NE LAISSER PAS LE 5G DETRUIRE VOTRE ADN Protéger toute votre famille avec les appareils Quantiques Orgo-Life® Publicité par Adpathway
ENTRETIEN – Lors d’une visite au Figaro, la biathlète française est revenue sur sa folle saison, commencée par une suspension et achevée sur des Jeux (très) réussis et la conquête du globe de cristal de la mass start.
Lors des Jeux olympiques de Milan-Cortina en février dernier, Julia Simon a conquis l’or olympique qui manquait encore à son formidable palmarès. En solo à l’occasion de l’individuel, mais aussi collectivement avec les titres du relais féminin et de l’épreuve mixte. Pour la biathlète de 29 ans, il s’agit là de la meilleure réponse à apporter à ceux qui continuent de vouloir la ramener, ou la réduire, à l’affaire de fraude à la carte bleue qui lui a valu une condamnation à trois mois de prison avec sursis et 15 000 euros d’amende le 24 octobre dernier. Le tout assorti d’une suspension de six mois, dont cinq avec sursis, sur le plan sportif. Mais au-delà de ces «évènements extérieurs» dont elle ne veut plus parler, Julia Simon s’impose comme l’une des plus grandes championnes françaises, elle qui se définit «juste comme une gamine des montagnes» qui aime passionnément son sport.
Ces Jeux de Milan-Cortina resteront-ils comme votre plus belle compétition ?
Julia Simon : (Elle réfléchit) C’est dur à dire, les émotions sont tellement différentes. Forcément, les Jeux olympiques étant tous les quatre ans, sur un plan émotionnel, ils sont au-dessus. Mais en même temps, les Mondiaux de Nove Mesto (en 2024 dont elle est repartie avec quatre titres mondiaux) m’ont procuré des émotions incroyables en gagnant le sprint puis la poursuite. En plus, à ce moment-là, je n’avais pas le même vécu et émotionnellement, quand j’y repense, tellement de choses s’étaient bousculées dans ma tête. En fait, c’est impossible et même dommage de vouloir classer les émotions. Ce qui importe, c’est que je les ai vécues et qu’elles resteront dans ma tête pour toujours.
Avec le recul, quels sont les souvenirs les plus forts qu’il vous en reste ?
Je dirais ma victoire lors de l’individuel et les titres partagés sur les relais. Et d’un point de vue général, je garde en tête la bonne ambiance, la réussite et l’énergie très positive de toute l’équipe.
Comment, mentalement, avez-vous vécu cette saison ? A-t-elle été la plus dure de votre carrière ?
Finalement, je l’ai vécue plutôt bien. J’ai fini forcément fatiguée, mais je n’ai pas subi l’hiver. Je me suis bien mobilisée pour mon objectif principal qu’étaient les Jeux. À partir de février, je me suis sentie en contrôle et en pleine possession de mes moyens pour faire du beau biathlon et ce sentiment a perduré jusqu’à la fin de la saison. Vraiment, cela a été un hiver incroyable. Après, cela a-t-il été ma saison la plus éprouvante mentalement ? Je pense que toutes les saisons apportent leur lot de challenges. Début janvier, j’ai eu des doutes car je sentais que je n’arrivais pas à rattraper le train en marche des filles de devant en raison de ma suspension sur les premières épreuves. Mais en même temps, je me doutais que cela risquait de m’arriver. Et derrière, au moment où je sentais que ma forme revenait, je suis tombée malade. Donc tout ça n’était pas évident à gérer mais j’ai été toujours très bien soutenue par ma famille, mes amis et le staff. Sans compter que des saisons difficiles, j’en ai connu. Comme en 2023 lorsque je suis parvenue à décrocher le gros globe de cristal. Du coup, j’ai du mal à affirmer que c’était la plus difficile. Disons qu’elle a été très challengeante et qu’elle m’a énormément appris.
J’ai confiance également dans le travail que j’effectue à l’entraînement, dans ma capacité mentale à me dépasser et à faire abstraction de tout ce qui se passe autour pour être focus sur le moment présent.
Julia SimonQuel est votre secret pour répondre présente à chaque grand évènement ?
Je pense qu’il n’y a pas de secret. J’ai ce supplément d’âme le jour où je mets un dossard, et peut-être qu’il est encore plus fort lors des Mondiaux ou des Jeux Olympiques. J’ai confiance également dans le travail que j’effectue à l’entraînement, dans ma capacité mentale à me dépasser et à faire abstraction de tout ce qui se passe autour pour être focus sur le moment présent. Je pense que c’est ça mon secret. Mais je pense que beaucoup de sportifs de haut niveau peuvent en dire autant, donc ce n’est pas un secret (sourire).
Cette confiance vient-elle naturellement ou effectuez-vous un travail particulier sur le plan mental avant une grande compétition ?
Ça vient assez naturellement. Quand je sais que mon objectif arrive à tel moment, mentalement, je suis focus à 200% sur celui-ci, mais il n’y a pas un switch qui s’opère où j’appuie sur on/off. C’est vraiment un état d’esprit qui s’impose petit à petit. J’ai confiance en ce que je mets en place pour arriver au maximum le jour J. Après, tout ne dépend pas que de moi, mais aussi de mes adversaires… Mais dans ma tête, l’envie prend le dessus, que ce soit l’envie de produire du bon biathlon ou, de manière plus pragmatique, de gagner, tout simplement.
Cette force mentale a-t-elle toujours fait partie de vous ?
Oui, je pense qu’il y a une part d’inné. J’ai toujours eu un gros caractère. J’ai été confrontée à des moments difficiles, que ce soit la blessure, les remises en question personnelles, les choix que j’ai dû effectuer durant ma carrière… Ma vie aurait pu être tout autrement sans l’équipe de France. Après, j’ai beaucoup travaillé pour cela, parce que j’aime faire du biathlon et je ne veux pas que les événements extérieurs prennent trop d’ampleur sur mes performances. Donc pour répondre à votre question, j’avais cette force mentale très jeune mais j’ai appris, aussi, à la cultiver avec le temps et les épreuves, tout comme j’ai appris à compartimenter les choses et à me servir des moments difficiles à l’extérieur pour mettre de la force dans mon biathlon, qui peut devenir comme une échappatoire.
Le plaisir que vous évoquez vient-il de la pratique, ou de la victoire ?
Je dirais les deux. Comme je le disais, j’aime faire du biathlon, je prends énormément de plaisir à m’entraîner, notamment l’été, mais il faut quand même que les résultats suivent un minimum, que mon investissement s’avère bénéfique. La quête de performance est quelque chose qui m’anime. Donc gagner, ressentir le stress et la pression lors d’un dernier tir en confrontation, cela me plaît aussi énormément. Le jour où je ne serai plus performante, ce sera difficile pour moi de continuer.
J’ai purgé ma peine, j’ai effectué ma suspension et on ne va pas vivre tout le temps dans le passé.
Julia SimonVous parliez des éléments extérieurs. Sur ces Jeux, avez-vous été animée par un sentiment de revanche ?
Non, je ne parlerais pas de revanche, mais d’accomplissement. Je me dis que je travaille depuis des années pour ça. Là, j’arrive à pleine maturité physique et mentale, je sais ce que j’ai à faire, ce que je dois mettre en place pour que ça marche. Sur ces Jeux, vraiment, ce qui m’a animé, c’est de produire du bon biathlon afin de repartir des Jeux médaillée.
Au moment de votre victoire lors de l’individuel, en franchissant la ligne, vous mettez votre doigt devant votre bouche pour signifier «chut» et demander que l’on cesse de parler de l’affaire qui vous a valu une condamnation…
Oui, je pense que cette victoire était la meilleure manière de répondre. Le «chut», je l’ai déjà expliqué et je ne reviendrai pas dessus, n’était pas pour les médias de manière globale, mais vis-à-vis d’un journaliste. Maintenant, j’ai performé et c’est ce qu’on me demande en tant que biathlète. Depuis trois ou quatre ans, j’arrive à répondre présente en compétition et j’estime que ma meilleure réponse est, et restera, sur la piste. Et le meilleur moment pour le faire, ce sont les Jeux Olympiques.
Craignez-vous que cette affaire vous poursuive très longtemps aux yeux du grand public, comme cela a pu être le cas d’un Nikola Karabatic en handball par exemple ?
Ça fera partie de mon histoire. Après, c’est aussi le bonheur des réseaux sociaux, tout le monde donne son avis, tout le monde sait tout et mieux que tout le monde. Avec ce que j’ai pris dernièrement, je me suis blindée par rapport à ces commentaires, même si cela touche toujours un petit peu. J’ai souvent envie que les gens avancent comme moi, j’ai su le faire. Cette histoire, elle remonte à quatre ans, elle est sortie aux yeux du grand public mais aujourd’hui, il faut avancer et passer à autre chose. J’ai purgé ma peine, j’ai effectué ma suspension et on ne va pas vivre tout le temps dans le passé. Au sein de l’équipe de France, cela a été fait. Moi, je l’ai fait. Après, si les gens veulent ressasser, qu’ils ressassent, si c’est la seule chose qui les fait parler…
Le grand public a malheureusement du mal à pardonner, ou à oublier…
(Ferme) Je n’ai pas besoin de me faire pardonner du grand public. Je fais du sport et les personnes à qui je dois quelque chose se trouvent dans mon entourage. Ce sont mes coaches, mes coéquipières avec qui je m’entraîne et avec qui je vis. Après, le grand public devrait réapprendre le respect, que ce soit vis-à-vis de moi, de Justine (Braisaz-Bouchet), de mes coéquipières. Sur le plan sportif aussi, se permettre d’insulter des athlètes pour quelques raisons que ce soit… On insulte une personne, un être humain qui a des émotions. Envoyer des menaces de mort, parce que je pense qu’aujourd’hui, on en reçoit toutes, avec les paris sportifs, cela fait beaucoup de mal. Je pense qu’il faut que les gens remettent en perspective le fait qu’on est des êtres humains. Peut-être que certains nous voient potentiellement comme des machines, mais on ne l’est pas.
Cela vous touche-t-il davantage quand cela concerne vos proches ?
Totalement, c’est le plus dur à supporter. Moi, je suis dans ce milieu depuis un certain temps, je suis habituée… Même si on ne s’y habitue jamais totalement. Mais j’ai connu l’échec, la critique aussi. Quand tu commences à gagner, tu te retrouves dans la lumière, ce qui est agréable mais ce qui t’expose aussi à la critique, souvent très dure. Je pense que je suis capable de l’encaisser. En revanche, recevoir des lettres insultant ma famille, j’ai du mal à l’encaisser.
Passons à un sujet plus léger : qui tire le plus vite entre Émilien Jacquelin et vous ?
(Rires) Je pense que je suis un peu plus raisonnée que lui quand même. En plus, on n’a pas la même manière de tirer. Émilien est capable d’enchaîner les balles très très rapidement et moi, je suis capable de déclencher la première plus vite. Après, on n’a jamais fait de confrontation. Mais ce que j’aime chez Émilien, c’est qu’il est capable de transmettre des émotions très fortes au public, même si des fois, elles ne sont pas positives parce qu’on a envie de lui dire : «mais calme-toi !». Et en même temps, quelque part, je me retrouve aussi un petit peu en lui et je pense que c’est agréable pour le public d’avoir des personnes comme ça.
Votre côté «Lucky Luke» sur certains tirs a beaucoup impressionné ceux qui connaissent moins le biathlon…
Pourtant, à aucun moment, j’ai l’impression d’être dans quelque chose d’engagé. Je suis toujours dans le contrôle sur ces tirs-là et je n’ai pas l’impression d’avoir frôlé les limites, comme cela a pu m’arriver par le passé. Mais sur ces Jeux olympiques, à aucun moment je ne me suis sentie dépassée par mon rythme. Je pense que je suis restée dans les standards que je sais faire et que je répète à l’entraînement.
Vous fêterez vos 30 ans le 9 octobre prochain. Dans quels domaines pensez-vous pouvoir encore progresser ?
Je pense que je l’ai encore de la marge de progression au niveau de mon tir, notamment sur le debout où je manque encore de régularité, comme cela a pu se voir en fin de saison où j’ai plombé mes stats. Après, physiquement, je trouve que mes débuts de saison sont souvent poussifs, j’ai besoin de beaucoup de compétitions pour me mettre dans le rythme donc je pense que je peux progresser sur ce point. Et en même temps, si j’arrive vraiment prête en début de saison, est-ce que je vais réussir à tenir tout au long de celle-ci ? Et puis il y a peut-être plein de pistes à explorer, comme la nutrition. Sauf que ce n’est pas quelque chose qui m’intéresse vraiment car je ne veux pas en arriver à peser mes aliments. Le sport vu comme une science n’est pas mon dada.
Je pense que c’est quelque chose qu’on vit qu’une fois dans une vie. Donc si j’ai ma chance, je n’ai pas envie de la laisser passer.
Julia SimonLes prochains Jeux dans les Alpes françaises en 2030 sont-ils votre prochain objectif ?
Pour l’instant, je n’en fais pas un objectif parce que c’est vraiment une énorme dépense d’énergie. Ressortir d’une olympiade et repartir tête baissée, c’est pour moi aller droit dans le mur. Il faut prendre les choses avec un peu plus de recul et de hauteur. Je pense que j’ai bien abordé ces derniers Jeux et je vais essayer d’aborder les prochains de la même manière. Je vais me projeter sur deux ans et ensuite, on verra mon niveau de performance, si je suis toujours capable de gagner des Coupes du monde et ensuite me projeter ensuite sur des Jeux olympiques. Même si, évidemment, d’avoir vécu ces Jeux à Antholz-Anterselva devant ma famille et mes amis, c’était incroyable. Et d’imaginer les vivre devant le public français, ça donne envie. Néanmoins, je n’ai pas envie de prendre le départ pour espérer un top dix. Je veux prendre le départ pour gagner. Donc si je suis toujours compétitive, j’aurai envie de m’aligner forcément. Je pense que c’est quelque chose qu’on vit qu’une fois dans une vie. Donc si j’ai ma chance, je n’ai pas envie de la laisser passer.
Votre place dans l’histoire du sport français compte-t-elle beaucoup pour vous ?
C’est vrai que c’est une question que je ne me suis jamais posée parce que je n’aurais jamais imaginé faire tout ça, accomplir toutes ces réussites. Ça me fait juste bizarre en fait, parce que moi, je suis juste une gamine des montagnes. Quand je reçois un message de Marie-Jo Perec que j’ai suivie et que j’admire, je me sens complètement déboussolée par tout ça. Mais c’est agréable. J’adore le sport. Ça a toujours été une passion. Cela m’a permis de m’affirmer et de m’épanouir. Et j’ai beaucoup pris exemple, je suis très curieuse d’échanger avec d’autres sportifs pour essayer de prendre les points forts de chacun et devenir une meilleure biathlète. Faire partie des grands noms du sport français, ce serait une fierté. Mais ça reste un petit sport de montagne, donc j’ai du mal à voir l’impact que peut avoir le biathlon en France.
Désormais que vous avez tout gagné, envisagez-vous la suite de votre carrière plus sereinement ?
Clairement, je n’ai plus rien à prouver à personne. Pour autant, je sens que je ne suis pas rassasiée, je ne suis pas au bout. J’ai envie de revivre ces émotions parce qu’elles sont tellement fortes, mais aussi tellement éphémères que d’y goûter à nouveau me motive. Ces émotions-là, si je pouvais les revivre encore et encore, je cocherais tout de suite. Ce qui est certain, c’est que je vais me donner les moyens d’en revivre d’autres comme ça.


2 month_ago
30


























.jpg)






French (CA)