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Politique 20/10/2026 15:49 Actualisé le 20/10/2026 15:56
Le gouvernement a plusieurs fois accusé la France insoumise d’être, a minima, coresponsable des violences. Mais qu’en est-il vraiment ?

JULIEN DE ROSA / AFP
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, et le ministre de l’Intérieur, Laurent Nunez, lors d’une conférence de presse le 19 octobre.
« Personne qu’on désigne comme la seule responsable de quelque chose ». Voici comment le Larousse définit l’expression « bouc émissaire », laquelle s’applique très bien à la façon dont le gouvernement de Sébastien Lecornu désigne Jean-Luc Mélenchon et ses troupes, accusés d’attiser et de provoquer les violences déplorées en marge de la mobilisation de la jeunesse.
Les affrontements avec la police, les pillages, les dégradations… À peu près tout ce qui se passe dans la rue est reproché au mouvement mélenchoniste, paresseusement mêlé à une « ultragauche » avec laquelle il n’a pas grand-chose à voir. Dès le début de la contestation lycéenne, dont il a mis du temps à mesurer l’ampleur, le Premier ministre ciblait la « surenchère irresponsable » de LFI, accusée de souffler sur les braises en se rendant sur les blocages auprès des jeunes.
« Chienlit » et dissolution
La volonté de se défausser pour ne pas regarder le cœur du problème a tout de suite installé une sorte de duel entre l’exécutif et le parti de gauche radicale, qui s’est donc retrouvé au centre des critiques, car associé à la « chienlit » qui s’observe dans la rue. « La responsabilité politique de LFI dans ces violences est considérable », a par exemple affirmé Édouard Philippe, en concurrence avec Jean-Luc Mélenchon pour l’accession au second tour de la présidentielle selon les sondages.
« On a un parti qui est fasciné par la violence, qui appelle à la sédition et même qui essaie d’organiser l’insurrection », a renchéri Bruno Retailleau, dont la candidature à la fonction suprême a du mal à décoller. L’ancien ministre de l’Intérieur en a même appelé à la « dissolution » de La France insoumise. Une idée évoquée dans Le Figaro ce mardi 20 octobre par Gérard Larcher, président du Sénat et, de ce fait, deuxième personnage de l’État. Or, selon les informations de Mediapart, les services de renseignement ont été priés d’exagérer la responsabilité de Jean-Luc Mélenchon et de ses troupes.
« Quand on nous demande texto d’écrire que c’est LFI qui est derrière le mouvement alors que c’est objectivement faux de l’avis général des renseignements territoriaux, forcément on a des décisions politiques », déplore par exemple un commissaire du renseignement territorial (RT), dans des échanges consultés par le site d’investigation. Interrogé sur ce point à l’Assemblée, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a répondu que les renseignements n’enquêtent pas sur les partis politiques. Ce qui n’est pas exactement la question posée par les révélations de Mediapart. Mais comment peut-on en arriver là dans le cadre de l’État de droit ? Où la dissolution d’un parti annoncé aux portes du second tour, comptant un important groupe à l’Assemblée nationale, est évoquée de façon aussi légère par le deuxième personnage de l’État ?
« Révolution citoyenne »
Pour le comprendre, il faut (aussi) se pencher sur le logiciel de La France insoumise. Depuis sa fondation, le parti mélenchoniste prône la « révolution citoyenne », mais par les urnes. Ce qui doit s’accompagner d’une sorte de bouillonnement social. « La conquête de l’hégémonie politique a un préalable : il faut tout conflictualiser », disait Jean-Luc Mélenchon en 2012. Dès mots qui, dès 2018, terrifiaient (déjà) la Macronie. De fait, les élus LFI sont toujours là où ça lutte, et souvent pas loin de là où ça castagne. Et il vrai que ces derniers appellent souvent les Français à s’élever contre les injustices. En 2023, le député Louis Boyard avait même lancé le « Blocus challenge » pour inciter les jeunes à se mobiliser contre la réforme des retraites.
Fidèles au mantra de la gauche radicale, selon lequel « tout ce qui bouge est rouge », les Insoumis voient automatiquement d’un bon œil toute contestation populaire, dont la cause est jugée bien plus importante que les éventuelles conséquences de son expression dans la rue. Raison pour laquelle les élus LFI refusaient d’appeler au calme lors des violences urbaines consécutives à la mort du jeune Nahel, car c’est l’objet de la révolte qui prime : ici, les violences policières. En 2023, l’un des concepteurs de la matrice insoumise expliquait ainsi au HuffPost que « l’insurrection n’est pas un gros mot » au sein du parti mélenchoniste.
« Il y a toute cette tradition de gauche, marxiste, qui prône la transformation de la société, où l’on considère que la victoire ne peut arriver que dans un cadre où la hiérarchie sociale est renversée. Ce qui peut être perçu, de l’extérieur, comme dangereux », développait notre source. Cette dimension « insurrectionnelle » vient « d’une culture politique où l’on pense que l’on n’obtiendra pas le pouvoir par l’octroi, mais par la lutte », détaillait encore notre interlocuteur, précisant que cela « suppose un dérangement politique et symbolique ». Et même s’il s’agit d’aboutir à une « révolution citoyenne » dans le cadre démocratique, Jean-Luc Mélenchon et ses soutiens (qui multiplient les références à la Révolution française) jugent nécessaire d’incarner cet esprit de révolte, pour le capter dans les urnes.
Une confusion dangereuse
Ce qui offre des prises à ceux qui veulent dépeindre Jean-Luc Mélenchon en adepte du chaos. Sa personnalité éruptive et le fonctionnement « gazeux » de La France insoumise, qui cache mal un penchant pour la verticalité, nourrissent ces caricatures, partagées de la Macronie au Rassemblement national. Reste que tout cela est (un peu) léger pour faire du candidat à la présidentielle le responsable des violences qui se sont abattues dans les agglomérations françaises. « Ce n’est pas la faute de Mélenchon si ça a merdé samedi », a confié à BFMTV une ministre du gouvernement Lecornu. Au-delà de la volonté de trouver un paratonnerre de circonstance, la stratégie du gouvernement (qui plus est du ministre de l’Intérieur censé être au fait de ces nuances) entretient une confusion périlleuse entre gauche radicale et ultragauche.
On l’a vu, la première entend proposer un débouché politique et institutionnel à la contestation populaire. Or, la seconde rejette précisément le jeu électoral, l’État et toute forme de représentation « bourgeoise ». C’est d’ailleurs un activiste de cette mouvance, fiché S, qui est soupçonné d’avoir incendié la mairie de Limoges. Mais les membres de ce courant insurrectionnel et marginal méprisent habituellement les Insoumis, ce qui, ironiquement, leur fait un point commun avec le gouvernement. Plus grave, cette criminalisation de la gauche radicale, exprimée par ceux qui veulent dissoudre LFI, présente le risque de fermer tout débouché politique et démocratique à la colère de la jeunesse. Ce qui, à terme, pourrait la jeter dans les bras de l’ultragauche, aux méthodes clairement violentes. Qui serait alors accusé de souffler sur les braises ?


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