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Une juge a statué mercredi, à Toronto, qu’une mère ayant tué son bébé de quatre mois en le jetant dans une chute à ordures en 2024 n’est pas criminellement responsable de son geste. La Couronne et la défense avaient soumis une position conjointe en ce sens juste avant l’ouverture du procès de la femme prévue pour le même jour.
ATTENTION : cet article pourrait choquer la sensibilité de certains lecteurs.
Dans sa décision rendue séance tenante, la juge Jane Kelly, de la Cour supérieure de l’Ontario, explique que la femme de 31 ans était bien schizophrène à l’époque des faits reprochés.
Elle ne pouvait pas comprendre que ce qu’elle faisait était moralement répréhensible, dit-elle en rappelant la prépondérance des probabilités.
Elle ajoute que les deux parties conviennent que la Couronne a prouvé, cette fois hors de tout doute raisonnable, que l’accusée a illégalement causé la mort de son nourrisson.
À son arrestation, l’accusée, bien qu’elle eut souffert de troubles mentaux à l’époque, avait admis aux policiers qu’elle savait que le fait de jeter son bébé dans la chute à ordures pouvait le tuer.
Elle avait été inculpée pour manquement à son devoir de donner les premières nécessités à son fils avant que l’accusation ne soit aggravée à meurtre non prémédité.
Évaluation psychiatrique
La magistrate confirme que la femme traversait un épisode psychotique au moment des faits reprochés et que ses troubles mentaux ont été confirmés par un psychiatre-légiste.
Elle a expliqué au psychiatre qu’elle avait entendu des voix, qu’elle était dépressive et souffrait de troubles du sommeil, poursuit-elle.
Le Dr Mark Pierce a réalisé que les symptômes de la femme étaient connus de sa famille à la suite d’entretiens avec des témoins et des médecins qui l’ont consultée lors de son hospitalisation immédiatement après les faits.
Le Dr Pierce a constaté que l’accusée avait déclaré avoir été malade durant la semaine, les jours et les heures qui avaient précédé l’infraction, conclut-elle.

Dans sa décision, la juge Jane Kelly, de la Cour supérieure de l’Ontario, explique que la femme était bien schizophrène à l’époque des faits reprochés. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui
La juge affirme par ailleurs que la petite victime ne pouvait pas parler pour elle-même. Cet enfant avait toute la vie devant lui, il était rempli d’espoirs, d’aspirations et de rêves, poursuit-elle.
Il était un enfant aimant et vulnérable; son absence laisse sans aucun doute un vide douloureux au sein de sa communauté, ajoute-t-elle.
La magistrate a ensuite lu la déclaration du père du bébé sur l’impact que sa mort a eu sur sa vie.
Si seulement je pouvais remonter le temps… Je n’ai pas de mot pour exprimer à quel point tu me manques.
Mon fils, il ne me reste que des photos, un fragment de temps pour me remémorer ce qu’était la vie quand tu étais là, dans mes pensées. Je revois ton beau regard chaque fois que je ferme les yeux, a répété la juge.
Circonstances du drame
Une déclaration commune des faits indique que la femme vivait avec son conjoint et leur enfant au huitième étage de leur immeuble à appartements sur l’avenue Roselawn, dans Forest Hill, dans le nord de Toronto.
À 8 h 23 du matin, le 20 novembre 2024, la mère était seule avec son bébé alors que son conjoint était parti faire des courses.
Deux heures plus tard, elle a transporté son bébé à la pièce des déchets de son étage et l’a jeté dans la chute à ordures. Le nourrisson a été retrouvé dans le compacteur au sous-sol de l’édifice après une chute de huit étages.
La femme a ensuite tenté de sauter elle-même dans le conduit, mais sans succès. Après s’être blessée aux bras et au dos, elle est retournée dans son logement.

En arrivant sur les lieux, la police a découvert l’enfant dans le conteneur sans signes vitaux. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada
Quelques minutes plus tard, son conjoint l’a appelée pour demander des nouvelles de leur fils. Sa conjointe lui a répondu qu’elle ignorait où se trouvait l’enfant et qu’elle pensait qu’il était chez sa grand-mère.
Le conjoint a alors téléphoné à sa belle-mère, qui lui a dit que l’enfant n’était pas avec elle. Il a alors signalé la disparition du nourrisson à la police.
En retournant chez lui vers 10 h 30, il a redemandé à sa femme où était leur bébé. Elle lui a répondu qu’elle ne le savait pas, mais elle a suggéré qu’il était peut-être dans le compacteur à ordures.
Il est alors descendu au sous-sol, où il a trouvé des vêtements appartenant au bébé. En arrivant sur les lieux, la police a découvert l’enfant dans le conteneur sans signes vitaux.
Résultats de l’autopsie
Le bébé a alors été envoyé d’urgence à l’hôpital Humber River, où son décès a été confirmé vers 12 h 30.
L’autopsie pratiquée deux jours plus tard a conclu qu’il était mort des suites de traumatismes contondants.

L’hôpital régional Humber River de Toronto, où le bébé avait été transporté d’urgence l’avant-midi du 20 novembre 2024. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada
L’examen a indiqué trois possibilités pour expliquer le traumatisme : la chute dans le conduit ; la compression dans le compacteur ou des blessures infligées au bébé avant qu’il ne soit jeté dans la chute à déchets.
La femme est maintenant sous l’autorité de la Commission ontarienne d’examen qui a toute compétence sur les individus à l’égard desquels un verdict de non-responsabilité criminelle a été rendu pour cause de troubles mentaux.
Elle devra comparaître à une date indéterminée devant la Commission pour connaître la suite des procédures à son sujet, comme l’endroit où elle devra être placée dans un hôpital psychiatrique et la nature des soins qu’elle y recevra.


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