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Ni prédateur banal, ni simple reptile : ce serpent marin de 12 mètres avalait des crocodiles entiers dans le Sahara

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Douze mètres de long, un poids qui pouvait dépasser quinze tonnes et un menu incluant, à l’occasion, des crocodiles. Voilà le portrait de Palaeophis colossaeus, un serpent marin disparu qui régnait il y a environ 56 millions d’années sur une mer aujourd’hui recouverte par les dunes du Sahara. Son histoire, révélée par une réévaluation récente de ses vertèbres fossiles, bouscule tout ce qu’on croyait savoir sur les limites physiques que peut atteindre un reptile.

Ses restes ont été mis au jour au Mali, dans des couches de roches datant du Paléogène. Ces os proviennent de sédiments déposés dans l’ancien couloir marin Trans-Saharien, un bras chaud et peu profond de l’océan Téthys qui inondait de vastes portions de l’Afrique du Nord durant l’Éocène, il y a environ 56 millions d’années. là où s’étendent aujourd’hui les dunes de sable et les tempêtes, il y avait autrefois une mangrove et des sandbars baignées d’eaux tièdes. Difficile d’imaginer un contraste plus radical.

Une étude publiée en 2018 a mesuré ces vertèbres et les a comparées à celles de serpents actuels, aboutissant à une estimation de longueur comprise entre 8,1 et 12,3 mètres. Une fourchette qui place ce serpent marin dans la même catégorie que le fameux Titanoboa terrestre, mais avec une particularité de taille : contrairement à son cousin sud-américain, Palaeophis colossaeus passait sa vie entièrement dans l’eau. Les scientifiques précisent d’ailleurs que ses vertèbres, larges et robustes plutôt que très aplaties, suggèrent un nageur puissant au corps épais plutôt qu’un ruban délicat glissant dans l’eau.

À retenir

  • Un serpent marin fossile de 12 mètres met au jour des indices surprenants sur le climat extrême d’une époque révolue
  • Les crocodiles géants du Sahara n’étaient pas les seuls maîtres des eaux — quelque chose de plus terrifiant y nageait
  • Les os fossilisés deviennent des thermomètres du passé, confirmant que la Terre a déjà connu des conditions radicalement différentes

Sommaire

  1. Un prédateur capable d’avaler des crocodiles entiers
  2. Pourquoi les températures extrêmes de l’Éocène ont produit un tel géant
  3. Un serpent qui n’était pas seul dans sa catégorie

Un prédateur capable d’avaler des crocodiles entiers

Ce n’est pas une simple hypothèse d’écrivain amateur de sensations fortes. Les fossiles retrouvés dans les mêmes couches géologiques dressent le portrait d’un écosystème saturé de géants. On y trouve pêle-mêle de grands poissons, des requins, des crocodylomorphes côtiers et d’autres serpents marins comme Amananulam sanogoi, suggérant un écosystème complexe à plusieurs niveaux de prédateurs et de proies. Dans ce théâtre marin, les crocodiles ne faisaient pas figure d’invincibles maîtres des eaux : ils partageaient leur territoire avec un serpent capable de les avaler.

Le cas devient encore plus frappant quand on sait que le Sahara de l’époque abritait aussi Sarcosuchus imperator, surnommé le « Supercroc », l’un des plus grands crocodiliens ayant jamais existé. Deux monstres de quarante pieds coexistant dans la même mer chaude, ce n’est pas rien. Les chercheurs estiment que Palaeophis colossaeus se comportait comme un chasseur redoutablement efficace, comparable dans son rôle écologique à des prédateurs modernes tels que les orques. Sa physionomie et l’articulation de ses os laissent penser qu’il était un chasseur marin hautement efficace, comparable dans son rôle écologique à des prédateurs modernes comme les orques ou les crocodiles.

Pourquoi les températures extrêmes de l’Éocène ont produit un tel géant

Voici le cœur de l’affaire, et c’est là que la biologie rejoint la climatologie. Un serpent, contrairement à un mammifère, ne produit pas sa propre chaleur interne : il dépend entièrement de la température extérieure pour faire fonctionner son métabolisme. Des températures tropicales plus élevées augmentent le métabolisme des reptiles ectothermes, qui dépendent de la chaleur externe. Avec une énergie et une nourriture abondantes toute l’année, le gigantisme peut devenir payant : un corps plus grand retient mieux la chaleur et peut dominer les conflits territoriaux.

Ce lien entre chaleur et taille corporelle n’est pas une intuition isolée. Les travaux menés sur Titanoboa cerrejonensis, le géant terrestre de Colombie qui a précédé Palaeophis colossaeus de quelques millions d’années, ont montré que soutenir des ectothermes aussi massifs nécessitait probablement des températures annuelles moyennes autour de 30 à 34 degrés Celsius. Une étude publiée dans la revue Nature sur ce même Titanoboa confirme ce chiffre : un serpent de cette taille aurait nécessité des températures annuelles moyennes comprises entre 30 et 34°C, plus élevées que sous les tropiques actuels. Les mesures effectuées sur Palaeophis colossaeus s’inscrivent exactement dans ce même schéma climatique.

Ce qui rend l’affaire passionnante, c’est que le raisonnement fonctionne aussi à l’envers. Un serpent fossile devient un véritable thermomètre du passé. Le couloir marin Trans-Saharien a existé durant l’une des périodes les plus chaudes du Cénozoïque, quand les températures mondiales et le niveau des mers étaient nettement plus élevés qu’aujourd’hui, et les températures de surface des mers tropicales pouvaient être plusieurs degrés plus chaudes que les valeurs actuelles. Sans thermomètre pour mesurer directement ces eaux disparues, la taille d’un os fossilisé devient une donnée climatique à part entière. C’est ce que confirment plusieurs chercheurs cités par la revue Forbes, pour qui l’existence même d’un serpent aussi colossal appuie indirectement les reconstitutions des modèles climatiques de l’Éocène proposant des mers tropicales nettement plus chaudes qu’aujourd’hui.

Un serpent qui n’était pas seul dans sa catégorie

Palaeophis colossaeus n’était pas un accident isolé de l’évolution. À la même époque et sous les mêmes latitudes tropicales évoluait Gigantophis garstini, un autre serpent terrestre estimé entre 9 et 11 mètres, capable lui aussi de s’attaquer à de grosses proies par constriction. On retrouve ce même patron sur trois continents : des serpents géants apparaissant précisément durant les phases les plus chaudes du globe, avant de disparaître à mesure que le climat se refroidissait vers la fin de l’Éocène. Le message que ces fossiles envoient aux climatologues d’aujourd’hui n’a rien de rassurant ni d’alarmiste, il est simplement factuel : la vie sur Terre a déjà connu des tropiques bien plus chauds qu’aujourd’hui, et elle y a répondu en produisant des créatures que même l’imagination peine à convoquer.

Un détail mérite d’être précisé pour éviter tout raccourci trop rapide. Les chercheurs cités par plusieurs médias scientifiques insistent : cette corrélation entre chaleur et gigantisme reptilien ne signifie absolument pas que le réchauffement actuel produira de nouveaux titans des mers dans les décennies à venir. Les mécanismes évolutifs qui ont façonné Palaeophis colossaeus se sont joués sur des millions d’années, pas sur un siècle. Reste que le fossile malien, lui, continue de raconter une histoire vieille de 56 millions d’années, celle d’un monde où le Sahara était un océan et où les crocodiles avaient toutes les raisons de craindre ce qui nageait sous la surface.

Sources : cultinfos.com | ecoticias.com

L'équipe Sciencepost

Rédigé par L'équipe Sciencepost

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