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Des magasins fermés, des écoles désertes et des familles cloîtrées chez elles : à Mokha, dans l’ouest du Yémen, la vie semble s’être figée depuis que les combattants antigouvernementaux houthis sont entrés dans la ville.
« Depuis une semaine, je ne suis pas sorti travailler. Si je m’aventure dehors, c’est pour aller à l’épicerie, par nécessité », raconte Mahmoud, un habitant joint par l’AFP au téléphone.
Ce chauffeur de bus de 34 ans a accepté de témoigner sous couvert d’anonymat, par crainte de représailles des Houthis, qui ont pris la semaine dernière le contrôle de ce port historique sur la mer Rouge.
La ville, qui a donné son nom au café Moka, s’est vidée d’une partie de sa population. Les commerces, qui avaient l’habitude de rester ouverts en soirée, baissent désormais le rideau beaucoup plus tôt.
« Les gens ont peur. Il y a de l’électricité, mais à 20 h 00 toute la ville est plongée dans le noir », décrit Mahmoud.
Le Yémen, pays le plus pauvre de la péninsule arabique, est divisé depuis plus d’une décennie entre les Houthis, alliés de l’Iran, et le gouvernement internationalement reconnu, soutenu par l’Arabie saoudite.
Le mouvement pro-iranien, qui contrôlait jusque-là une grande partie du nord du pays dont la capitale Sanaa ainsi que la cité portuaire de Hodeida, s’est emparé de toute la côte en quelques jours.
Après la débâcle des forces gouvernementales, contraintes de battre en retraite, des dizaines de milliers de personnes ont fui, notamment vers Aden, la grande ville du sud où siège le gouvernement.
Mais « beaucoup de familles sont restées », notamment par manque de moyens, poursuit Mahmoud en soulignant que les prix du trajet en bus pour Aden avaient explosé.
« Peur pour les enfants »
Les nouvelles autorités ont déjà annoncé le remplacement progressif des billets de banques, différents dans les zones houthies, rapporte Youssef, un enseignant de 45 ans, qui a lui aussi préféré taire son nom de famille.
« Mais ils se heurtent à l’inertie des habitants qui se terrent chez eux ».
« Pour le moment, les parents refusent d’envoyer leurs enfants » en classe, ajoute-t-il, évoquant un climat de « tension permanente ».
Les familles cherchent généralement à fuir les zones contrôlées par les Houthis par crainte de l’endoctrinement de leurs enfants, explique Maysaa Shuja al-Deen, chercheuse du Sanaa Center For Strategic Studies.
« Ils craignent qu’ils soient influencés par la propagande des Houthis et recrutés » dans leurs rangs, analyse-t-elle.
Le mouvement des Houthis, baptisé Ansar Allah (« Partisans de Dieu »), fait partie de ce que l’Iran qualifie d’« axe de la résistance », une alliance informelle de groupes armés au Moyen-Orient unis dans leur opposition aux États-Unis et d’Israël.
D’autres fuient la pression économique des sanctions américaines contre les Houthis, ou encore la répression exercée par le mouvement contre les ONG, les journalistes ou les opposants, souligne l’analyste.
À Mokha, cette peur semble avoir déjà gagné la population.
« Je connais des voisins qui ont même supprimé (l’application de messagerie instantanée) WhatsApp, par crainte d’être poursuivis ou arrêtés », souligne Youssef.


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