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Barbara Butch raconte sa soirée d’une « violence inouïe » à Grenoble dans « Libération »

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Après son concert interrompu à Grenoble, la DJ livre son récit d’une soirée marquée, selon elle, par des insultes, des jets de projectiles et une forte tension.

La DJ et directrice artistique française Barbara Butch pose lors d’une séance photo à Paris, le 5 mars 2026.

JOEL SAGET / AFP

La DJ et directrice artistique française Barbara Butch pose lors d’une séance photo à Paris, le 5 mars 2026.

« Ce qui s’est passé ce soir-là, c’était ignoble. » Trois jours après avoir dû interrompre son concert lors d’un festival à Grenoble en raison d’une manifestation de militants pro-Palestiniens et de La France insoumise (LFI), la DJ Barbara Butch est revenue sur les insultes, les jets de projectiles et le climat de tension qu’elle affirme avoir subi, dans un entretien accordé à Libération, ce mardi 21 juillet.

Dans cette interview, elle raconte une arrivée sur scène sous pression, après plusieurs semaines de tensions et d’appels à la déprogrammation. « Avant même de commencer le set, j’étais en larmes », confie-t-elle.

« À mon arrivée sur scène, j’ai vu cette foule hyper en colère contre moi », poursuit l’artiste. « J’ai vécu des périodes de cyberharcèlement dont tout le monde a été témoin, mais là, ça sortait des réseaux sociaux et j’ai vu la haine dans les yeux, en face », ajoute celle qui avait en effet déjà été la cible d’un cyberharcèlement mêlant grossophobie, lesbophobie et antisémitisme, après sa participation à la cérémonie d’ouverture des JO-2024.

Du gravier, puis des jets de bouteilles en verre

La situation a ensuite pris une tournure qui l’a contrainte à quitter la scène. « Des personnes prenaient du gravier à même le sol et l’envoyaient sur mes platines, je me prenais des liquides, du vin, de la bière. On n’entendait pas la musique tellement les cris étaient forts », raconte-t-elle.

« On me demandait d’arrêter mais je me disais : il faut que tu ailles le plus loin possible. Sauf que quand les bouteilles en verre ont commencé à arriver sur scène, je me suis sentie en danger physique », poursuit-elle.

Barbara Butch finit alors par quitter la scène, tout en tenant à adresser un dernier message au public : elle lance alors le titre Imagine de John Lennon, puis s’avance vers le bord de la scène pour former un cœur avec ses doigts, un geste devenu sa signature.

Appel au boycott en raison d’une tribune signée en mars

Ce concert faisait l’objet d’un appel au boycott depuis le mois de mai, notamment de la part de l’antenne grenobloise de La France insoumise (LFI). Celle-ci dénonçait le fait que l’artiste juive avait signé fin mars une tribune dans Le Point, en soutien à la très contestée proposition de loi Yadan visant à « lutter contre les nouvelles formes d’antisémitisme », depuis retirée.

Finalement, un peu plus d’une centaine de militants ont répondu présent à l’appel à la mobilisation. Certains portaient des drapeaux palestiniens et scandaient « Free Palestine », dénonçant ainsi la guerre menée par Israël à Gaza. D’autres brandissaient des doigts d’honneur et faisaient retentir des sifflets, selon des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux.

« Il y avait à peu près 150 militants devant la scène qui avaient des banderoles, qui sifflaient, l’insultaient », a précisé à l’AFP un responsable de la programmation du festival. La mairie de Grenoble a de son côté évoqué des « jets de bouteilles en verre » et autres projectiles « visant délibérément la scène ».

Le parquet de Grenoble a ouvert mardi une enquête pour « délit d’entrave concertée aux libertés ». Ce délit est puni de « 3 ans d’emprisonnement et de 45 000 euros d’amende », a précisé le procureur dans un communiqué. L’enquête est confiée au service local de police judiciaire de Grenoble.

Pour sa part, LFI continue de qualifier cet événement de « protestation pacifique ». « S’il y a eu des insultes, elles sont absolument inacceptables », a déclaré Manuel Bompard, coordinateur national du parti. Mais, a-t-il ajouté, « ça n’enlève rien au fait qu’elle a décidé de prendre une position politique et que je peux comprendre que cette position politique puisse générer une protestation ».

« On a le droit d’être en colère, mais… »

Dans l'entretien accordé à Libération, Barbara Butch revient justement sur le fond de la polémique qui a conduit à l’appel au boycott de son concert : sa signature, fin mars, d’une tribune contre l’antisémitisme et soutenant la loi Yadan. « On a le droit d’être en colère, de distribuer des tracts, de venir avec des drapeaux, mais me hurler dessus au point qu’on n’entende plus la musique, c’était d’une violence inouïe », estime-t-elle.

En outre, la DJ explique ensuite avoir signé cette tribune sans connaître les débats autour de la proposition de loi. « Je n’ai lu que la tribune, je ne savais même pas qu’il s’agissait de la “loi Yadan”. Je l’ai signée car tout ce qui était écrit sur la lutte contre l’antisémitisme me parlait », affirme-t-elle.

« Dans la tribune que j’ai signée, il n’y avait pas écrit que la loi empêcherait la critique d’Israël. Je ne sais pas lire entre les lignes », poursuit-elle. Avec le recul, et après avoir pris connaissance des critiques visant le texte, elle reconnaît que cette loi « n’était plus alignée » avec ses positions. Elle avait d’ailleurs déjà clarifié son opinion dans une vidéo publiée sur ses réseaux sociaux fin avril.

Elle rejette enfin les termes d’« assassin » et de « sioniste génocidaire » utilisés pour la qualifier par certains militants, tout comme l’ensemble des insultes reçues samedi soir : « Je trouve ça fou qu’on puisse se permettre de me prêter des intentions aussi ignobles. Ces choses diffamatoires, rien ne les justifie. »

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