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Qui distinguera demain une création satirique d’une manipulation politique jugée dangereuse par le pouvoir ?
Bruxelles a trouvé une nouvelle mission : apprendre aux Européens à reconnaître une image fabriquée par une machine. À partir du dimanche 2 août, les obligations de transparence prévues par l’article 50 du règlement européen sur l’intelligence artificielle deviennent applicables.
Contrairement à certaines présentations alarmistes, tous les contenus réalisés avec une IA ne devront pas nécessairement afficher en grosses lettres « image artificielle » (du moins pour le moment…). Le dispositif distingue les entreprises qui fournissent les outils, les professionnels qui les utilisent et les particuliers qui s’amusent avec un générateur depuis leur canapé.
Des marques invisibles et des avertissements visibles
Les fournisseurs de systèmes génératifs devront intégrer à leurs productions des marquages lisibles par machine. Métadonnées, filigranes numériques ou autres procédés techniques devront permettre d’identifier une image, une vidéo, un son ou un texte produit ou modifié artificiellement.
Les utilisateurs professionnels devront, de leur côté, signaler clairement les « hypertrucages », plus couramment appelés deepfakes. Cela concerne les images, sons ou vidéos faisant croire qu’une personne, un lieu, un objet ou un événement réel a été représenté fidèlement alors que le contenu a été fabriqué ou transformé.
Les textes générés par IA portant sur un sujet d’intérêt public devront également être identifiés lorsqu’ils sont publiés sans véritable relecture humaine ni responsabilité éditoriale. Autrement dit, un média qui contrôle, corrige et assume juridiquement son article ne se trouve pas dans la même situation qu’une usine automatisée publiant cent textes par heure.
La satire autorisée, sous surveillance administrative
Le règlement prévoit une adaptation pour les œuvres « manifestement artistiques, créatives, satiriques ou fictionnelles ». Le signalement doit alors être effectué d’une manière qui ne gêne pas l’affichage ou l’appréciation de l’œuvre.
Voilà pour la théorie. Dans la pratique, une question demeure : qui décidera qu’un photomontage est « manifestement » satirique ? Son auteur, la plateforme, un algorithme de détection ou une autorité nationale chargée d’appliquer le règlement ?
Une caricature visant Emmanuel Macron, Ursula von der Leyen ou la politique européenne pourrait ainsi être parfaitement comprise par le public, mais contestée par une plateforme préférant supprimer d’abord et discuter ensuite. Les grands réseaux sociaux ont déjà démontré leur goût pour les décisions automatiques, les recours sans réponse et les sanctions préventives.
Le particulier épargné, les professionnels exposés
La Commission européenne précise qu’une personne utilisant une IA dans un cadre strictement personnel et non professionnel n’est pas considérée comme un « déployeur » soumis à ces obligations. En revanche, les médias, entreprises, associations, institutions et comptes politiques utilisant professionnellement ces outils devront être beaucoup plus prudents.
Les États membres devront fixer des sanctions « effectives, proportionnées et dissuasives ». Formule pratique, suffisamment élastique pour rassurer Bruxelles et inquiéter tous ceux qui auront à l’interpréter.
L’intention affichée paraît défendable : empêcher qu’une fausse vidéo d’un responsable politique ou qu’un faux reportage soit présenté comme authentique. Mais l’outil peut rapidement glisser de la transparence vers le tri politique, surtout lorsque ceux qui définissent la « manipulation » participent eux-mêmes à la communication institutionnelle.
Bruxelles apposera donc une étiquette sur les images artificielles. Pour les promesses électorales, les chiffres arrangés et les campagnes officielles soigneusement scénarisées, aucun marquage numérique n’est encore prévu.


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