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Bulle de l’IA : Wall Street commence à transpirer

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Après des années d’euphorie financière, les investisseurs découvrent que l’intelligence artificielle doit aussi rapporter de l’argent.

Le Nasdaq 100 a récemment reculé d’environ 5,5 %, selon une analyse publiée le 20 octobre. Cette baisse ne signifie pas que le secteur s’effondre, mais elle montre à quel point les investisseurs sont devenus sensibles aux mauvaises nouvelles. L’introduction en Bourse avortée de Firmus, entreprise australienne spécialisée dans les centres de données, a notamment refroidi les ardeurs. Il y a encore peu, prononcer les deux lettres « IA » devant des financiers semblait parfois suffire à déclencher une ovation.

Des dépenses gigantesques, des bénéfices toujours attendus

Les géants américains ne lésinent pas sur les moyens. Alphabet, Amazon, Meta et Microsoft financent des centres de données, achètent des processeurs et signent des contrats électriques à une échelle industrielle. D’après les chiffres repris par le Guardian, les grandes entreprises technologiques américaines ont consacré quelque 425 milliards de dollars à ces investissements en 2025. Le montant pourrait dépasser 1 100 milliards en 2027. De quoi donner une petite idée du prix d’une conversation avec un robot.

Une partie de cette manne profite directement aux vendeurs de puces. Nvidia, dont nous racontions déjà les records boursiers, incarne cette ruée vers l’or : lorsqu’une entreprise veut bâtir sa propre mine numérique, le fabricant vend les pioches. Encore faut-il que ceux qui les achètent finissent par extraire quelque chose de rentable.



Le problème économique tient à cette différence entre promesses et recettes. Un modèle d’IA peut impressionner, rédiger, coder ou analyser des documents. Mais les clients paieront-ils suffisamment pour couvrir les investissements, les dépenses d’électricité et les coûts de renouvellement du matériel ?

Les actionnaires commencent à demander des comptes à des entreprises habituées à leur présenter de gigantesques perspectives de croissance.

Le FMI voit venir le risque de contagion

Dans son rapport d’octobre 2026 sur la stabilité financière mondiale, le Fonds monétaire international ne prévoit pas un effondrement imminent. Il avertit qu’une rentabilité inférieure aux attentes pourrait provoquer une baisse des valeurs liées à l’IA, amplifiée par l’endettement, la concentration des placements et les financements circulaires entre entreprises du secteur.

Ces montages méritent une attention particulière. Un acteur peut investir dans une société d’IA qui s’engage ensuite à acheter ses services informatiques. Chacun annonce de nouvelles ventes ou de nouveaux engagements ; l’argent circule dans un écosystème où les fortunes des participants deviennent de plus en plus liées.

Tant que les recettes suivent, la mécanique paraît admirable. Lorsqu’un maillon faiblit, les ennuis risquent de voyager rapidement.

Le marché américain repose en outre sur un petit nombre de géants technologiques. Les sept grandes valeurs surnommées les « Magnificent Seven » représentent, selon le Guardian, environ 35 % de l’indice S&P 500. Une chute prolongée de leurs cours toucherait donc bien davantage que les spéculateurs spécialisés dans l’IA : fonds indiciels, épargne financière et retraites investies en actions pourraient aussi encaisser le choc.



La France n’est pas à l’abri des promesses XXL

Chez nous, les annonces d’investissements dans les centres de données se multiplient également. Lors de Choose France 2026, Emmanuel Macron a mis en avant 93 milliards d’euros d’engagements annoncés, avec une place importante accordée à l’intelligence artificielle.

L’annonce est spectaculaire ; la concrétisation et la rentabilité future des projets devront être jugées sur pièces. Après tout, promettre des milliards n’a jamais coûté aussi peu que de les dépenser réellement.

Tout cela ne prouve pas que l’IA serait inutile, ni que ses entreprises seraient condamnées. Certaines dégagent déjà des bénéfices solides. Le FMI le reconnaît. Ce qui inquiète, c’est la distance possible entre les progrès réels de la technologie et le prix que la Bourse accepte de payer aujourd’hui pour ses profits de demain.

Les machines savent désormais rédiger des plans d’affaires. Leurs investisseurs aimeraient surtout qu’elles apprennent à les tenir.

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