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Une montagne sans skieurs, une région sans certitude. La fin prématurée de la saison de ski au Massif de Charlevoix résonnait à la manière d’un coup de tonnerre, mardi matin, pour toute une économie fortement dépendante du tourisme — et qui s’accroche à l’espoir qu’une rencontre convoquée par le conciliateur permette de dénouer l’impasse.
Au lendemain d’une assemblée générale qui a duré près de 7 h, le mouvement de grève accusait le coup. Sur la ligne de piquetage, le moral était au plus faible.
« Le syndicat nous demande de sourire, mais je peux te dire que personne n’a envie de sourire ici ce matin », maugréait un des travailleurs sur place, sous le couvert de l’anonymat parce qu’il n’avait pas l’autorisation de s’exprimer publiquement.
La CSN contrôlait, mardi, étroitement son message. Dès qu’un journaliste parlait aux grévistes réunis sur la ligne de piquetage, un conseiller syndical s’interposait systématiquement pour l’inviter à appeler la centrale — qui, elle, se faisait avare de commentaires.
Le conciliateur en chef a convié les deux parties à une rencontre, mardi. « L’urgence de parvenir à une issue d’ici la fin de la semaine demeure entière », a souligné le président du Groupe Le Massif, Claude Choquette. L’espoir de sauver la saison de ski paraissait encore permis — mais « le temps est compté », tenait à préciser le groupe.
Le Club Med reste ouvert
Au pied de la montagne, dans la municipalité de Petite-Rivière-Saint-François, les répercussions de la fermeture prématurée annoncée la veille se faisaient déjà ressentir. Dans le hall d’entrée du Club Med, les valises jonchaient le sol et les chariots pendant que les familles attendaient leur tour pour réclamer le crédit offert à la clientèle, souvent internationale, qui décidait d’écourter son séjour en raison des circonstances. Celle qui demeure au Club a droit à un crédit de 50 % par jour.
« Nous allons skier ailleurs aujourd’hui et demain, nous allons tout empaqueter dans la voiture et partir vers Montréal pour voir ce que la ville a à offrir », explique Cole Inless, arrivé de Brooklyn avec sa femme et ses deux enfants dimanche, pour profiter du Club Med et d’une région que la famille avait découverte et appréciée en 2025. La situation, philosophe-t-il, constitue « un petit peu une déception » — même si la semaine de vacances aura coûté plus de 5000 $.
L’hôtel intimement lié au Massif jonglait, mardi, avec la possibilité d’interrompre lui aussi ses activités — une éventualité finalement écartée en après-midi. Une suspension aurait mis en péril le sort de 300 autres travailleurs, dont plusieurs travailleurs temporaires originaires de l’étranger et qui dépendent de leur lien d’emploi pour avoir droit de séjour en sol québécois.
L’annonce de la fin de la saison du Massif provoquait malgré tout colère et consternation, lundi soir, à l’intérieur du Club Med. « Ça variait de “nous allons tout simplement aller skier ailleurs” à “nous devrions prendre des avocats et engager un recours collectif”, raconte M. Enless. J’ai l’impression que beaucoup, beaucoup de gens vont partir. »
C’est la crainte pour tout le monde au village. Derrière le comptoir de son magasin général, Stéphane Coutu craint un hiver qui s’annonce long et difficile sur les finances. « Les touristes, ici, c’est à peu près 75 % de notre chiffre d’affaires, explique le commerçant. C’est un coup de tonnerre parce que février, mars, avril, ce sont des mois importants pour nous. C’est le moment où nous pouvons engranger des réserves en prévision des périodes moins achalandées. »
Face à la baisse annoncée du tourisme national et international, l’économie du coin peut au moins compter sur la solidarité locale. La municipalité de Petite-Rivière-Saint-François s’engage déjà à remplir les réservoirs d’essence de sa machinerie au magasin général pour épauler le commerce autant que faire se peut.
« Il y avait peut-être des gens qui ne comprenaient pas l’impact que le Massif avait sur la région, croit le maire Serge Bilodeau. Maintenant, ils le savent. »
Nouvelle crise pour Charlevoix
La secousse se faisait sentir jusqu’à Baie-Saint-Paul, mardi, alors que la fermeture annoncée la veille alimentait toutes les discussions dans les commerces.
« Si ça dure trop longtemps, je vais peut-être devoir songer à fermer mon resto quelques jours par semaine », déplore Frédérick Tremblay, propriétaire de la microbrasserie Le Saint-Pub.
« Tout le monde est impacté par la fermeture, observe le maire Michaël Pilote. Le Massif, c’est un de nos grands moteurs économiques. Dans nos épiceries, les fins de semaine, ce n’est pas rare de voir des gens dans leurs habits de neige qui font leurs provisions pour remplir le frigo de leur résidence touristique. C’est majeur comme conséquence. »
La région de Charlevoix, devenue résiliente bien malgré elle après la traversée de la pandémie et des inondations de 2023, compte toutefois se retrousser les manches.
« On ne se le cachera pas : le Massif est dur à remplacer, avance Mitchell Dion, le directeur général de Tourisme Charlevoix. Mais notre région ne se limite pas à ça : nous avons deux parcs nationaux, le mont Grand-Fonds pour skier et plus de 500 entreprises pour héberger, nourrir et accueillir la visite. »
Le pire scénario, ajoute-t-il, serait que les gens boudent la région pendant les relâches québécoise et ontarienne. « Ça, ça serait vraiment catastrophique. Personne ne souhaite revenir là, mais nous avons besoin, en ce moment, de la belle solidarité régionale qui s’exprimait pendant la pandémie. »
L’annonce de la rencontre, cette semaine, entre les deux parties, suscitait un optimisme prudent. « Des fois, il y a des miracles qui peuvent arriver, observait Michaël Pilote. Je nous le souhaite parce que présentement, il n’y a personne, absolument personne, qui gagne là-dedans. »
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