NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
Taux d’abandon élevé et taux de réussite « famélique », élèves « fantômes », accompagnement minimal : le bilan du recours sur plusieurs années à une entreprise privée pour offrir de la formation à distance à des adultes en quête de leur diplôme d’études secondaires (DES) est pour le moins décevant. Ce sont pourtant près de 56 millions de dollars de fonds publics qu’ont accordés à ce jour à ChallengeU cinq centres de services scolaires (CSS) du Québec, a appris Le Devoir.
« Très franchement, quand je regarde le coût unitaire pour sortir un diplômé, en matière de dépenses, c’est tellement élevé que ça n’a aucun sens », lance en entrevue Martin Maltais, spécialiste du financement des réseaux de l’éducation et de l’enseignement supérieur, après avoir consulté les données compilées par Le Devoir dans le cadre de cette enquête.
La somme investie depuis 2017 dans ChallengeU par cinq CSS — et donc par le ministère de l’Éducation, qui finance chaque élève inscrit en formation à distance — atteint aujourd’hui 55,87 millions, selon des documents obtenus en vertu de demandes d’accès à l’information.
« Je ne comprends pas que le ministère continue de financer ça », alors que « c’est clair que ça donne peu ou pas de résultats, que l’argent est mal investi », ajoute M. Maltais.
56 millions et peu de diplômés
En 2019, La Presse faisait état du haut taux d’abandon des adultes suivant un cours sur ChallengeU. À l’époque, trois commissions scolaires (devenues depuis des CSS) avaient recours depuis 2017 à la plateforme pour recruter des élèves et leur offrir une plateforme pour suivre en ligne des cours qu’ils n’avaient pas réussis lors de leur passage au secondaire.
L’article faisait alors état d’au moins cinq millions de dollars accordés par ces trois commissions scolaires à Diplômatiqc, un organisme sans but lucratif qui, avant sa dissolution en 2024, servait de courroie de transmission entre le réseau scolaire et l’entreprise privée ChallengeU.
Cette dernière, dirigée par le cofondateur de Diplômatiqc, Nicolas Arsenault, fait aujourd’hui directement affaire avec ses CSS partenaires, dont le nombre est passé de trois à cinq depuis 2019. Ces organisations sont situées au Lac-Saint-Jean, au Témiscamingue, dans le Bas-Saint-Laurent, dans le Centre-du-Québec et dans Charlevoix. Elles remettent chacune une somme annuelle moyenne de 1,5 million de dollars à ChallengeU.
Or, malgré ces investissements importants, la plateforme peine encore à diplômer ses élèves, qui sont accompagnés par des enseignants employés par les CSS concernés. Ainsi, sur les milliers d’inscrits annuellement à des cours en ligne d’anglais, de français ou de mathématiques par le biais de chaque CSS partenaire de ChallengeU, entre 1 % et 2 % d’entre eux obtiennent leur DES sur une base annuelle.
« Le constat est quand même sans appel : c’est beaucoup, beaucoup d’argent pour très peu de réussites au bout du compte », déplore André Bernier, président de l’Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE).
« Certains diront : il n’y a pas de prix pour la réussite des élèves. D’accord, mais il faut quand même avoir une saine utilisation des fonds publics. Ce sont nos taxes à tous qui paient ça. Donc, il faut réellement se poser la question : est-ce que l’impact est suffisamment grand et positif pour que ça vaille la peine ? Des chiffres que je vois, je suis obligé de vous dire non », ajoute-t-il.
Son analyse est partagée par plusieurs des experts joints par Le Devoir. « C’est sûr que c’est préoccupant de voir qu’un certain nombre de centres de services scolaires paient des abonnements pour si peu de retours sur l’investissement », souligne le professeur Serge Gérin-Lajoie, spécialiste de la formation à distance à l’Université TELUQ, qui fait état d’un taux de diplomation « famélique » chez les élèves qui suivent des cours sur ChallengeU.
« Un tremplin », selon l’entreprise
Le CSS du Lac-Saint-Jean justifie pour sa part la somme de 15,6 millions qu’il a versée à ChallengeU depuis 2017 en citant un rapport réalisé en 2023 par des chercheurs de l’Université TELUQ et de l’Université de Sherbrooke qui mentionne que « le coût d’un décrocheur scolaire, au cours de sa vie, pour la société est de 120 000 $ ».
L’organisation devait donc diplômer un total de 130 élèves depuis 2017 « pour arriver à un coût nul », fait-elle valoir par courriel. Ce sont plutôt 176 DES qui ont été remis à des utilisateurs de la plateforme inscrits à ce CSS depuis l’année scolaire 2022-2023, selon un tableau fourni par l’organisation.
« Il y a très peu de DES obtenus, mais c’est que ce n’est pas le seul objectif qu’on a. L’élève n’a pas besoin nécessairement d’avoir de DES pour atteindre son objectif de formation », explique pour sa part en entrevue Marie-Ève Robitaille, directrice pédagogique chez ChallengeU.
Les cinq CSS joints par Le Devoir notent à cet égard qu’un adulte peut vouloir réussir certains cours préalables à son inscription à une formation professionnelle par la suite. ChallengeU n’offrant d’ailleurs pas tous les cours menant à un DES, certains élèves y suivent un ou quelques cours, puis complètent leur formation en personne dans un centre de formation générale des adultes, notent-ils.
« On est le tremplin vers des diplômes qui vont arriver plus tard », affirme ainsi Mme Robitaille.
Cependant, même en prenant l’indicateur privilégié par les partenaires de ChallengeU, soit le taux de réussite des sigles (ou modules de formation) suivis sur cette plateforme, le résultat obtenu demeure faible. À noter qu’un même cours comprend généralement plusieurs sigles.
Ce sont ainsi 18,91 % des inscrits à des cours offerts sur la plateforme ChallengeU pour lesquels « une réussite aurait été déclarée » en 2024-2025, contre 15,06 % l’année précédente, selon des données fournies au ministère de l’Éducation par ces cinq CSS. À titre comparatif, « le taux de réussite moyen en formation générale des adultes se situe autour de 30 % », indique le ministère de l’Éducation.
Tout en faisant valoir que l’on « ne peut pas comparer deux modes de formation distincts » — la formation générale des adultes se tenant majoritairement en présentiel au Québec —, le président-directeur le président-directeur général de ChallengeU assure qu’il « ne se met pas la tête dans le sable ».
« Nous, on n’est pas satisfaits de l’utilisation de notre plateforme. On n’est pas satisfaits des taux qui arrivent à la fin, puis on pense qu’on peut faire mieux et on pense que, si on est en collaboration avec le ministère, en collaboration avec le réseau, nous, on est preneurs pour faire des modifications pour améliorer ça. On l’a toujours été depuis le début », affirme Nicolas Arsenault.
Des élèves « fantômes »
Sur son site Web, ChallengeU se targue d’autre part d’avoir noté « un taux de réussite aux examens du ministère de plus de 90 % au cours des cinq dernières années ».
Or, cette donnée est incomplète, car elle occulte le fait que la vaste majorité des élèves abandonnent avant cette étape. C’est le cas notamment au CSS de la Riveraine, où seulement 12,6 % des élèves ayant suivi des cours sur la plateforme en 2024-2025 se sont présentés à une épreuve ministérielle ; du lot, 78,6 % ont réussi leur examen.
Le CSS du Lac-Saint-Jean fait pour sa part état d’un taux d’abandon de 41,42 %, toujours en 2024-2025. Or, à ces élèves qui quittent officiellement la plateforme s’en ajoutent « beaucoup » d’autres qui y demeurent inscrits tout en y étant « inactifs » pendant plusieurs mois, évoque le président du Syndicat de l’enseignement du Lac-Saint-Jean, Éric Paradis.
« Il y a un problème. Il y a souvent des gens inscrits, mais qui ne fréquentent jamais la plateforme », relève Natacha Blanchet, présidente du Syndicat de l’enseignement du Grand-Portage, qui fait état d’un nombre élevé d’élèves « fantômes ». « C’est presque la moitié qui ne sont pas là dans le fond. »
ChallengeU affirme pour sa part, dans un document acheminé au Devoir, que 63 % des inscrits depuis le 1er juillet 2025 « étaient actifs sur la plateforme ».
Or, la somme que facture ChallengeU à ses CSS partenaires « repose sur le nombre d’utilisateurs, selon un montant fixe par inscription », indique par courriel le CSS du Fleuve-et-des-Lacs. Une facture payée à même le financement qu’accorde le ministère de l’Éducation aux CSS pour chaque inscription officielle d’un élève, « indépendamment du niveau d’engagement subséquent de l’élève dans sa formation », confirme le CSS du Lac-Saint-Jean.
« Ça me questionne beaucoup sur la saine utilisation des fonds publics, surtout si on a des élèves fantômes, pour qui on donne du financement, mais qui ne reçoivent aucun service parce qu’ils ne vont pas sur la plateforme. C’est quand même particulier », lance André Bernier, de l’AQPDE.
Nicolas Arsenault souligne pour sa part qu’un tri est fait à l’entrée de la plateforme. Ce ne sont ainsi que 10 000 des 40 000 demandes d’inscription que l’entreprise traite annuellement qui sont acceptées par les CSS partenaires. C’est donc « la crème de la crème » qui passe ce triage et suit des cours sur la plateforme, souligne Marie-Ève Robitaille. Malgré tout, plusieurs d’entre eux réalisent, « une fois rendu dans le cours, que c’est bien plus tough » que ce à quoi ils s’attendaient, convient-elle.
Le ministère, pour sa part, n’a pas commenté directement les résultats liés à l’utilisation de ChallengeU par cinq CSS du Québec, se contentant de rappeler que la Loi permet à ceux-ci de « conclure des ententes de services avec des fournisseurs pour l’utilisation d’une plateforme numérique » et que « le choix de la plateforme leur appartient ».


2 week_ago
16
























.jpg)






French (CA)