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En ordonnant aux Républicains du Texas de procéder, l'an dernier, à un redécoupage des circonscriptions électorales afin de maximiser leurs gains aux législatives de novembre prochain, Donald Trump avait clairement perçu l'importance de l'enjeu. C'est peut-être dans le deuxième État le plus peuplé de l'Union (après la Californie) que se jouera, en effet, la majorité au Congrès pour la seconde moitié de son mandat à la Maison-Blanche.
Or la situation s'y complique plus encore que le Président ne l'avait imaginé, et de la façon la plus inattendue. À la Chambre des représentants, le rapport de force est on ne peut plus étriqué avec un avantage de seulement quatre sièges pour les Républicains (218 contre 214, avec trois sièges vacants). Cela signifie que ceux-ci ne peuvent se permettre qu'une seule défection s'ils ne veulent pas être mis en échec. Au Sénat, la marge n'est guère plus large avec 53 sièges pour les Républicains et 47 pour les Démocrates – en sachant que les sénateurs peuvent manifester plus d'indépendance à l'égard de leur parti parce qu'ils sont élus pour six ans, alors que les députés doivent rendre des comptes tous les deux ans.
Des agents de voyages au Capitole
CNN décrivait récemment les extrémités auxquelles est réduit l'état-major républicain à Washington pour s'assurer que tous les élus sont présents lors des votes (il faut voter en personne au Capitole). Les assistants parlementaires connaissent désormais par cœur les horaires d'avion ou de train jusque dans les coins les plus reculés du pays pour ramener tout le monde à temps dans la capitale. Des élus ont dû interrompre des traitements médicaux ou une délicate convalescence pour participer à un vote. D'autres ont pareillement manqué des événements familiaux ou sacrifié leur vie privée comme jamais auparavant.
Les élections de la mi-mandat peuvent naturellement livrer un résultat imprévu et creuser l'écart entre les deux grands partis, mais ceux-ci n'en misent pas moins sur des résultats serrés, ce qui les oblige à considérer que chaque siège compte. D'autant plus que des inconnues peuvent brouiller leurs calculs, comme au Texas justement. Des querelles intestines y assombrissent soudainement les perspectives pour les Républicains et redonnent, par conséquent, du tonus aux Démocrates.
La Cour suprême valide une carte électorale du Texas favorisant les républicains pour les élections de 2026Les frasques de Tony Gonzales
Tout allait bien chez les Républicains, pour l'élection à la Chambre des représentants, jusqu'au scandale qui vient d'emporter Tony Gonzales. Élu depuis 2020 dans la 23e circonscription, qui s'étend de San Antonio au Mexique, ce vétéran de la marine, âgé de 45 ans, se voyait très probablement réélu, cet automne, quand un journal local a déterré une sordide affaire d'adultère. Ce bon catholique, père de six enfants, a entretenu une liaison avec une collaboratrice, mariée elle aussi. Quittée par son conjoint qui, pour le coup, est parti avec sa meilleure amie après avoir découvert le pot aux roses, la jeune mère de 35 ans s'est suicidée.
Gonzales a d'abord nié tout en bloc et fait fi du désaveu véhément de nombreux coreligionnaires, dont plusieurs élues républicaines. Cependant, arrivé deuxième aux primaires de son parti, le 3 mars, il a fini par céder à la pression. Il a reconnu ses frasques et renoncé au second tour des primaires, et ainsi à une éventuelle réélection – tout en décidant d'achever son mandat jusqu'à la fin de l'année pour… ne pas compromettre la précaire majorité des Républicains à la Chambre.
"Une pluralité de visions qui partagent des objectifs communs": les quatre idéologies que Donald Trump fédère mais "qui divergent profondément"L'homme à la kalachnikov
Ce désistement ne fait pas l'affaire de son parti. Gonzales passait pour être un des élus républicains les plus modérés du Texas. Il s'efface au profit de Brandon Herrera, un YouTuber d'une tout autre consistance. Défenseur inconditionnel des armes à feu, celui qu'on surnomme "The AK Guy" (en référence à un modèle de kalachnikov, l'AK-50, qu'il a mis au point) se livre volontiers à des provocations qui le font suspecter de sympathies nazies et de nostalgie confédérée (le gouvernement esclavagiste vaincu lors de la guerre de Sécession). Il s'en défend, mais ses positions très conservatrices pourraient suffire, craint-on à la direction du Parti républicain, à détourner une bonne partie de l'électorat.
Dallas, son univers impitoyable pour les musulmansLa possibilité d'une victoire démocrate dans cette circonscription en novembre – qui serait la première depuis celle de Pete Gallego en 2012 – est envisagée avec d'autant plus de sérieux que la population du 23e district est composée aux deux tiers d'hispanophones. La circonscription inclut presque toute la frontière du Texas avec le Mexique, des faubourgs d'El Paso à l'ouest jusqu'au-delà d'Eagle Pass à l'est, ce qui rend les électeurs très sensibles aux problèmes de l'immigration illégale. La politique radicale de Donald Trump et les dérapages de la police de l'immigration (ICE) ne peuvent, toutefois, que leur faire regretter l'approche plus raisonnable de Tony Gonzales, qui préside depuis 2023 la Conférence hispanique au Congrès.
Le retour d'un sénateur démocrate
La perte éventuelle d'un siège à la Chambre des représentants qui paraissait jusqu'ici acquis aux Républicains n'est pas le seul motif d'inquiétude pour eux. Le doute s'est aussi insinué au Sénat (renouvelé par tiers tous les deux ans), où le siège du Texan John Cornyn semble soudainement menacé. Le sénateur sortant est arrivé en tête à la primaire du 3 mars avec 41,9 % des suffrages, devant le procureur général Ken Paxton, crédité de 40,8 %, et le député afro-américain Wesley Hunt, loin derrière avec 13,5 %. Un second tour devra néanmoins départager les deux premiers et, bien qu'ayant échappé de justesse à une destitution, en septembre 2023, au terme d'une procédure fondée sur des accusations d'adultère et de corruption, Paxton est donné légèrement favori dans les sondages.
Personnalité plus clivante que Cornyn, Paxton pourrait d'autant plus facilement détourner une frange de l'électorat conservateur que les Démocrates ont jeté leur dévolu sur un candidat susceptible de lui plaire : James Talarico. Ce pasteur presbytérien de 36 ans entend bien "ne pas laisser à la droite le monopole du message biblique". Avec lui, les Démocrates se plaisent à rêver d'un miracle qui n'était plus arrivé depuis 1970 : l'élection d'un sénateur démocrate au Texas. Le dernier, Lloyd Bentsen, avait occupé le fauteuil jusqu'en janvier 1993, quand Bill Clinton avait fait de lui son secrétaire au Trésor. Choisi pour lui succéder, Bob Krueger n'avait pas réussi à battre la Républicaine Kay Balley Hutchinson. Cette juriste et femme d'affaires avait siégé jusqu'en 2013, avant de céder la place à un certain Ted Cruz.
Les Démocrates misent sur James Talarico, un pasteur de 36 ans, pour reconquérir un siège de sénateur au Texas. ©Copyright 2026 The Associated Press. All rights reservedPour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.


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