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Dans le domaine du cancer, la recherche avance à grands pas. Mais sur le terrain et dans les hôpitaux, force est de constater que la chimiothérapie - ce traitement qui perturbe la multiplication ou la croissance des cellules cancéreuses - reste encore souvent le traitement de choix pour prendre en charge les personnes touchées par la maladie.
Quelle solution pour atténuer les effets secondaires de la chimio ?
Problème : la chimiothérapie ne s'attaque pas seulement aux cellules cancéreuses, mais également à toutes les cellules qui se divisent : celles des cheveux, de la peau, de l'intestin, de la moelle osseuse... avec pour conséquence des effets secondaires parfois très lourds (perte de cheveux, baisse des globules blancs et rouges et des plaquettes, fatigue intense, nausées, perte d'appétit, troubles intestinaux, inflammation des muqueuses, problèmes cutanés, etc.).
Chimiothérapies anticancer : quels effets secondaires sur la sexualité ?
Lorsqu'on vous diagnostique un cancer, il est naturel de se concentrer sur votre guérison. Vous ne penserez peut-être pas à l'impact sur votre estime de soi, votre image corporelle, vos relations et votre vie sexuelle avant la fin du traitement.... Lire la suite
Mais une nouvelle classe de traitement pourrait bien changer la donne : les antibody-drug conjugates ou ADC (conjugués anticorps-médicaments en français). Ceux-ci ont fait l'objet de très nombreuses présentations (40 présentations, 120 posters) au congrès l'American Society of Clinical Oncology (ASCO) qui s'est déroulé du 29 mai au 2 juin à Chicago (États-Unis).
Comment fonctionnent les ADC ?
Les ADP sont des molécules synthétiques composées de trois parties :
- un anticorps capable de se lier spécifiquement à une protéine présente à la surface des cellules tumorales ;
- plusieurs molécules de chimiothérapie ;
- un lien chimique qui relie les deux parties.
Ces molécules fonctionnent comme un cheval de Troie. Une fois injectées, elles circulent dans le sang jusqu'à atteindre la tumeur où elles vont se fixer à la surface des cellules tumorales. C'est cette fixation qui va provoquer la rupture du lien chimique et la libération des molécules de chimiothérapie. Bilan des courses : aucune cellule saine n'a été touchée puisque le traitement n'est administré qu'aux cellules cancéreuses ou à la tumeur.
Un anticorps lié à des molécules de chimiothérapie vient se fixer sur des récepteurs présents exclusivement sur les cellules cancéreuses. Cette fixation spécifique déclenchera la libération du traitement à proximité de la tumeur, ce qui permet d’épargner les cellules saines. © Abo, Adobe Stock (image générée à l’aide de l’IA)
Des molécules appelées à se développer largement
Étudiés depuis les années 1980, les ADC ont donné lieu aux premiers traitements approuvés par la Food and Drug Administration (FDA) à partir des années 2010. Aujourd'hui, il en existe seulement une quinzaine, dont la moitié cible les tumeurs « circulantes », comme les lymphomes et les leucémies, et l'autre les cancers du sein ou de l'appareil urinaire. Ultra-ciblés, aussi, voire plus efficaces que les traitements de chimiothérapie classiques, mais avec beaucoup moins d'effets secondaires, les ADC devraient connaître une montée en puissance importante dans les prochaines années.
Actuellement, encore très peu de cancers peuvent être pris en charge avec cette nouvelle thérapie, mais 400 molécules seraient en cours d'évaluation et plusieurs dizaines seraient déjà en phase III.
Des molécules autonomes transportant des agents anticancéreux hyperpuissants au sein même des tumeurs ? Non, ce n’est pas de la science-fiction, mais le fruit des recherches menées par l’équipe du professeur Sébastien Papot. Ce chercheur à l’institut de Chimie des milieux et matériaux de Poitiers (IC2MP) est le cocréateur de la startup Seekyo qui développe de nouvelles générations de molécules capables de reconnaître les cellules cancéreuses et de les détruire spécifiquement… sans affecter les cellules saines. Il nous explique son invention.... Lire la suite
De nombreux obstacles restent en effet à surmonter. Par exemple, dans le cas des tumeurs « solides », il existe une plus grande hétérogénéité cellulaire que les cellules des tumeurs circulantes. Seule une partie d'entre elles - celles qui possèdent l'antigène correspondant à l'anticorps de l'ADC - vont réagir au traitement et être détruites. Ensuite, les ADC sont des grosses molécules qui pénètrent très mal l'environnement tumoral ; les cellules cancéreuses qui se trouvent au cœur des tumeurs sont souvent inaccessibles. Enfin, les ADC sont des grosses molécules qui résident plusieurs mois dans l'organisme et s'y accumulent, ce qui peut entraîner une libération anarchique du médicament et donc une toxicité.
De nombreux essais cliniques encourageants
Quoi qu'il en soit, les essais cliniques menés actuellement montrent que les ADC pourraient être efficaces contre les cancers classiquement résistants à la chimiothérapie, comme ceux du col de l'utérus, de l’ovaire ou du pancréas.
Une équipe de chercheurs français de l'hôpital Gustave Roussy a par exemple dévoilé les résultats d'une étude de phase I/II évaluant l'efficacité d'un ADC appelé CRB-701, ciblé sur une protéine appelée NECTIN-4 que l'on retrouve sur les cellules de 80 à 90 % des cancers du col de l'utérus.
Congrès l’American Society of Clinical Oncology (ASCO) 2026 – Pr Yohann Loriot. © Gustave Roussy, Cancer Campus Grand Paris, YouTubeMené sur 70 femmes souffrant d'un cancer du col de l'utérus à un stade avancé ou réapparu après plusieurs traitements, cet essai a montré qu'un tiers des femmes avait réagi au traitement et que chez plusieurs d'entre elles, plus aucune lésion cancéreuse n'était visible sur les imageries. De quoi redonner de l'espoir quand l'horizon s'assombrit...


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