Tu me fiches la trouille. J’ai peur que tu ne grandisses. Je redoute davantage ta croissance que je ne crains l’apparition des rides qui chiffonnent mon regard. Ton renflement m’effraie plus que les taches brunes qui dessinent, au dos de mes mains, une mosaïque pareille au semis des feuilles mortes qui annoncent l’hiver… Mes genoux se flétrissent, mes fesses se fanent, mes pectoraux fondent plus vite que la calotte glaciaire? Pfft. Je me fous de toutes les alarmes de l’âge sauf de toi. Je me suis acheté un miroir avec un manche pour me voir de dos et vérifier que tu ne te mettes pas à saillir et à dessiner, sur le bas de mon cou, une bosse de bison.
Toi, la septième cervicale, tu es la vertèbre située tout en bas de la nuque, au carrefour du dos et du cou. Tu es plus volumineuse que les six autres vertèbres cervicales qui s’empilent au-dessus de toi. Tu es dense, dure. Dans ta surdité obstinée, tu ignores que tous les mammifères de la terre, oui, tous sauf les paresseux et les lamantins, possèdent sept vertèbres du cou, que ce soient le cochon d’Inde trapu ou la girafe emmanchée comme une tour Eiffel.


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