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Politique 19/06/2026 06:01 Actualisé le 19/06/2026 06:34
Une fois la partie diplomatie évacuée, le président de la République a consacré une partie de son entretien à défendre son bilan et à adresser des conseils à son futur successeur.

LUDOVIC MARIN / AFP
Avec son interview post-G7 sur France 2, Macron inaugure sa fin de règne
EN BREF • Après le sommet du G7, Emmanuel Macron était l’invité de France 2 pour une interview par Caroline Roux.
• Le chef de l’État a évoqué la situation internationale puis a dû entamer la défense du bilan de ses neuf années à l’Élysée.
• Cela donne une idée de ce que le président de la République sera contraint de faire d’ici la présidentielle d’avril prochain.
Ce sera donc ce 18 juin, l’un des jours les plus longs de l’année, que la nuit a commencé à tomber sur la présidence d’Emmanuel Macron. Invité à s’exprimer sur France 2 après son dernier G7 « à la maison », selon ses propres mots, le chef de l’État a effectivement été amené à défendre plusieurs pans de son bilan, dix mois avant que les Français ne choisissent son successeur. Non sans difficulté.
Après les thèmes qui occupent l’actualité, les relations internationales et la signature à Versailles d’un accord de paix entre l’Iran et les États-Unis, notamment, Caroline Roux a effectivement enchaîné les questions incisives sur l’action du président de la République. Non pour les mois à venir, mais sur ses neuf années passées à l’Élysée.
« Quand on voit la croissance à l’arrêt, le chômage qui repart à la hausse, une dette française à 3500 milliards, est-ce que vous pensez, à l’heure du bilan, que la France est plus puissante aujourd’hui que lorsque vous êtes arrivé au pouvoir ? », a-t-elle par exemple interrogé. L’occasion, pour Emmanuel Macron, de préparer ses gammes pour les prochaines semaines et les réponses qu’il devra apporter aux critiques qui ne manqueront de s’intensifier sur son double quinquennat.
Déjà l’heure du bilan (et des conseils)
Parfois bousculé par les relances et autres interruptions de son interlocutrice, le chef de l’État a donc essayé de justifier son action sur le plan économique et financier. L’un des plus décrié au moment où il s’apprête à quitter le pouvoir, et à l’heure où les gouvernements successifs tirent la sonnette d’alarme sur le poids de la dette.
« La France a des armées plus fortes, elle a une diplomatie plus forte et plus claire, une croissance consolidée (...) elle recommence à réindustrialiser, nous avons créé plus d’entreprises que nous avons en détruit. La France est leader de l’intelligence artificielle, un leader énergétique en Europe », a-t-il par exemple énuméré, en guise de réplique face aux « Cassandre. » Il s’est même piqué de glisser - déjà - quelques conseils à son successeur.
« Notre modèle social doit encore d’être réformé, ce sera la tâche de ceux qui viendront après », a-t-il par exemple intimé, en les appelant « au courage », notamment sur le - très - épineux sujet de la réforme des retraites, suspendue par Sébastien Lecornu pour assurer sa survie à Matignon. Une nécessité, selon lui, pour répondre à « la difficulté de nos finances publiques. » Réplique de Caroline Roux : « des gens qui nous regardent se disent peut-être “pourquoi ne l’a-t-il pas fait ?” » Cruel.
Rebelote, ensuite, sur les sujets de justice ou de protection des enfants, deux thèmes que la mort de la jeune Lyhanna, dans le Gers, a tragiquement imposée dans le débat ces derniers jours. À la question de savoir s’il avait « failli », Emmanuel Macron a répété que « beaucoup de choses ont été faites » au cours de ses deux quinquennats. « C’est une cause que je porte depuis des années. Il faut mesurer (...) qu’on demande à nos forces de plus en plus, et qu’il y avait un continent caché. On a libéré la parole », s’est-il notamment félicité, admettant toutefois que sur ce drame, « des choses n’ont pas été bien faites. »
Pas de place pour les dernières ambitions
Mettre en avant son bilan, Emmanuel Macron l’a fait de manière plus appuyé encore sur l’Intelligence artificielle (« heureusement que l’on n’a pas attendu ceux qui se réveillent maintenant »), le rôle de la France au sein de l’Union européenne ou la souveraineté du Vieux continent.
Autant d’enjeux, il est vrai, que le président de la République a investi rapidement après son arrivée à l’Élysée et qu’il développe dès qu’il le peut. Mais sans pouvoir aller au bout de ses intuitions, notamment à propos de sa notion d’Europe puissance, développée dès 2018 à la Sorbonne, mais dont on peine toujours à saisir les contours aujourd’hui.
De fait, Emmanuel Macron n’a eu aucun espace pour développer les ambitions qui l’animent encore à dix mois de son départ. Rien, par exemple, sur l’interdiction des réseaux sociaux aux mineurs (potentiellement prévue à la rentrée) ou le possible vote final sur la fameuse loi créant un droit à mourir, l’une de ses promesses phare de son deuxième quinquennat. Sans grand levier depuis sa dissolution ratée, le chef de l’État a, au contraire, été interrogé à plusieurs reprises sur la campagne présidentielle qui démarre et sur le rôle qu’il s’imagine jouer. Le signe, là aussi, d’une fin de règne qui débute avant l’heure.
À ce propos, le président de la République n’a pas voulu se mouiller sur les différents candidats, ni même les qualités que son futur successeur devra présenter aux Français dans les mois à venir. « Nous sommes un grand peuple, très politique au sens noble, qui sait ce qui est bon pour son avenir », a-t-il simplement soufflé, sans reprendre cette fois-ci son mantra favori de « président jusqu’au dernier quart d’heure. » Peut-être a-t-il compris qu’il commençait ce 18 juin, sur France 2.


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