Céline Amaudruz a deux enfants, âgées de 1 et 3 ans. Un détail pour vous? Pour certains, cela veut pourtant dire beaucoup: cette donnée est régulièrement évoquée sous la Coupole, dans les médias et sur les réseaux depuis – voire avant même – l’annonce de sa candidature au Conseil fédéral. Soulevant ainsi un doute sur sa disponibilité pour un tel poste. Un scepticisme que l’on n’affiche jamais, faut-il le rappeler, pour un jeune père.
Il est trop aimable d’avertir Céline Amaudruz de ce que représente cette fonction au sommet de l’Etat ainsi que la lourde charge d’enfants en bas âge. Mais elle n’a sans doute pas attendu les commentateurs pour penser les enjeux liés à sa carrière et à sa parentalité. Que les inquiets se rassurent encore sur sa capacité à mener les deux de front: elle jouit certainement des moyens financiers pour trouver des solutions de garde, par exemple, dont d’autres femmes ne disposent pas.
Et si on arrêtait de dire aux femmes ce qui leur convient?
Le cas de la politicienne UDC nous rappelle aussi que cette stigmatisation est celle que vivent, à une autre échelle et dans d’autres contextes, de très nombreuses mères. Le Temps a récolté des témoignages de femmes romandes qui racontent, entre autres, être perçues différemment au travail une fois devenues mères, et les conséquences douloureuses que cela peut avoir.
Lire aussi: «J’ai dû abandonner mon métier», ou comment la maternité bouleverse les trajectoires professionnellesEt si on arrêtait de dire aux femmes ce qui leur convient? Dans un pays si attaché aux libertés individuelles, il est choquant de vouloir dicter leurs perspectives aux femmes selon ce que l’on juge adéquat.
Il ne s’agit pas d’invisibiliser les inégalités de genre: l’arrivée d’un enfant a toujours tendance à freiner les parcours professionnels féminins en Suisse, comme le montrait encore une récente étude, là où les trajectoires des pères s’en trouvent très rarement bouleversées. Il n’est pas non plus question d’ignorer les pressions souvent vécues par les mères en entreprise, leur fatigue et leurs nouvelles contraintes horaires, entre autres. Ces problématiques doivent au contraire continuer d’être discutées en profondeur pour trouver des solutions, d’autant plus à l’heure où le patronat clame que les femmes doivent participer davantage au monde du travail.
Mais pointer du doigt la présence d’enfants comme un argument d’illégitimité dans la candidature ou la postulation d’une femme représente une double peine: la stigmatisation vient s’ajouter aux difficultés préexistantes. C’est aussi un débat indigne de la Suisse, qui se doit de porter sur les compétences. Sur ce terrain-là d’ailleurs, il n’est pas inutile de compter au Conseil fédéral un profil qui connaît l’enjeu de concilier carrière et parentalité.


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