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Après sa démission choc le 18 décembre 2025, l’ex-ministre de la Santé Christian Dubé s’est retiré dans ses terres. Propriétaire d’une érablière en Estrie, il a travaillé au printemps sur sa cuvée de sirop, qu’il a baptisée « Pas de commentaires ».
À sa dernière journée à l’Assemblée nationale comme député, vendredi dernier, M. Dubé est sorti de la réserve qu’il s’était imposée. Avec Le Devoir, il revient donc sur sa démission et les difficiles négociations avec les fédérations de médecins. Il lui présente surtout ses solutions pour l’avenir du réseau de la santé — qu’il dit entrevoir avec optimisme, malgré tout.
Ticket modérateur, franchise annuelle, remise en question de l’ancienneté syndicale : entre ses mains, il tient un document soigné de 68 pages dans lequel il propose des solutions pour la suite des choses.
Il a commencé à travailler sur cet ouvrage, appelé Transformer le réseau de la santé. Le pouvoir réel d’améliorer l’accès au Québec, en janvier. Il le rend maintenant public pour susciter des commentaires et nourrir la discussion collective sur l’avenir du réseau, qu’il a dirigé de juin 2020 à décembre 2025.
« On se doit d’avoir cette réflexion-là, sociale, sociétaire. […] Je ne me voyais pas partir sans faire ça. Ça, pour moi, c’est clair. Je me sens tellement libéré », affirme M. Dubé en entrevue.
« On est déjà dans le mur »
D’un point de vue financier, le comptable dresse un constat simple, d’ailleurs fait par bien d’autres avant lui, dès le début des années 1980. « On est déjà dans le mur. On ne donne pas aux Québécois la qualité du service qu’ils payent », se désole-t-il.
« On est rendus qu’on donne 10 milliards [de dollars en rémunération] aux médecins, pour 20 000 médecins. Ça représente un petit peu moins de 20 % du budget de la Santé. C’est énorme. »
Amateur de tableaux de bord et de données, M. Dubé fait le pari qu’un accès amélioré aux informations sur le réseau permettrait un débat public sain sur de nouvelles contributions de la part des utilisateurs. Ces informations auraient aussi le mérite de cadrer les prochaines négociations avec les fédérations médicales, en 2028, afin qu’elles portent sur des faits.
Quels sont les besoins réels de la population ? De quelle manière se déploie l’offre professionnelle des médecins ? Combien de temps passent-ils à faire de la recherche ? de l’éducation ? de la prise en charge ? « On ne s’entendait même pas là-dessus », dit M. Dubé au sujet des dernières négociations avec la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).
Zéro contact avec Legault
En décembre 2025, il a d’ailleurs démissionné de son parti et de son ministère en dénonçant le « statu quo » que maintenait, à son avis, l’entente de principe conclue avec les médecins de famille.
Il révèle avoir tenu la ligne dure. « Moi, j’avais recommandé, si on ne s’entendait pas, [de] prendre la voie législative », affirme-t-il. « On était prêts à aller en cour pour défendre notre position. »
Le premier ministre d’alors, François Legault, en a voulu autrement. « Autant je respecte sa décision, autant j’avais le droit de dire : “Bien, moi, je ne suis pas à l’aise avec cette décision-là et je me retire” », soutient-il.
Six mois plus tard, il n’a toujours pas reparlé à son ancien chef. Vit-il une peine d’amitié ? « J’avais une relation d’affaires avec François Legault », répond M. Dubé.
Il dresse une comparaison avec la récente saison du Canadien de Montréal, qui s’est terminée au troisième tour des séries éliminatoires. « Ça n’a pas fini comme bien des Québécois le voulaient, mais ça n’empêche pas qu’on a eu une très belle saison. »
Dans les négociations avec la FMOQ, M. Legault a finalement décidé de consentir une hausse de rémunération de 14,5 % sur cinq ans contre l’inscription de 500 000 Québécois au Guichet d’accès à la première ligne (GAP) et la libération d’autant de plages de rendez-vous. « C’est le choix du premier ministre d’avoir décidé de dire : “On va reconduire le GAP et on pense que ça va faire la job” », lance M. Dubé. Pour donner du contexte, il cite le moment où il se trouvait dans le cycle politique de quatre ans et les moyens de pression de la FMOQ.
Sans détour, il affirme que le GAP « ne doit pas être une solution permanente ».
De 0 à 14 % pour les médecins
Dans son document, il écrit avoir eu la mission de faire « avancer plusieurs composantes exigeantes à coût nul » dans les négociations avec la FMOQ. « Moi, j’ai négocié dans ma vie, et de passer de 0 à 14 [pour cent], ça ne marche pas », lâche-t-il en entrevue.
M. Dubé juge que le gouvernement se retrouve souvent dépourvu face aux fédérations de médecins, qui ont une expérience continue en négociations. Il croit qu’au prochain rendez-vous, en 2028, Santé Québec devrait être assise autour de la table.
Entre-temps, il estime que les Québécois sont mûrs pour une discussion sur la nécessité — ou non — d’instaurer des modes de financement complémentaires pour le réseau de la santé.
Son document avance diverses propositions : un ticket modérateur, qui laisserait certains paiements à la charge du patient, une franchise annuelle, des frais pour les patients qui ratent leurs rendez-vous (no-shows), une contribution plus élevée pour les résidents en CHSLD, la facturation à coût zéro (un document qui détaillerait les coûts d’une hospitalisation, par exemple, en indiquant la somme payée pour une chambre, la rémunération du médecin et d’autres frais, mais avec un total ramené à 0 $).
« Le véritable enjeu n’est donc pas de remettre en cause la gratuité des services déjà assurés, mais d’oser se poser plus clairement la question suivante : où commence et où se termine réellement le panier de services que nous pouvons financer collectivement ? Et quels mécanismes complémentaires pourraient exister à l’extérieur de ce cadre sans fragiliser l’accès ni compromettre les transferts ? » demande l’ex-ministre dans la section de son document réservée aux « tabous » en santé.
Il suggère, par ailleurs, que l’on réfléchisse à « la place accordée au critère de compétence dans l’attribution de certains postes » en santé, ou que l’on s’interroge sur les conditions de l’assurance invalidité des infirmières, dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre. En contrepartie, un gouvernement pourrait instaurer des ratios sécuritaires, exigés depuis des années.
En entrevue, M. Dubé insiste : « Ce n’est pas une mesure qui va faire la différence, c’est un ensemble de mesures. »
Même si son passage à la Santé s’est terminé de manière abrupte, il dit demeurer optimiste. « Moi, ce que je ne veux pas, c’est que les Québécois perdent espoir que leur système va être meilleur », affirme-t-il. « Le Canadien, ils ont appris beaucoup de ce qui s’est passé dans la dernière série. C’est pareil pour nous autres », ajoute-t-il. Pour preuve, il cite l’entente avec les médecins spécialistes. « Il y a déjà un progrès. Pas juste sur le ton : sur le fond, sur le contenu », se réjouit-il.
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