Selon une récente étude, une bactérie vivant à l’intérieur d’un insecte vient de décrocher la palme du plus petit génome jamais découvert. Or, ce génome est si court qu’il se compare à celui des virus. Pourtant en biologie, les spécialistes ne considèrent pas les virus comme étant des êtres vivants.
Une bactérie avec seulement 50 000 paires de base !
Pour rappel, les virus sont de minuscules micro-organismes attaquant les cellules qu’ils utilisent comme hôtes afin de se multiplier. Sans hôte, toute multiplication s’avère impossible. Quant aux bactéries, il est également question de micro-organismes, à la grande différence près que ceux-ci sont autonomes au niveau de leur multiplication. Et pourtant, une bactérie vient de battre un nouveau record en présentant un génome dont la taille est similaire à celle du génome des virus, comme le révèle une publication dans la revue Nature Communications le 7 février 2026.
L’heureux élu est le génome d’une bactérie du genre Vidania, vivant dans l’organisme des cicadelles – de petits insectes piqueurs-suceurs – et ce, depuis au moins 130 millions d’années. Or, la bactérie en question présentant 50 000 paires de base vient de battre le record précédent, détenu par le génome d’une bactérie Sulcia – vivant également dans les cicadelles – et ses 100 000 paires de base. A titre de comparaison, le génome humain contient des milliards de paires de base.
Rappelons au passage que les paires de base sont les unités de base de la structure de l’ADN (et de l’ARN), représentant l’association de deux nucléotides complémentaires face à face sur deux brins (adénine-thymine, guanine-cytosine). Celles-ci forment les « barreaux » de la double hélice et constituent l’unité de mesure de la longueur des génomes.
Crédit : Łukasik et al., Nature Communications., 2026
Une frontière entre bactéries et organites de plus en plus mince
Pour les biologistes de l’Université jagellonne de Cracovie (Pologne) à l’origine de ces travaux, le nouveau record n’est pas seulement important pour la postérité. En effet, l’objectif est de comprendre quel est le code génétique minimum nécessaire au fonctionnement d’un être vivant. Or, ceci pourrait à terme permettre de statuer sur l’utilité ou non de certaines séquences génétiques présentes chez l’intégralité des être vivants. En revanche, la comparaison avec d’autres êtres vivants trouve ses limites, puisque Vidania et Sulcia sont des bactéries symbiotiques. Autrement dit, celles-ci dépendent de leur étroite association avec l’insecte qui les héberge.
« Ces minuscules génomes de Vidania ont évolué de manière convergente au sein de deux superfamilles de cicadelles et présentent des similitudes frappantes dans leur contenu génique, notamment la capacité de produire un seul acide aminé (la phénylalanine) pour l’hôte. La perte de nombreux gènes supplémentaires impliqués dans les fonctions cellulaires les rapproche considérablement des organites d’origine symbiotique quant à leur dépendance à l’égard de l’hôte, brouillant davantage la frontière entre bactéries et organites. », peut-on lire dans l’étude.
Ceci revient à dire que, suite à une perte de gènes (devenus inutiles) vers les cellules hôtes, les bactéries Vidania (et Sulcia) ont perdu leur autonomie avec le temps. Ainsi, ces bactéries ressemblent aujourd’hui davantage à des organites d’origine symbiotique, ces dernières étant elles-mêmes d’anciennes bactéries (procaryotes). Enfin, l’état actuel des bactéries en question les rapproche également des virus en un point précis : la dépendance à leur hôte, garant de leur multiplication. Il n’est donc finalement pas si étonnant de constater que la taille de leurs génomes soit assez similaire bien qu’en biologie, les virus ne soient pas considérés comme étant des êtres vivants.


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