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Charlie Hebdo ressort son tampon : « complotiste », donc fasciste

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Sur sa couverture, Charlie Hebdo colle l’étiquette fasciste à ceux qui refusent simplement de marcher au pas.

L’opposition qui ne dérange jamais les bons pouvoirs

Le journal qui se raconte encore comme un pirate de la presse a surtout pris l’allure d’une opposition en vitrine : assez insolente pour garder son public, assez conforme pour ne jamais gêner les puissants qui comptent vraiment. Charlie peut cogner sur le croyant, le gilet jaune, le non-vacciné, le sceptique climatique ou l’internaute récalcitrant. En revanche, lorsqu’il faut s’attaquer frontalement à la surveillance numérique, à la brutalité administrative ou aux dogmes de la Macronie, l’audace prend souvent rendez-vous pour plus tard.

Le hors-série déroule son catalogue : « complots contre la démocratie », « religion et complotisme même combat », « la science cible n°1 des complotistes », « les négationnistes du dérèglement climatique ». Voilà donc la pensée libre selon Charlie : une liberté à condition de conclure correctement. Vous pouvez parler, plaisanter, dessiner, contester, mais uniquement à l’intérieur du couloir balisé. Sortez de la ligne jaune et l’on vous colle un uniforme imaginaire, avec le mot « fasciste » écrit en gros dessus.

Le désaccord transformé en délit moral

Le procédé est vieux comme la propagande. On ne répond pas à une interrogation, on disqualifie celui qui la formule. On ne discute pas d’une statistique, d’un contrat vaccinal, d’une loi liberticide ou d’un conflit d’intérêts : on demande si l’interlocuteur est fréquentable. Charlie Hebdo, qui prétend défendre l’esprit critique, semble désormais considérer que l’esprit critique doit être réservé à ses propres dessinateurs et à leurs amis de plateau.

Réseaux sociaux : liberté surveillée

La contradiction est particulièrement visible sur les réseaux sociaux. En 2025, Charlie Hebdo dénonçait l’instrumentalisation du droit des enfants pour censurer Internet. Très bien. Puis le journal s’est mis à célébrer l’interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans, une mesure qui impliquait de fait le contrôle de l’âge et l’extension de la vérification d’identité en ligne. La liberté d’expression reste donc sacrée, à condition de passer par le portique de sécurité.



Vaccination : le doute interdit

Sur la crise sanitaire, même musique. Les soignants suspendus ayant refusé l’injection expérimentale imposée par le pouvoir ont eu droit, dans une publication de Charlie Hebdo, à l’étiquette de « diafoirus antivax ». Pas un mot pour les carrières brisées, les familles fragilisées ou les patients privés de soins. Le journal se voulait jadis contre les curés et les moralisateurs. Le voici devenu le petit bedeau d’une religion sanitaire où le doute tient lieu de blasphème.

Charlie Hebdo aime réclamer le droit à la provocation sans limite. Mais, curieusement, ce droit disparaît dès lors qu’un citoyen s’interroge sur les injonctions venues d’en haut. L’humour est admirable quand il descend vers les anonymes, les classes populaires, les victimes ou les dissidents. Il devient soudain « complotiste » lorsqu’il remonte vers les laboratoires, les ministères, les grandes plateformes ou les réseaux de pouvoir.

Crans-Montana : rire des victimes, puis invoquer la satire

Le cas de Crans-Montana reste, à cet égard, difficile à oublier. Le 9 janvier 2026, pendant le deuil national suisse après l’incendie du bar Le Constellation, Charlie Hebdo a publié un dessin intitulé « Les brûlés font du ski ». Quarante personnes avaient perdu la vie, beaucoup étaient très jeunes, et plus d’une centaine avaient été blessées. Le dessin détournait le titre de la comédie Les Bronzés font du ski. Le résultat n’avait rien d’une charge contre les responsables de la catastrophe : il frappait d’abord les morts, les blessés et leurs proches.

La polémique, racontée dans notre article sur les victimes de Crans-Montana, a suscité une indignation considérable. Une plainte a ensuite été déposée, avant d’être classée sans suite. Mais l’absence de condamnation judiciaire n’efface pas la question morale. La satire qui vise les puissants peut être salutaire. Celle qui ricane devant des adolescents brûlés et des familles endeuillées ressemble surtout à une cruauté gratuite vendue comme un signe de supériorité intellectuelle.

Une vieille recette derrière le masque de l’irrévérence

Ce n’était pas la première controverse. Les dessins consacrés, en 2015, à Aylan Kurdi, l’enfant syrien retrouvé mort sur une plage turque, avaient déjà suscité une indignation internationale. Charlie invoquait alors le second degré et la cible politique de ses caricatures. Une explication devenue une méthode : on choque, on blesse, puis on accuse les blessés de ne pas avoir compris la blague.

Qui sont vraiment les nouveaux autoritaires ?

La couverture sur les « nouveaux fascistes » révèle cette imposture. Le fascisme n’est pas un gadget de kiosque destiné à faire taire ceux qui demandent des comptes. C’est une réalité historique, politique et criminelle. À force de qualifier de fasciste tout citoyen qui ne marche pas au pas, Charlie Hebdo vide le mot de son sens. Les nouveaux autoritaires ne sont peut-être pas ceux qui posent des questions. Ce sont aussi ceux qui veulent décider lesquelles peuvent encore être posées.



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