Le premier violoncelle solo de l’Orchestre de la Suisse romande (OSR), Lionel Cottet, occupait le même poste dans le prestigieux Orchestre symphonique de la Radiodiffusion bavaroise. Herbert Blomstedt était au pupitre. Déjà nonagénaire, le chef dirigeait une symphonie de Bruckner. Après un fortissimo de tout l’orchestre, l’œuvre ménage un silence suivi d’un thème très doux aux violoncelles. Et Lionel Cottet attend le signe du chef pour jouer et entraîner tout le pupitre. Mais rien ne vient. Au bout d’une seconde qui dure une heure, Blomstedt tourne vers lui un regard impérieux, et Cottet comprend qu’il a tardé à entrer. On lui dira plus tard que le chef avait, en guise de signal de départ, soulevé son index de 2 centimètres…
Vétéran approchant les 100 ans, le chef suédois Herbert Blomstedt est un cas exceptionnel. Mais l’anecdote dit bien ce à quoi l’âge réduit la gestique des chefs d’orchestre lorsque leur physique ne répond plus. Et ils ne sont pas rares. L’Indien Zubin Mehta, 90 ans, devait ouvrir cet été le Menuhin Gstaad Festival avec deux concerts; des raisons de santé l’en empêcheront, mais d’autres concerts l’attendent. Daniel Barenboïm, Charles Dutoit dirigent encore à des âges canoniques, comme l’ont fait Bernard Haitink, Neville Marriner ou Stanisław Skrowaczewski avant eux. Herbert von Karajan (1908-1989) dirigeait à la fin de sa vie son Philharmonique de Berlin, dont il avait été le patron pendant trente-cinq ans, les yeux fermés, ses mains formant de vagues volutes qui n’empêchaient pas une parfaite précision d’attaque des musiciens.


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