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Changer son programme à trois semaines des Jeux pour une question de droits musicaux

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Dimanche dernier, les danseurs sur glace Marie-Jade Lauriault et Romain Le Gac ont eu le bonheur de confirmer leur place aux Jeux de Milan-Cortina. Le duo n’a toutefois pas eu beaucoup de temps pour fêter la nouvelle, puisqu’il devait retourner au travail rapidement et créer une nouvelle danse rythmique, et ce, en trois semaines.

Les patineurs québécois ont appris en décembre dernier qu’ils ne pourraient pas utiliser les deux chansons de Prince qu’ils avaient choisies pour leur danse rythmique, dont le thème cette année est les années 1990, pour une question de droits musicaux.

Ils effectuaient ce programme depuis février dernier.

On a reçu la nouvelle que ça ne fonctionnerait pas, mais c’est vraiment juste pour les Jeux olympiques, le reste de la saison, c’est correct, a expliqué Romain Le Gac, rencontré en marge des essais canadiens qui se tenaient à Gatineau le weekend dernier.

Il n’est pas rare que des patineurs changent de programme juste avant les Jeux olympiques ou les Championnats du monde, mais habituellement, c'est leur choix et ils profitent des essais nationaux pour l’exécuter une première fois avant la grande compétition. Comme ils se battaient pour décrocher la dernière qualification canadienne en danse sur glace, Lauriault et Le Gac ont préféré garder leur danse rythmique pour assurer leur sélection.

Âgés de 29 et de 30 ans, Marie-Jade Lauriault et Romain Le Gac en ont vu d’autres. Ils ne s’en font pas outre mesure et ils disent apprécier le processus créatif de bâtir une nouvelle chorégraphie et de choisir de nouveaux costumes. Ils réfléchissent à leur nouveau programme depuis décembre dernier et ils ont deux choix de musique déjà en tête.

Rendu là, on va être contents de changer parce que l’on est qualifiés et que ce sera une expérience différente, lance la patineuse. On a quand même vécu pas mal de choses ensemble, et notre équipe est très proactive pour nous permettre de nous sentir bien rapidement, même avec du nouveau matériel.

Les droits musicaux, une nouvelle réalité

Le monde des droits musicaux est une nouvelle réalité en patinage artistique. Tout d’abord, la fédération internationale n’autorisait pas l’utilisation de pièces avec des paroles avant 2014, ce qui amenait beaucoup de compétiteurs à utiliser de la musique classique déjà dans le domaine public.

Mais ce qui a vraiment changé la donne est qu’après les Jeux de Pékin en 2022, le groupe américain Heavy Young Heathens a intenté un recours judiciaire contre les patineurs Alexa Knierim et Brandon Frazier, le diffuseur NBC et Skate America pour violation du droit d’auteur.

Deux patineurs en pleine performance.

Alexa Knierim et Brandon Frazier lors de leur programme court aux Jeux olympiques de Pékin.

Photo : usa today sports / Robert Deutsch

Knierim et Frazier ont utilisé la reprise de House of the Rising Sun du groupe lors de leur programme court. Ça leur a permis de gagner la médaille d’argent (qui est devenue une médaille d’or après la disqualification de la Russe Kamila Valieva) lors de l’épreuve par équipe, mais aussi beaucoup de maux de tête.

Depuis ce temps, les patineurs de partout dans le monde doivent s’assurer qu’ils ont bien le droit d’utiliser la musique qui se trouve dans leur programme. Et ce n’est pas chose facile.

Même s'il existe des sites web et applications visant à faciliter le processus, les particularités sont nombreuses selon le territoire où la pièce sera jouée, si des modifications au tempo y sont effectuées et ainsi de suite.

C’est un nouveau monde pour nous, reconnaît Marie-Jade Lauriault. On avait conscience avant des droits et l’on a toujours eu du respect pour l’artiste quand on coupe la musique, que l’on ajoute des bouts pour souligner des éléments ou qu’on joue beaucoup avec la musique. On transforme quand même la pièce de quelqu’un, donc il faut avoir du respect pour ça.

Mais c’est une nouvelle réalité d’être aussi demandant sur les droits, et au niveau financier aussi. Les conséquences que ça apporte : une nouvelle chorégraphie, de nouveaux costumes, et au niveau des droits de musique, l’artiste souhaite être rémunéré, ce qui est vraiment normal. D'un autre côté, on n’est pas payé pour patiner, on paye pour patiner, ajoute la patineuse.

Deux patineurs sourient après leur performance.

Marie-Jade Lauriault et Romain Le Gac lors de leur programme libre, qu'ils vont pouvoir conserver lors des Jeux olympiques.

Photo : The Canadian Press / Justin Tang

La facture peut rapidement grimper, surtout quand l'on connaît le taux horaire d'un chorégraphe et le prix des costumes qui peuvent atteindre des milliers de dollars. Le duo affirme toutefois avoir été soutenu par son entourage dans ce processus compliqué.

Au début de la saison, on nous avait dit : "Occupez-vous de votre entraînement, de votre performance, nous, l’équipe, l’organisation de Skate Canada, on va s’occuper de tout ça", explique Romain Le Gac. Eh bien, finalement, on a reçu une notification en décembre en nous disant que les droits, ça ne fonctionnera pas.

On a quand même senti que tout le monde avait travaillé fort pour aller protéger les athlètes le plus possible, ajoute Marie-Jade Lauriault. On est vraiment chanceux que notre fédération fasse attention à ses athlètes, les aide et les dirige. Ailleurs dans le monde, il y a des gens qui se sont retrouvés un peu perdus dans ces connaissances-là.

Ce n’est pas toutes les organisations sportives internationales ou nationales qui ont cette capacité, complète Le Gac.

Le patinage artistique n’est pas le seul sport visé par cette nouvelle réalité. Sony a intenté des poursuites contre des entreprises qui vendaient des compilations mixées de chansons de ses artistes pour des compétitions de cheerleading. Tous les sports qui utilisent de la musique, que ce soit la gymnastique ou la natation artistique, sont concernés.

La question des droits musicaux va probablement pousser plusieurs patineurs à piger, encore une fois, dans le répertoire de la musique classique libre de droits, freinant peut-être un peu la créativité. Et ça peut expliquer que des patineurs se retrouvent avec la même pièce en compétition, puisque ça rapetisse le bassin de musiques disponibles.

Le Lac des cygnes, de Tchaïkovski, n’en est probablement pas à son dernier tour de glace.

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