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Politique 22/10/2026 15:09 Actualisé le 22/10/2026 16:01
Le chef de l’État est très critiqué par ceux qui, notamment à gauche, y voient une menace pour la liberté de manifester.

TERESA SUAREZ / AFP
Emmanuel Macron photographié le 22 octobre à l’issue du Conseil de sécurité à l’Élysée (Photo by Teresa Suarez / POOL / AFP)
Focalisé sur sa volonté d’éviter à tout prix de nouvelles scènes de pillages et de violences ce samedi 24 octobre, Emmanuel Macron serre la vis. À l’issue d’un conseil de sécurité ce jeudi 22 octobre, le chef de l’État a déclaré que les demandes de manifestations formulées par « des gens qui n’ont aucune légitimité » seront systématiquement interdites. En revanche, celles déposées par des syndicats seront examinées et éventuellement autorisées.
« La recommandation générale, c’est qu’il n’y ait pas de manifestation dans les jours à venir », a-t-il souligné, estimant que la priorité était d’abord d’apaiser la situation après les événements du week-end dernier. « Ce n’est pas le moment », a-t-il ajouté. Si le souhait de prévenir de nouveaux incidents est compréhensible, cette recommandation suscite des critiques. En effet, plusieurs acteurs et observateurs de la vie politique s’inquiètent d’une possible restriction de la liberté de manifester et s’interrogent sur la préservation d’un droit fondamental. Notamment à gauche.
« Glissement dangereux »
« Dans un régime démocratique, le pouvoir garantit la liberté de manifester. Au lieu de ça, il interdit, il menace, il réprime », dénonce la députée de La France insoumise Clémence Guetté, qui considère que « le président n’est pas à la hauteur de sa fonction et de notre pays ». Tout aussi « ahurissant » et « inacceptable » pour son collègue Aurélien Saintoul, qui rappelle que « le droit de manifester est individuel et inconditionnel ». Éric Coquerel juge aussi la mesure « liberticide », estimant que « ce n’est pas au pouvoir de dire qui est légitime pour manifester ».
« La demande du chef de l’État est sans précédent dans notre démocratie », s’indignent les Jeunes socialistes, pour qui un « glissement dangereux » s’opère « vers un régime dans lequel l’interdiction devient la norme et la liberté devient l’exception ».
D’ailleurs, la déclaration d’Emmanuel Macron ne repose sur aucune base juridique solide. Si des organisateurs non syndicaux (citoyens, associatifs, Gilets jaunes...) décident de déposer un recours devant le tribunal administratif, il y a fort à parier que leur demande de manifestation serait finalement acceptée. « À aucun moment il est obligatoire d’appartenir à un syndicat pour avoir la liberté de manifester, qui est une liberté fondamentale », a rappelé Manon Lefebvre, secrétaire nationale du Syndicat de la magistrature, sur BFMTV.
« Extrêmement grave »
Le Code de la sécurité intérieure prévoit que l’organisateur de la manifestation fasse connaître son nom, son prénom ainsi que son adresse au moment du dépôt en préfecture, et qu’il signe sa déclaration. Nulle part il est écrit que cet organisateur doit être affilié à un syndicat ou une organisation disposant de statuts.
« Vous vous rendez compte du message envoyé ? a embrayé Sofia Tizaoui, ex-présidente de l’Union syndicale lycéenne. C’est extrêmement grave de dire que certains Français sont plus légitimes que d’autres à manifester. Tous les Français ont leur place dans la rue ». La porte-parole du gouvernement Maud Bregeon a renvoyé les discussions à l’échelle des départements, assurant que le dernier mot reviendrait aux préfets. « La priorité c’est le retour à l’ordre. Il n’est pas envisageable que ce qui s’est passé samedi puisse se reproduire », a-t-elle ajouté.
En 2020, Macron disait l’inverse
Les interdictions de manifestation se multiplient : à Lyon, à Toulon, à Grenoble, à Nice... À Paris, elle a toutefois été autorisée et le cortège s’élancera de la Place de la Bastille pour rejoindre celle de la Nation. « On ne se laissera pas faire », promet en retour Coppélia Moreau, membre du comité Interfac à Paris. La crainte étant que ces nombreuses interdictions de manifester participent à une escalade de tensions, et que les esprits ne s’échauffent encore plus.
La question se pose de savoir si cette restriction du droit de manifester est liée (ou non) à une volonté d’étouffer le mouvement social, lancé depuis plusieurs semaines autour de revendications lycéennes et étudiantes. En 2020, Emmanuel Macron assurait vouloir protéger « la liberté de manifester ». Ajoutant : « Quelles que soient les circonstances, chaque citoyen doit pouvoir exprimer ses convictions et revendications à l’abri de toute violence et de toute pression ». Dirait-il la même chose six ans plus tard ?


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