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Budapest est soupçonnée d’être l’oreille de Moscou à Bruxelles : “C’est un secret de Polichinelle”

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Budapest informe Moscou de ce qui se dit à Bruxelles. Selon The Washington Post, le chef de la diplomatie hongroise, Peter Szijjarto tiendrait son homologue russe Sergueï Lavrov au courant du contenu confidentiel de réunions du Conseil de l'Union européenne et ce depuis plusieurs années. Citant une source européenne de sécurité, le quotidien américain précise qu'il est arrivé que M. Szijjarto profite des pauses des réunions du Conseil pour faire rapport à M. Lavrov.

"Une relation de confiance entre les États membres ainsi qu'entre eux et les institutions est fondamentale pour le bon fonctionnement de l'UE, et nous attendons du gouvernement hongrois qu'il apporte des clarifications nécessaires", a commenté Anitta Hipper, porte-parole de la Commission européenne pour les Affaires étrangères, lundi midi, lors du point presse quotidien de l'institution.

Les informations du Washington Post ne suscitent cependant pas l'étonnement à Bruxelles et dans les autres capitales européennes. "La nouvelle selon laquelle les gens d'Orbán transmettent à Moscou des informations détaillées sur les réunions du Conseil de l'UE ne devrait surprendre personne. Nous nourrissions depuis longtemps certains soupçons à ce sujet", a commenté le Premier ministre polonais Donald Tusk, dimanche, sur le réseau social X. "C'est un secret de Polichinelle, complète une source diplomatique européenne. On a souvent dit en boutade que cela ne servait à rien de sécuriser les réunions en bannissant les téléphones, puisque le Kremlin serait de toute façon informé de ce dont on discute dans l'heure."

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Un lien fort avec le Kremlin

L'Union européenne (UE) s'est rangée du côté de l'Ukraine depuis que celle-ci est victime d'une guerre d'agression déclenchée par la Russie, en février 2022, mais le gouvernement hongrois dirigé par Viktor Orbán est resté proche de Moscou. La Hongrie bloque ainsi actuellement un prêt européen de 90 milliards d'euros destiné à Kiev, l'adoption d'un 20e paquet de sanctions européennes contre la Russie et l'ouverture des négociations d'adhésion de l'Ukraine à l'UE. Le Premier ministre Orban a rencontré plusieurs fois le président russe Poutine depuis le début de la guerre, et M. Szijjarto s'est rendu seize fois en visite à Moscou depuis février 2022. "On sait qui finance les campagnes électorales d'Orban", cingle un autre diplomate, pas davantage étonné par les révélations publiées dans le Washington Post. "Mais enfin, on parle quand même de donner des informations avec un pays avec lequel nous sommes en confrontation", déplore-t-il.

"Tout fuite à Bruxelles, de toute façon", désamorce un troisième diplomate. Et d'ajouter que si la Hongrie informe la Russie, d'autres puissances sont très au courant des discussions européennes. "Les Américains n'ont même pas besoin de donner des coups de fil pour savoir exactement ce dont on parle", ironise la même source, faisant allusion à leurs capacités d'espionnage technologique. "C'est impossible de garantir la confidentialité avec vingt-sept personnes autour de la table. L'UE est un lieu pour discuter de dossiers législatifs, pas de choses qui relèvent de la sécurité nationale", insiste le même interlocuteur.

Ne pas trop en dire

Donald Tusk affirme que ses doutes envers la loyauté de Viktor Orban sont "une des raisons pour lesquelles je ne prends la parole que lorsque c'est absolument nécessaire et que je ne dis que le strict minimum". Un des diplomates interrogés complète : "De manière plus ou moins consciente, on sait qu'il y a des choses qu'on ne peut pas partager à vingt-sept, parce qu'on a l'impression qu'il y a un ou plusieurs loups dans la bergerie".

Certains sujets sont réservés à d'autres formats de discussion, comme, par exemple, la coalition des volontaires pour l'Ukraine ou les formats Weimar (France, Allemagne, Pologne) ou E3 (Allemagne, France, Royaume-Uni), etc. "On peut discuter de certaines choses dans des formats différents, mais ce n'est quand même pas évident de trouver l'équilibre. On ne peut pas éjecter les Hongrois du système. Par ailleurs, il faut éviter de leur donner des arguments pendant la campagne électorale", glisse une source européenne.

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Un plan de fausse tentative d'assassinat

De son côté, Budapest rejette ces accusations, affirmant qu'elles visent à discréditer le pouvoir en place alors que M. Orban est en campagne électorale pour obtenir un cinquième mandat consécutif à la tête du gouvernement – il est actuellement devancé dans les sondages par son rival Peter Magyar.

Le fait est que la Russie voit un grand intérêt au maintien de Viktor Orban au pouvoir à Budapest. Toujours selon le Post, un service européen aurait obtenu et authentifié un rapport du service russe de renseignement extérieur (SVR) relatifs à une opération, intitulée Gamechanger. Celle-ci envisageait la mise sur pied d'une fausse tentative d'assassinat de Viktor Orban destinée "à changer fondamentalement le paradigme de la campagne électorale". Un tel événement, estime le SVR, aurait fait passer au second plan les questions socio-économiques, qui plombent le bilan du Premier ministre hongrois, au profit de celles touchant à la sécurité et la stabilité de l'État, dont ce dernier aime s'afficher en garant.

L'ombre du Kremlin plane sur une campagne électorale hongroise en surchauffe

La Russie n'est pas la seule à souhaiter sa victoire. Le président américain Donald Trump s'est fendu, samedi, d'une vidéo de soutien à "un type fantastique", diffusée lors du CPAC de Budapest, un rendez-vous international des leaders d'extrême droite et de droite radicale, dont M. Orban est l'hôte.

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