Pendant une dizaine de jours, les Pékinois auront vécu au rythme des «Deux Assemblées», le grand raout politique annuel chinois. Des militaires avaient été postés sous chaque pont et à chaque carrefour majeur. Dans les ruelles, d’innombrables «volontaires civiques» à casquette et brassard rouges, la plupart retraités, étaient déployés par leurs comités de quartier pour surveiller les paisibles riverains. Les embouteillages étaient permanents. Les cerfs-volants proscrits.
Les Deux Assemblées avaient, cette année, une saveur particulière: elles étaient prétexte à entériner le nouveau plan quinquennal chinois, qui fixe les priorités économiques et sociales du pays jusqu’en 2030. Au fil de ses 144 pages, on y parle de tout, des 70% d’urbanisation à atteindre, du nombre de brevets à enregistrer, de l’espérance de vie à viser. Si, en matière technologique, le dernier plan a contribué au triomphe des batteries, des voitures électriques, des panneaux solaires et des éoliennes, celui-ci, le 15e, change de cap. Cette fois, à côté de l’exploration spatiale et de la biotech, l’intelligence artificielle (IA) a ainsi été mentionnée 52 fois contre seulement 11 fois pour le précédent. La Chine fait donc un pari massif sur l’IA mais aussi les semi-conducteurs avec l’objectif de s’assurer une autonomie totale face aux restrictions internationales: les États-Unis limitent l’accès aux puces Nvidia les plus puissantes et les Pays-Bas, sous pression américaine, interdisent l’exportation vers la Chine de leurs précieuses machines de lithographie dites EUV pour des puces ultrafines.


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