie est moins stressante sur un bateau », en conclut le capitaine en me faisant faire le tour du proprio.

« Notre seul trafic, c’est les kayaks qui entrent et les autres bateaux », illustre-t-il.

On ne s’imaginerait pas, mais son voilier de 36 pieds dispose du nécessaire pour vivre, beau temps mauvais temps.

Cela ne veut toutefois pas dire qu’il reste toujours sur son bateau.

« C’est spécial à la marina, car il y a des gens d’un peu partout qui se présentent », raconte Anthony.

« Une fois, je suis entré en même temps qu’un autre bateau. Il arrivait directement de France et Tadoussac, c’était son premier arrêt. C’est quand même exceptionnel », se rappelle-t-il.

C’est d’ailleurs une de ces rencontres qui l’a motivé à se lancer dans le nautisme à la base.

« Quelqu’un m’a montré un bateau moteur et m’a fait essayer le voilier à Tadoussac dans le temps. Et c’est là que ça a parti… et depuis ça n’a jamais arrêté », évoque le capitaine.

Bref, une passion qui anime.

De retour sur le quai

Plusieurs réponses, mais toujours un peu d’ombre sur ce qui rend un été au camping flottant si unique et mémorable.

Nous retournons sur le quai, la marée commence à être bonne pour sortir de la marina.

Un navigateur, juste avant de prendre le large, met le doigt dessus : « C’est la liberté », dit-il avec le sourire.

« C’est la liberté que ça apporte et les différentes options qu’on a. Ce n’est pas le même sentiment de pouvoir partir sur l’eau quand on est au camping ou à la maison », ajoute-t-il.

Une ambiance intime, l’apprentissage d’une passion à travers des gens de qualité, le bon voisinage appuyé par la liberté, c’est un peu ça la magie qui pousse les intéressés vers la liste d’attente et, éventuellement, une place sur les pontons.

« C’est vraiment un incontournable pour les marins dans la région », laisse tomber notre navigateur avant d’embarquer sur son voilier.

Rendre le nautisme accessible

C’est ce que Julie Tremblay estime être la mission de la marina.

« Ce qu’on veut au final, c’est de faire profiter les gens d’ici. D’abord les gens de Tadoussac et du secteur ouest de la Haute-Côte-Nord passent en premier », mentionne la directrice générale.

Et c’est plus facile que l’on pense d’être poussé par le vent.

« Oh, il y en a », commente Éric Lapointe sur les bateaux abordables et disponibles sur le marché de seconde main.

« Il y a peut-être 10 % de la valeur du bateau à investir par année dans son entretien, sinon les grosses dépenses, ça va surtout être l’entreposage et un peu l’essence, tout dépendant de si on est à voile ou pas », résume-t-il.

Pour continuer sa mission, la marina a toutefois besoin d’embrayer sur les gros dossiers.

L’un de ceux-ci est le dragage de son fond marin qui vise à empêcher l’accumulation excessive de sable et l’opération prévue pour l’automne se chiffre dans les 300 000 $.

Un gros coup, mais plus que nécessaire, selon la directrice générale, qui planche sur le dossier depuis des mois. Complexe, gérer une marina?

« Ça a l’air de rien », conclut Julie Tremblay, le regard tourné vers les pontons, sourire aux lèvres.

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