«Dirigeant d’un geste nos regards vers la droite, le maître désigna le chef humain composé uniquement de matière cérébrale, de muscles et de nerfs – et nous le donna pour tout ce qu’il restait de la tête de Danton, devenue sa propriété par suite de lointaines circonstances.» Nous sommes dans le laboratoire du professeur Canterel, et plus précisément dans Locus Solus, roman publié par Raymond Roussel en 1914.
Dans ce qui est peut-être l’un des récits les plus surprenants de l’histoire littéraire mondiale, la tête de Danton n’est pas qu’un morceau de cadavre inerte. Grâce à différents procédés (on branche la bobine du révolutionnaire sur le secteur, on badigeonne un peu de résurrectine – en français dans le texte! – ici et là), voilà que ce qu’il reste du défunt se met en mouvement: «Certains muscles semblaient faire tourner en tous sens les yeux absents, tandis que d’autres s’ébranlaient périodiquement comme pour lever, abaisser, crisper ou détendre la région sourcilière et frontale; mais ceux des lèvres surtout remuaient avec une agilité folle tenant sans nul doute aux prodigieuses facultés oratoires possédées jadis par Danton […] Canterel, qui précédemment, au cours d’expériences analogues, avait habitué ses regards à interpréter le manège des muscles buccaux, nous révélait, au fur et à mesure de leur apparition, les phrases passant sur les vestiges de lèvres du grand orateur.»


11 hour_ago
22






















.jpg)






French (CA)