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Emmanuel Renault expérimente le compostage depuis 1996. Trente ans plus tard, cette activité à part entière fournit du compost à son exploitation bio et à d’autres utilisateurs.
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Par Arnaud Marlet Publié le 18 sept. 2026 à 18h10
Il y a près de trente ans, Emmanuel Renault se pose une question simple : que faire des déchets verts ? En 1996, alors qu’une nouvelle déchetterie ouvre à Châteaugiron, l’agriculteur commence à récupérer cette matière, la fait broyer et réalise ses premiers essais de compostage. Une démarche qui va progressivement le conduire à créer la plateforme du Compost de Chancé.
« Au début, je récupérais les déchets verts et je les faisais broyer. J’ai fait des essais, notamment avec du lisier de porc », raconte l’agriculteur de 59 ans. Entre 1996 et 2000, il tâtonne, se forme et travaille également dans le compostage du côté de Brest et de Landerneau, tout en continuant à exploiter ses terres.
Le tournant intervient en 2003, lorsqu’il rencontre Jean Clanchin, de Triballat. L’entreprise cherche alors à valoriser des déchets de soja issus de son activité. Des essais sont menés en mélangeant ces matières aux déchets verts. L’expérience débouche, en 2004, sur la création d’une véritable plateforme, financée par Jean Clanchin. Les premiers équipements sont installés dans les anciens bâtiments d’élevage de taurillons de l’exploitation.
Des déchets verts au compost
Aujourd’hui, le site fonctionne uniquement avec des matières végétales. Les déchets verts proviennent notamment des déchetteries de Châteaugiron et de Janzé, mais aussi de paysagistes, de collectivités ou encore de structures d’insertion.

Au total, la plateforme traite environ 1 500 tonnes de déchets verts et 2 200 tonnes de broyat par an, sur une surface d’environ un hectare.
Les matières sont réceptionnées broyées puis placées dans des silos ventilés par le sol. L’activité des micro-organismes provoque naturellement une montée en température. « Ce sont les micro-organismes qui créent la chaleur », explique Emmanuel Renault.

La température est suivie à l’aide de quatre sondes par silo. Elle doit atteindre environ 70 °C pendant plus de quinze jours pour assurer la phase d’hygiénisation. Le compost entre ensuite en phase de maturation pendant environ sept mois, avec deux retournements, avant d’être criblé avec une maille de 20 mm pour le produit destiné aux particuliers et 40 mm pour les agriculteurs.
Entre l’arrivée des déchets verts et l’obtention du produit fini, il faut donc compter environ huit mois. Un processus long, mais nécessaire pour obtenir un amendement stable et homogène.
La plateforme commercialise aujourd’hui environ 1 500 tonnes de compost par an. Une quantité équivalente est épandue sur les terres de l’exploitation. Le produit est notamment vendu aux maraîchers, aux paysagistes et aux collectivités.
Un amendement produit sur l’exploitation
Le compostage s’inscrit directement dans le système agricole d’Emmanuel Renault. Une partie du produit revient ainsi sur ses propres parcelles.

L’exploitation compte aujourd’hui 200 hectares répartis sur deux fermes, avec 100 ha à Chancé et 100 ha en Loire-Atlantique. Les deux sites sont conduits en agriculture biologique. Maïs, féverole, colza, blé meunier, orge brassicole… composent l’assolement.
Le passage en bio s’est effectué progressivement. Le site de Loire-Atlantique est converti en 2018, celui de Chancé en 2020. La même année, le partenariat avec Triballat Sojasun prend fin. Emmanuel Renault abandonne alors les matières issues de cette activité et revient à un compost exclusivement constitué de déchets verts.
« Mieux comprendre la qualité des composts »
« Forcément, il y a un peu moins d’azote », constate-t-il.
Le compost apporte désormais principalement de la matière organique aux sols de l’exploitation. Une manière, aussi, de valoriser directement une partie de la production de la plateforme.
C’est cette double dimension, à la fois agricole et territoriale, qu’Agrobio 35 souhaitait mettre en avant lors de la visite organisée le 2 septembre. Une vingtaine de personnes ont découvert le fonctionnement de la plateforme et échangé sur l’intérêt agronomique du compost.
« L’objectif est de développer l’utilisation du compost de biodéchets en agriculture biologique », explique Victoire Barillet, technicienne à Agrobio 35.
La visite s’inscrit dans le projet AgriBioCompost, porté par la Fnab. Celui-ci vise à mieux connecter les gisements de biodéchets et de déchets verts des territoires avec les besoins des exploitations biologiques.
L’enjeu est notamment de mieux connaître les attentes des agriculteurs en matière de types de compost, de volumes, de prix et de disponibilité, afin de contribuer à structurer des filières locales.
Pour les agriculteurs bio, l’intérêt du compost ne se limite pas à l’apport d’éléments fertilisants. La matière organique contribue également à la structure des sols et à leur capacité à retenir l’eau. Encore faut-il que le produit corresponde aux besoins des cultures et réponde aux exigences de qualité et d’hygiénisation.
Une filière locale à développer
À Chancé, cette logique de proximité est déjà bien installée. Le compost est commercialisé dans un rayon d’environ 60 kilomètres. Pour les professionnels, Emmanuel Renault assure lui-même les livraisons avec un tracteur et une remorque, jusqu’à la parcelle lorsque cela est nécessaire.
Le prix indiqué par la plateforme est de 23 euros la tonne départ, ou 36 euros la tonne livrée.
Cette organisation maintient un lien direct entre le producteur du compost et l’utilisateur. Elle répond aussi à l’une des questions posées par AgriBioCompost : comment rendre les matières organiques locales réellement accessibles aux agriculteurs ?
Le sujet prend une importance nouvelle avec le développement du tri à la source des biodéchets. Pour Agrobio 35, l’enjeu est désormais de faire émerger des filières capables de valoriser ces ressources au plus près de leur lieu de production, tout en garantissant la qualité des produits retournant aux sols.
À Chancé, cette réflexion a commencé il y a près de trente ans. Depuis les premiers essais menés en 1996, Emmanuel Renault a progressivement structuré une activité capable de traiter plusieurs milliers de tonnes de matières végétales chaque année. Avec, à la clé, un compost utilisé par d’autres acteurs du territoire mais aussi directement sur l’exploitation.
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