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Automobile. Berlinette Hommell, le pari fou de la dernière voiture de sport française artisanale

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Rue de Lille, Paris, un jour de février 1990. Trois hommes sont attablés au restaurant « La Calèche » situé juste en face des locaux du magazine de sport automobile « Échappement ».

Michel Michel Hommell, ex-pilote de la Coupe R8 Gordini et patron du groupe de presse qui porte son nom, et édite de nombreux magazines automobile. Gilles Dupré, ex-pilote de Formule Renault. Charles Rédélé, fils de Jean Rédélé, fondateur de la marque Alpine.

Alpine dans le mur

Les trois passionnés refont le monde autour d’un constat : pour eux, la marque Alpine, qui vient de présenter l’Alpine V6 GT,  s’égare et fonce vers la mauvaise direction.

Les trois hommes en sont certains, en voulant concurrencer Porsche, Alpine s’égare de sa mission : construire des voitures légères et performantes. “Qu’est ce qui nous retient de concevoir notre propre berlinette ?” lance Michel Hommell. 

Refaire une vraie berlinette 

Les meilleures idées naissent souvent autour d’une table de restaurant. Et ça tombe plutôt bien car Gilles Dupré, rédacteur en chef du mensuel Échappement est également ingénieur.

En quelques minutes, le projet est échafaudé : Hommell va devenir constructeur automobile et montrer à Alpine ce que doit être une sportive française ! 

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Un rêve complètement fou 

Voir le patron d’un groupe de presse se lancer dans la construction automobile peut ressembler à une opération suicide. Olivier Quesnel, alors numéro deux du groupe, défend ce projet en expliquant que le coût de l’opération était bien inférieur à celui du lancement d’un hebdomadaire.

A l’époque, en 1992, le Groupe Hommell est un mastodonte de la presse française et réalise 450 millions de francs de chiffre d’affaires avec une progression annuelle de 10% et des résultats très positifs.

Le magazine Télé K7 réalise d’ailleurs plus du tiers du résultat à lui tout seul. Bref, les affaires vont bien. Mais l’industrie automobile, même en petite série, est un puits sans fond. 

 Le sondage Échappement 

Pour enfoncer le clou et impliquer les futurs clients dans l’aventure, Hommell dispose de ses propres magazines automobiles. Un premier sondage est effectué dans le numéro 14 de juin 1988 de la Revue « Mille Miles », magazine spécialisé Alpine-Renault.

Un second sondage est effectué dans le magazine « Échappement » n° 270 d’avril 1991, pose la même question : à quoi doit ressembler une berlinette des années 90 ? Le succès de cette consultation est au rendez-vous avec plusieurs milliers de réponses. 

La barquette Hommell était encore plus radicale. photo Hommell

La barquette Hommell était encore plus radicale. photo Hommell

Cahier des charges 

Les lecteurs sont unanimes et leurs réponses vont définir un cahier des charges :

- Sportive deux places.

- Confort minimum, privilégiant la sportivité.

- Moteur atmosphérique, quatre cylindres, de deux litres de cylindrée.

- Pas d’aides à la conduite.

- Moteur arrière.

- Moins de 900 kilos.

- Prix inférieur à 200 000 francs. 

Pour l’équipe d’Hommell, tout cela est très encourageant et jugé réalisable, à l’exception du tarif, impossible à tenir. En août 1991, la décision est prise. Michel Hommell annonce dans son magazine Echappement, “Le coup de folie”. Il se lance dans la production automobile ! 

Une équipe de qualité 

Hommell confie le design au designer Erick De Pauw, ancien du Centre de Style de Citroën, qui travaillera avec Gilles Dupré, nommé Ingénieur en Chef du Projet. La voiture sera construite au sein même des bureaux du groupe de presse Hommell à St Cloud. Une proximité avec les bureaux du groupe qui va aider à fédérer une équipe de qualité autour du projet.

Ainsi, un jour, Monsieur Genovese, Directeur d’usine Citroën, se rend chez Hommell pour faire imprimer une brochure sur les sous-traitants bretons travaillant pour l’usine Citroën Rennes-La Janais.

Un projet fédérateur

Il tombe sur l’atelier où il découvre le prototype de la Berlinette Hommell et c’est le coup de foudre. De retour à Rennes, il convainc les équipes de Citroën de produire les châssis des futures voitures de l’entrepreneur breton. 

D’autres grands noms vont rejoindre l’aventure, à commencer par Peugeot qui accepte que la voiture soit équipée de la mécanique des 309 GTI/405 MI 16. Michelin, ensuite, qui propose sa gamme MXX, Mod Plastia pour les sièges et accessoires, Danielson Équipement pour les pièces techniques spéciales, VDO pour l’instrumentation, Facom pour l’outillage et Auto Comptoir de l’Union pour le gros équipement d’atelier. 

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Un design intemporel 

Dès décembre 1991, Erick De Pauw crée les maquettes en clay et en plastiline au 1/5 en veillant au centrage du volume sur l’arrière, dans un double objectif de sécurité en cas de choc frontal et de conduite sportive.

Au printemps 1992, une maquette à l’échelle 1 est réalisée et pendant l’été 1992 les moules de carrosserie sont terminés. Les frères Dupré travaillent sur le châssis tubulaire et la partie câblage électrique est réalisée. Le premier prototype est bientôt prêt. 

La grand-mère 

La première voiture porte le surnom de “Grand-mère” et s’articule autour d’un châssis tubulaire provisoire, d’un moteur de 309 GTI de 160 ch et d’un astucieux meccano géant. On retrouve des éléments de suspension et une direction de Peugeot 405 ainsi que des freins avant et des jantes de 605.

Le pare-brise et les phares sont prélevés sur la Citroën XM et les feux arrière sur une Citroën ZX. Peugeot apportera une aide non négligeable, allant jusqu'à permettre à la Berlinette Echappement de passer à la soufflerie de St Cyr.

Avant cela, Gilles Dupré avait peaufiné l’aérodynamisme de la voiture en collant de brins de laine sur la carrosserie avant d’en observer les mouvements. 

Il faut vendre maintenant 

La voiture est réussie, mais difficile à vendre. Hommell est bien conscient qu’avec son confort spartiate, son aspect totalement dépouillé et son absence de compromis, sa Berlinette s’adresse à une clientèle restreinte.

Ce qui ne va pas empêcher l’entrepreneur de mettre toutes les chances de son côté en développant un réseau de concessionnaires. Pour devenir concessionnaire, il fallait posséder un analyseur de gaz, une valise de diagnostic Peugeot et un banc de réglage de géométrie. 

On conseillait aussi l’achat du panneau, voire de l’enseigne lumineuse aux couleurs de la marque. Enfin, il était fortement conseillé d’investir dans une voiture de démonstration. En échange de quoi, le concessionnaire touchait les voitures avec 10% de remise. Une dizaine de concessions vont ainsi voir le jour en France. 

Michel Hommell a créé le musée de Lohéac en Bretagne. photo N.Laperruque

Michel Hommell a créé le musée de Lohéac en Bretagne. photo N.Laperruque

Une image de marque 

Le logo des Automobiles Michel Hommell est composé de trois épis de blé sur fond bleu. Un symbole de fécondité, de réussite et de bonheur. Un clin d'œil aussi au monde rural dont est issu Michel Hommell, figure locale de Lohéac où il a ouvert un immense musée de l’automobile et un circuit.

En parallèle, les automobiles Hommell vont participer à six Mondial de l’Automobile de 1992 à 2002 et participer à de nombreux essais presse en France et à l’étranger.

Enfin, les automobiles Hommell vont briller sur de nombreuses compétitions, la moitié environ des voitures produites étant destinées à la course automobile, aux mains de clients ravis de pouvoir s’offrir une voiture de course neuve. 

Évolutions 

Rapidement une version encore plus extrême voit le jour avec la Barquette, une stricte deux places sans toit. Les RS apparues en 1997 puis la RS2 en 2000 marquent également une étape forte. Dotée de 167 chevaux et légèrement allégée, elles se veulent encore plus agressives que la Berlinette.

Elles bénéficient d’un restylage bienvenu avec deux doubles optiques non carénées, des arches de roues arrière revues et de nouveaux boucliers et feux. Soixante-trois RS seront ainsi produites jusqu’en 2002.

La RS2 culmine à 195 ch avec une préparation chez Danielson. Un nouveau modèle était en développement, avec la motorisation des 206 RC, mais elle n’aura pas le temps de venir au monde. 

242 voitures seront produites. Photo N.Laperruque

242 voitures seront produites. Photo N.Laperruque

La fin d’un rêve 

En 2002, Michel Hommell sent que l’aventure sera de plus en plus compliquée à financer :

« Quand on a créé la Berlinette Échappement en 1992, on n’imaginait pas vivre dix ans. C’est la réussite d’une petite équipe de passionnés. Petite, cela veut dire peu de frais et beaucoup d’enthousiasme. Toute ma vie j’ai eu “des danseuses” qui ont prouvé que ce n’est pas l’argent qui fait avancer mais la passion. Mais aujourd’hui, les années deviennent de plus en plus difficiles pour les petits constructeurs à cause du durcissement de toutes les règles et surtout celles concernant l’homologation. Quand on ne pourra plus suivre, quand ce sera trop démesuré par rapport à notre budget et à notre potentiel commercial, on s’arrêtera. Mais on aura le sentiment d’avoir vécu une belle aventure ». 

En Décembre 2003, dans le magazine Échappement n°436, il officialise la fin de l’aventure des Automobiles Hommell pour des raisons financières.

La branche automobile perd de l’argent chaque jour, au point de ne plus pouvoir être supportée par le groupe de presse, qui commence lui aussi à subir la fin des belles années. Michel Hommell aura réussi à tenir pendant douze ans, produisant 242 voitures au total. Un véritable exploit.

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